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Emploi et travail

Management « destructeur » à EDF : le cas d’un inspecteur secoue l’entreprise

Arnaud Bégin a reçu le soutien de centaines d'autres salariés d'EDF, qui dénoncent des «pratiques managériales destructrices».

Arnaud Bégin, ancien inspecteur de sûreté nucléaire, est déféré mercredi en conseil disciplinaire par EDF. Mais son cas est symptomatique d’un malaise à EDF : de nombreux salariés se disent victimes d’un management brutal.

Mercredi 10 janvier, Arnaud Bégin est « déféré » en conseil disciplinaire par la direction d’EDF, procédure qui pourrait mener à son licenciement. Cet ancien inspecteur de la sûreté nucléaire, dont Reporterre vous avait raconté l’histoire en octobre dernier, assure avoir été harcelé à cause de sa rigueur dans le contrôle des centrales.

Les motifs de sa convocation mercredi ? «  Avoir rédigé des écrits dénigrants… engager des poursuites judiciaires… avoir fait acte d’insubordination… avoir eu des agissements qui ont créé un mal être chez certains salariés », selon le « dossier disciplinaire de M. Arnaud Bégin », rapport que Reporterre a pu consulter.

Arnaud Bégin a alerté l’Autorité de sûreté nucléaire sur le harcèlement qu’il subissait, qui a reconnu les faits et les a signalés au procureur de la République en janvier 2021. Rien n’a changé. © Mathieu Génon / Reporterre

Les témoignages recueillis pour ce conseil de discipline par le rapporteur auprès des supérieurs du cadre d’EDF dressent le portrait d’un personnage dangereux et menaçant. « J’ai eu des crises d’angoisse à l’idée de le croiser en dehors du travail », dit ainsi une cheffe de service.

Le directeur du centre nucléaire de Paluel — où Arnaud Bégin travaillait, hors arrêts maladie, depuis juin 2021 — assure lui que « la relation que M. Bégin avait noué avec le service n’était pas basé sur le travail, mais sur les tensions, le mal-être et des menaces de suicides ». Affaire pliée ?

Pressions

Pas vraiment. La direction d’EDF omet de dire que le déséquilibre psychologique de M. Bégin provient de la révélation qu’il avait subi une pression intense lors d’une inspection qu’il menait sur la centrale de Tricastin. Elle omet aussi de dire ce qu’il a subi ensuite dans la centrale de Chooz où il a travaillé de 2018 à 2021 : un harcèlement qui a conduit à une intervention de l’Inspection du travail.

Selon Arnaud Bégin, comme il le raconte à Reporterre dans la vidéo ci-dessous, « durant les inspections que j’ai menées à Tricastin et à Dampierre, j’ai observé et consigné des problèmes de sûreté. Et à cause de cela, depuis 2018, j’ai été isolé, puis harcelé. On m’empêche d’exercer mon métier. À cause de tout ce que j’ai subi, ma santé est atteinte ». M. Bégin souffre ainsi d’un syndrome anxio-dépressif et a été reconnu en invalidité de catégorie 2 par le médecin-conseil d’EDF.

« EDF inverse la situation, s’étonne Anne Debrégeas, ingénieure de recherche en économie et élue SUD Énergie à EDF, qui représentera Arnaud Bégin le 10 janvier. La victime est mise en cause, comme s’il n’y avait pas de responsabilité de l’entreprise dans la dégradation de sa santé. L’enquête a été menée non pour le protéger, mais pour protéger ses chefs. »

EDF ira-t-il jusqu’au licenciement ? Ce serait un destin étrange pour un cadre qui a connu une carrière modèle au sein de la compagnie électrique, parti de la base pour grimper jusqu’à l’inspection nucléaire. Selon M. Bégin, « en tentant de briser un inspecteur de sûreté comme moi, c’est la sûreté des centrales qu’on met en cause, c’est des accidents graves qu’on rend possibles ».

« EDF essaye de nous faire taire »

« Le cas de M. Bégin est le symptôme d’un phénomène plus large », dit Anne Debrégas. De nombreux salariés d’EDF se disent « victimes de pratiques managériales destructrices ». Dans une pétition mise en ligne fin novembre, plusieurs centaines d’entre eux disent avoir été sujets d’« un processus d’éviction organisé par la hiérarchie : mise à pied, mise au placard, propos dégradants voire racistes, diminution de la rémunération, suppression de salaire, mise en invalidité voire licenciement… »

Une association serait en préparation pour rendre visible la démarche collective. « Cela commence à être lourd, dit une salariée, EDF essaye de nous faire taire ». Pour Anne Debrégeas, « quand quelqu’un a un problème à EDF, on cherche à sanctionner plutôt qu’à le régler. EDF ne reconnaît pas ses erreurs. La ligne semble être : on protège la hiérarchie ».

Reporterre a interrogé EDF sur les problèmes de management dans l’entreprise. Réponse : « Pas de commentaire sur ce sujet. »

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