Lubrizol : les indices de dysfonctionnements et de failles dans la surveillance s’accumulent

Durée de lecture : 3 minutes

9 octobre 2019

Deux révélations faites hier mardi 8 octobre par nos confrères du Monde et de Konbini News viennent ajouter à la liste de dysfonctionnements constatés à l’usine Lubrizol, à Rouen (Seine-Maritime).

Dans des documents obtenus par Konbini News, et consultés par Reporterre, on découvre ainsi que Lubrizol avait pu installer un « fumoir extérieur non clos », à une vingtaine de mètres du bâtiment de stockage qui a brûlé. Le lieu, de 11 mètres carrés et couvert d’un auvent de 2,10 mètres de hauteur, a été approuvé par les services de la préfecture de Normandie, l’inspection du travail, la ville de Rouen, le service départemental d’incendie et de secours. L’ensemble de ces institutions avaient donné leur accord au printemps 2017. Les images satellite montrent même que l’installation a été construite puis déplacée.

Une autorisation « inacceptable », dénonce le spécialiste des installations classées et docteur en droit de l’environnement Gabriel Ullmann. « Si bien entendu aucun lien ne peut en être déduit sur la cause de l’incendie, cela dénote clairement un laisser-aller tant de la part de l’industriel que des autorités qui ont toutes donné un avis favorable. Ce fumoir ne répond en rien aux normes de base du Code de santé publique, est installé sur un site Seveso seuil haut, près de stockages de liquides inflammables… sans que cela n’émeuve les autorités concernées. »

L’inspection du travail, de son côté, avait considéré que le fumoir répondait à la réglementation en matière de droit du travail. Les différents services spécialistes de la sécurité incendie qui ont approuvé le dossier n’ont également pas tiqué. Interrogé par Konbini, Patrick Berg, directeur de la Dreal de Normandie (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), qui a approuvé l’équipement, a estimé que cette affaire ne pouvait insinuer que le site de Lubrizol aurait été « peu contrôlé, mal contrôlé, mal identifié ».

Autre révélation, faite par Le Monde : les services de l’État n’étaient apparemment pas informés des quantités de matières dangereuses stockées chez Normandie Logistique. Pourtant, dans le hangar de l’entreprise qui a aussi brûlé, de nombreux produits Lubrizols y étaient stockés : 4.157 tonnes selon l’inventaire de Normandie Logistique. Or, « l’exploitant de ces entrepôts n’a jamais indiqué clairement à l’administration les quantités stockées », indique une note de la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) que s’est procuré le quotidien du soir. Selon cette note, le site aurait dû être considéré comme une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Mais l’entrepôt a été construit avant la loi sur les ICPE et a donc pu y échapper, explique la DGPR : « Les entrepôts de Normandie Logistique étaient connus de l’administration et bénéficiaient de l’antériorité au regard de la réglementation des ICPE, ils préexistaient à la loi de 1976 et au classement de l’ensemble des entrepôts de plus de 500 tonnes de matière combustibles dans la nomenclature des ICPE en 1992. » Dans le même temps, la direction reconnaît que Normandie Logistique aurait dû relever du régime des ICPE, et être enregistré, car le site « était connu sous le régime de déclaration alors même qu’il est vraisemblable qu’il relevait, en fait, du régime de l’enregistrement ».

  • Source : Le Monde et Konbini News.
  • Photo : Un des accès à l’usine Lubrizol de Rouen le 1er octobre. © NnoMan/Reporterre



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