Reporterre
a besoin de vous
0 €
COLLECTÉS
100 000 €
OBJECTIF
12
JOURS
65 %

Les tempêtes font reculer le littoral européen et perdre des terres

5 mars 2014 / Olivier Mary (Reporterre)



Les tempêtes accroissent l’érosion des côtes en France et en Europe, alors que le niveau des mers monte en raison du changement climatique. Le phénomène est officiellement reconnu, et des stratégies d’adaptation se mettent en place.

La façade atlantique n’en finit pas de subir les assauts des tempêtes depuis le mois de décembre : trente-cinq dépressions en deux mois. Et les dégâts sont nombreux : à Biarritz, le casino, situé à quelques dizaines de mètres de l’océan, vient d’être inondé pour la deuxième fois de l’année. En cause, des vagues qui ont atteint quatorze mètres de hauteur dans le golfe de Gascogne.

Ces épisodes semblent se multiplier et entrainent un recul significatif du littoral, surtout dans l’ouest de la France, mais aussi en Méditerranée. Le quart du littoral métropolitain (24%) subit l’érosion et recule, soit 1720km de côtes, alors que 44 % sont stables et seulement 10 % sont en extension. Le constat est identique dans toute l’Europe. 20 000 km de côtes, soit 20 % du littoral, s’érodent. Chaque année, 15 km² de terres sont perdus ou endommagés. Entre le 23 décembre 2013 et le 7 janvier 2014, les coups de vents qui ont touché les côtes atlantiques françaises ont provoqué des phénomènes d’érosion de grande ampleur. L’observatoire de la côte aquitaine a constaté « un recul du trait de côte dépassant 10 mètres sur de nombreux sites ».

Un processus naturel amplifié par l’activité humaine


- A Anglet -

Si ce phénomène est naturel, il est aggravé par une série de causes anthropiques comme l’extraction des granulats marins et des galets sur les plages et dans les lits des cours d’eau. Quant aux barrages, ils piègent les alluvions et empêchent le renouvellement des plages. L’artificialisation du littoral consécutive à l’essor du tourisme balnéaire, a aussi sa part de responsabilité. En transformant le rivage pour construire ports, digues et ouvrages de protection, on bouleverse les courants marins et les transports de sédiments. En conséquence, le littoral français est plus fragile aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Et le changement climatique pourrait encore aggraver ce phénomène.

Si les scientifiques restent réservés sur un accroissement des tempêtes pour cause de réchauffement, ils sont en revanche d’accord pour prédire une hausse du niveau des océans, qui est déjà visible (17 cm au total au cours du XXe siècle). D’ici à 2100, les experts du Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) tablent sur une élévation comprise entre 26 et 82 cm. « Cette élévation est le point le plus préoccupant. Elle est constante depuis le début du 20e siècle et s’est accélérée au cours des trente dernières années », estime Fernand Verger, membre du Conseil scientifique du Conservatoire du Littoral. « Les conséquences de l’élévation sur le littoral sont connues. Il s’agit, en premier lieu, d’une attaque plus haute du littoral qui fragilise la côte. La violence de l’attaque du littoral va alors être plus forte. L’énergie des vagues se projetant sur la côte sera plus grande, » précise le scientifique. Au final, le Giec prévoit d’ici la fin du siècle « une plus grande fréquence des inondations côtières et une érosion accrue » sans donner de moyenne globale, les facteurs locaux étant déterminants. Comment protéger ces zones fragiles ?

Les structures en « dur » semblent ne pas régler ces problèmes. Epis et Brise-lames ayant pour habitude de déplacer l’érosion sur les littoraux adjacents, comme des chercheurs ont pu le mesurer à Anglet. Les techniques de protection dites « souples » qui sont apparues à la fin du siècle dernier, sont donc désormais privilégiées. Elles regroupent différents types de procédés, notamment les drainages de plage, l’utilisation de géotextiles, les by-pass (hydraulique ou mécanique), le rechargement de plage, le confortement dunaire… Mais ces méthodes pourraient montrer leurs limites dans les zones les plus touchées.

Vers la relocalisation des activités et des biens ?

Enfin conscient du problème, l’Etat lance en 2012 une Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte. Quatre axes ont été retenus : Développer l’observation du trait de côte et identifier les territoires à risque érosion pour hiérarchiser l’action publique, élaborer des stratégies partagées entre les acteurs publics et privés, évoluer vers une doctrine de recomposition spatiale du territoire, préciser les modalités d’intervention financière. Cette feuille de route propose des solutions de bon sens comme l’arrêt de l’implantation de biens et d’activités dans les secteurs où les risques littoraux sont forts, ou la protection et la restauration des écosystèmes côtiers (zones humides, cordons dunaires, mangroves, récifs coralliens...) qui constituent des espaces de dissipation de l’énergie de la mer et qui contribuent à limiter l’impact de l’érosion.

Mais aussi des réponses plus étonnantes comme la relocalisation des activités et des biens. Dans ce cadre, un appel à projet a été lancé et cinq ont été retenus « pour leur pertinence et leur engagement avec les différents partenaires locaux » : Ault (Somme), Hyères les Palmiers (Var), Littoral aquitain (Gironde et Landes), Petit-Bourg (Guadeloupe) et Vias (Hérault).

Dans la ville picarde, l’Etat préconise d’« envisager le repli de l’urbanisation et l’acceptation de l’évolution naturelle de la falaise comme levier d’un nouveau développement de l’économie aultoise ».

- Ault -

Pour faire accepter l’inéluctable, la concertation avec les acteurs locaux et les habitants sera poursuivie et renforcée. En Guadeloupe, « ce sont près de 112 constructions (dont 79 habitées) qui sont exposées à ces risques forts, et qui nécessitent une évacuation ». Les autorités semblent avoir intégré que dans certains secteurs, les mesures de protections inefficaces et très onéreuses ne sont plus tenables, surtout à long terme.

Une analyse partagée dans plusieurs pays européens. Depuis 25 ans, la « dépoldérisation » se développe. Elle a démarré dans les années 1980 et a surtout pris de l’ampleur Outre-Manche. Au total, 6 000 hectares ont été rendus à la mer en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Grande-Bretagne.


Complément d’information : Le littoral de la Louisiane recule si vite que les cartes ne peuvent pas suivre.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Comment le changement climatique va-t-il affecter les côtes françaises ?

Source : Reporterre.

Photos :
. tempête à Biarritz le 3 mars : Sud Ouest.
. érosion à Anglet : Anglet.fr
. Ault : Baie de Somme

THEMATIQUE    Climat
26 juin 2017
Du microplastique dans nos rivières, un phénomène méconnu, mais inquiétant
Reportage
30 mai 2017
Quand les citoyens gèrent l’argent de leur député, la transparence avance
Alternative
26 juin 2017
La carte des Reporterriens en France et dans le monde
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Climat





Du même auteur       Olivier Mary (Reporterre)