Privés de subventions, les Jardins de Cocagne pourraient perdre 140 emplois
Les soutiens des Jardins de Cocagne ont manifesté devant le conseil départemental de Haute-Garonne, jeudi 16 mai. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Les soutiens des Jardins de Cocagne ont manifesté devant le conseil départemental de Haute-Garonne, jeudi 16 mai. - © Antoine Berlioz / Reporterre
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Cinq jardins de réinsertion du réseau Cocagne en Haute-Garonne sont touchés par la perte brutale de 850 000 euros de subventions. Une situation qui menace la pérennité de ce projet social et écologique.
Il est un peu plus de 8h30 quand Rose, couteau à la main, se lance dans la récolte de salades. Sous une serre d’un demi-hectare, elle travaille depuis deux mois aux Jardins du Ricotier, à Fenouillet, au nord de Toulouse. Comme douze autres personnes, elle bénéficie d’un contrat d’insertion sur le site, ce qui lui permet de renouer avec l’emploi, l’autonomie et la stabilité. « J’étais perdue avant ce contrat. J’ai découvert le maraîchage et cela me passionne, je ne sais vraiment pas ce que je ferais si je perdais cet emploi », raconte-t-elle.
Mais depuis la fin de l’année 2023, le groupement Cocagne de Haute-Garonne, dont fait partie le Jardin du Ricotier, est en péril. Privé de subventions européennes, le projet voit sa stabilité financière compromise et 140 emplois pourraient être supprimés. Cette antenne territoriale fait partie du réseau national Les Jardins de Cocagne, qui a vu le jour il y a plus de trente ans pour produire des fruits et légumes bio, locaux et solidaires.
Remboursement de subventions déjà versées
En décembre, le conseil départemental a annoncé le retrait de 500 000 euros de subventions destinés au groupement, via le Fonds social européen (FSE). Cette brutale diminution s’explique par une diminution des budgets alloués par l’Union européenne. « L’enveloppe du FSE gérée par le conseil départemental s’élève à 1,2 million d’euros et dix-huit structures ont répondu à l’appel à projet. La demande du groupement Cocagne représente à elle seule une demande de 1,08 million d’euros, qui n’a donc pu être satisfaite dans sa totalité », se justifie le département dans un communiqué.
La Haute-Garonne réclame aussi le remboursement de subventions déjà versées, évoquant « un contrôle lié à l’utilisation inadaptée des fonds européens ». Mis bout à bout, cela représente une perte de 850 000 euros pour Cocagne Haute-Garonne. « On ne peut évidemment pas assumer cette perte sèche, cela met en péril tout le groupement sur le territoire », s’alarme Laurent Durrieu, codirecteur de la structure.
« C’est incompréhensible qu’on soit sur le point de mettre la clé sous la porte »
Face à cette situation, les salariés, bénévoles, adhérents et soutiens du réseau Cocagne Haute-Garonne s’étaient donné rendez-vous jeudi 16 mai devant le conseil départemental pour exprimer leur colère, mais surtout réaffirmer l’importance d’un tel projet.
« On répond à des politiques publiques avec nos actions dans le domaine de l’insertion, mais aussi de l’écologie. On permet à des personnes précaires et éloignées de l’emploi de sortir la tête de l’eau. On fournit aussi une alimentation biologique de qualité à des prix accessibles. C’est incompréhensible qu’on soit sur le point de mettre la clé sous la porte », lâche amèrement Adil, gestionnaire de paie dans le réseau, qui distribue des tracts pour informer sur la situation.
Natacha, qui bénéficie elle aussi d’un contrat d’insertion aux Jardins du Ricotier depuis deux mois, a peur pour l’avenir. « On aime le maraîchage, c’est ce qu’on veut faire. On a des enfants qui comptent sur nous et à qui on peut offrir une alimentation de qualité grâce à ce travail », poursuit-elle.
En Haute-Garonne, 1 200 paniers sont livrés chaque semaine dans quarante communes du département, dont 30 % à des tarifs solidaires grâce aux cinq jardins du réseau. « Quand on achète un panier, on sait ce qu’il y a derrière. C’est plus qu’une Amap, plus que des fruits et légumes bio, c’est tout un projet de société qui permet à des personnes d’avoir accès à un emploi et à une alimentation saine et locale », martèle Jean-Marc, sociétaire et consommateur de paniers aux Jardins du Girou, à Gragnague, quelques kilomètres à l’est.
Devant le conseil départemental, Grégory, accompagnateur socioprofessionnel dans le réseau, est dépité. « On veut redonner confiance aux personnes qu’on recrute en insertion. On utilise le maraîchage pour les aider à se projeter, on les accompagne, on leur redonne foi en ce système et, après tout ce chemin, ils se disent que tout peut s’écrouler à nouveau. C’est dur », détaille-t-il devant une banderole « Nos métiers utiles sont en péril ».
De son côté, le département a réagi via un communiqué soulignant que « le dialogue doit se poursuivre pour définir un modèle viable pour les Jardins de Cocagne en Haute-Garonne ». Un espoir pour les centaines d’emplois menacés, même si le temps presse pour trouver une solution. Des réunions sont d’ores et déjà prévues avec les membres du réseau et d’éventuels financeurs, notamment la région Occitanie, pour sauver les Jardins de Cocagne en Haute-Garonne et le projet d’une alimentation locale, bio et solidaire.