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ReportageClimat

Magasins, églises, caves... Ces lieux insolites pour échapper aux chaleurs en ville

Cette salle dédiée à la dégustation des vins a été transformée en refuge face à la canicule par la mairie du 18e arrondissement de Paris.

En ville, comment échapper aux chaleurs étouffantes ? Entre pelouses nocturnes, bibliothèques, centres commerciaux et salles municipales, tour d’horizon des refuges improvisés en ville.

Paris, reportage

23 h 30, un hérisson pointe le bout de son nez au parc des Buttes-Chaumont. Ce soir, sa quiétude nocturne est troublée : des dizaines d’humains se sont installés sur son territoire, prolongeant leur soirée dans l’un des rares espaces verts encore ouverts à cette heure. Comme une poignée d’autres parcs et squares parisiens, les Buttes-Chaumont ferment exceptionnellement après minuit, pour permettre à celles et ceux qui le souhaitent de trouver un souffle d’air dans la pénombre.

Groupes d’amis, coureurs du soir, couples et solitaires se dispersent sur les pelouses, cherchant à échapper à la chaleur étouffante, à l’image de Barnabé et Lucrezia, respectivement chômeur et étudiante : « Nous sommes en plein déménagement, toute la journée par 35 °C… C’est agréable de venir se rafraîchir le soir. » À la sortie de son entraînement de football à Ménilmontant, Thomas a pris l’habitude de se poser sur les hauteurs du parc, musique planante dans les oreilles. Une manière d’« évacuer la chaleur accumulée », avant de rentrer dans son studio.

À Paris comme ailleurs, les canicules sont plus récurrentes que jamais. La capitale comme sa banlieue sont régulièrement citées comme les espaces en Europe les plus vulnérables aux canicules, du fait de leur architecture accentuant le phénomène d’îlot de chaleur urbain et leur manque d’espaces verts. Les conséquences affectent davantage les plus précaires, notamment en Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France. En réponse, les pouvoirs publics encouragent à profiter des piscines, des jardins, musées, bibliothèques et même des lieux de culte.

L’air frais des jardins, des musées, des bibliothèques... et même des églises  ? © Pablo Patarin / Reporterre

Mathias [*], freelance, s’est habitué à travailler à la médiathèque James Baldwin, dans le 19e arrondissement. La climatisation lui apporte un répit précieux face à son « logement perché au 6e étage ». Pour lui, c’est « un lieu de sociabilité agréable en été, quand tout le monde fuit la capitale. Ça évite de devenir fou quand la chaleur se cumule au fait de bosser chez soi ».

Une dizaine de bibliothèques sont ainsi recensées comme îlots de fraîcheur. Parmi elles, la bibliothèque Robert Sabatier (18e) attire chaque jour des centaines de personnes venues échapper aux températures quasi insoutenables. Ici, pas d’air climatisé, mais des murs épais qui conservent une fraîcheur relative, contrairement à bien d’autres établissements contraints de fermer l’après-midi lors des fortes chaleurs. L’endroit reste un havre de calme, où les courants d’air créés le matin suffisent à rendre l’atmosphère supportable pour étudiants et télétravailleurs.

Non loin de là, la mairie du 18e, comme d’autres dans Paris, semble offrir une solution d’autant plus satisfaisante : une salle en sous-sol, coupée de toute lumière, aux murs de pierre massifs conservant la fraîcheur. Habituellement réservée à la dégustation des vins vendangés à Montmartre, elle devient, en période de canicule, un refuge ouvert à tous, avec de l’eau à disposition. Justine [*], en télétravail, s’y est installée pour fuir le « sauna » de son appartement sous les toits. Seule ce jour-là, elle dit être habituée à croiser « des personnes âgées, particulièrement sensibles ».

Ces refuges improvisés offrent un répit bienvenu, mais temporaire. Pas de quoi faire oublier que tant que le béton primera sur les arbres, Paris continuera de cuire, et ses habitants avec. P. Patarin

Retrouvez la carte des îlots de fraîcheur à Paris.



Auxerre (Yonne), reportage

Une galerie marchande, symbole du capitalisme et antre suprême de la surconsommation, peut-elle devenir un lieu de refuge contre les effets dudit capitalisme ultracarboné ? C’est le genre de questions qui n’effleurent ab-so-lu-ment pas Emma et Lilou, respectivement 15 et 16 ans, véritables fans de la galerie des Fontaines des Clairions, à Auxerre.

Campées sur « leur banc préféré » devant une fontaine sans eau, face à des enseignes de fast-fashion et de maquillage, les deux adolescentes « passent le temps, au frais, depuis 13 heures ». Quatre heures qu’elles observent tout ce qui passe. Mais beaucoup plus en réalité, car elles viennent tous les jours. Sans se poser de questions.

« On est mieux qu’au parc ou à la piscine », assure Lilou. Dans ce sanctuaire improbable, il y a « tout ce qu’il faut » : des boutiques (« Mais on n’a pas d’argent »), un hypermarché Auchan (« Pour acheter à manger pas cher »), des allées climatisées et du Wifi. Bref, ici, les deux copines qui se tiennent comme deux inséparables oublient la fournaise de la rue et des parkings bitumés.

Emma et Lilou dans la galerie des Fontaines des Clairions, à Auxerre. © Laure Noualhat / Reporterre

Jacqueline, elle, vient échapper à la chaleur avec son mari, Michel, parce qu’elle sort de la polyclinique voisine où elle a subi une énième chimiothérapie. Les deux octogénaires se désaltèrent avec des bières. « Chez nous, à Clamecy, il fait frais, puisque la maison est en pierre de Bourgogne. Avant de rentrer, comme ça nous fait une trotte, nous sommes venus prendre un verre et le frais. C’est agréable : l’après-midi, les gens sourient beaucoup plus qu’en matinée », glisse un Michel, plutôt résigné d’avoir dû patienter toute la journée dans le centre commercial.

Au bout d’une allée, Lamia, 33 ans, attend son bus « dans la bonne température », plutôt qu’à l’abribus extérieur cerné par un bitume qui réverbère la chaleur. Elle passe le temps, le nez sur Instagram. Elle apprécie l’air ventilé de la galerie, elle qui souffre de la chaleur dans son appartement, « même s’il n’est pas exposé plein sud ». Elle attend avec impatience les travaux d’isolation par l’extérieur promis par le bailleur social, Domanys.

« Nous avions plus de monde en juin, quand il a fait très très chaud, se souvient un agent de sécurité, là, on sent que c’est les vacances quand même ! » À l’entrée, des familles avec poussette, des couples, des grand-mères débordées par des enfants qui zieutent le manège, des ados en mal d’action au milieu des boutiques... Tout le monde lambine dans l’allée, pas pressé de ressortir. « On traîne, on va en profiter pour acheter une pastèque », avoue Isabelle, à qui son compagnon répond du tac au tac. « On s’emmerde, oui ! » un peu gêné de passer son après-midi dans un centre commercial. Ces allées climatisées, la version moderne du Radeau de la Méduse ? L. Noualhat

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