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Michèle Rivasi : « La lutte contre l’évasion fiscale doit devenir une cause nationale »

10 octobre 2016 / Michèle Rivasi



Europe Écologie-Les Verts organise sa primaire pour désigner le ou la candidate écologiste à l’élection présidentielle. Le vote se déroule par correspondance jusqu’au 17 octobre pour le premier tour. Reporterre donne la parole, pendant quatre jours, à chacun(e) quatre candidat(e)s.

Michèle Rivasi est députée européenne et candidate à la « primaire de l’écologie ».

Comme les autres candidat(e)s à la primaire, elle répond à la question posée par Reporterre : « Comment installer l’écologie dans le débat de 2017 ? »


Les écologistes sont prisonniers du système politico-médiatique français. Premièrement, car nos idées ne peuvent pas être cautionnées par une certaine presse aux ordres du grand capital et des lobbies de tout poil (la faute au rôle de la publicité dans le financement de l’information). Deuxièmement parce que le gouvernement a réformé en avril les règles concernant le temps de parole des candidats : nous sommes passés d’une égalité stricte à un temps de parole attribué en fonction… des sondages. Ainsi, Eva Joly aurait bénéficié de 5 fois moins de temps de parole en 2012 si les mêmes règles avaient existé. Les sondages, voilà justement la troisième plaie qui nous afflige : tout d’abord les sondages bénéficient aux partis qui ont les moyens d’en commander, et surtout les sondages ne font pas avancer le débat, bien au contraire. Ils enferment l’électorat dans des logiques débiles au lieu de faire primer la qualité et le réalisme des propositions.

Maintenant que le constat est posé, rien ne sert de se lamenter, car vous me connaissez : je n’ai jamais accepté la fatalité.

Les dernières analyses montrent les priorités suivantes pour les Français : terrorisme, chômage, délinquance, impôts, migrants, fonctionnement de l’UE et enfin concurrence avec les pays où la main-d’œuvre est moins chère. Il faudra donc être pertinent sur ses sujets pour être audibles et montrer que l’écologie politique a un programme structuré.

Des solutions durables au désespoir d’une jeunesse désemparée

Concernant le terrorisme, nous devrons insister sur les ressorts qui l’alimentent. Premièrement, ses financements qui viennent principalement d’États du Moyen-Orient qui l’utilisent (entre autres) à des fins de géopolitique régionale doivent être combattus. Quand on sait que le pétrole produit par Daech est intraçable, quoi de mieux que réduire notre facture énergétique pour cesser d’alimenter les caisses du terrorisme ? On pourra ainsi faire d’une pierre deux coups en mettant en avant la nécessaire sortie des énergies fossiles… pour lutter contre le changement climatique. Développer notre indépendance énergétique, c’est aussi permettre une diplomatie cohérente pour ne plus devoir prêter allégeance à de grands démocrates comme Poutine et empêcher les dictateurs africains de se maintenir. C’est cette logique retrouvée qui nous permettra de nous attaquer au « problème » des réfugiés et migrants économiques : empêcher les guerres et les raisons qui les alimentent permettra à chaque citoyen du monde d’espérer pouvoir vivre en paix dans son pays et de se battre — sans armes — pour lui.

La guerre contre le chômage passera aussi par la transition énergétique. La rénovation thermique du bâtiment est une priorité : elle réduira la facture des ménages tout en assurant un marché incroyable aux artisans du bâtiment. Le développement des énergies renouvelables nous permettra non seulement de sortir du nucléaire, mais aussi de générer des milliers d’emplois, comme ça a été le cas dans les pays les plus volontaires en la matière. En promouvant un autre modèle agricole, nous pourrons redynamiser les campagnes et inverser l’exode rural : développer les circuits courts et une agriculture biologique de qualité renforcera le monde paysan, qui n’en peut plus d’être à la solde de l’agrochimie. Surtout, nous pourrons faire disparaître le concept de chômage en mettant en place le revenu de base : nous ne pouvons continuer à cautionner un système qui stigmatise les plus démunis, protégeons-les plutôt de cette machine à broyer l’avenir qu’est devenu le marché du travail !

La lutte contre la délinquance ne passera que par la proposition de solutions durables au désespoir d’une jeunesse désemparée et attirée par l’argent facile. Une bonne partie de la délinquance est liée au trafic de cannabis : le légaliser et encadrer sa vente permettra non seulement d’affaiblir les petits caïds et le grand banditisme, mais permettra surtout de contrôler la qualité des produits et créer des recettes pour l’État et de l’emploi local. Ces revenus pourraient servir à financer des formations débouchant sur des emplois dans les métiers de la transition écologique, mais aussi à financer une police de proximité pour rétablir la confiance et le dialogue. Il faudra surtout rappeler que c’est bien notre société de (sur)consommation qui est (ir)responsable de vouloir faire croire à tout le monde que l’on peut tout avoir. Comme disait Gandhi : « Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. » Le matérialisme doit être combattu et nous devrons promouvoir d’autres valeurs que celles véhiculées par les principaux partis, notamment celle de responsabilité.

Lutter contre l’Europe bouc émissaire : rien ne se décide sans l’aval des États membres

Concernant le niveau des impôts, c’est avant tout à la taxation du travail que nous devrons nous attaquer et reporter ceux-ci sur la taxation du capital : il n’est pas normal que l’argent qui dort rapporte plus que la sueur et le labeur. Et il est encore moins normal qu’il dorme dans des paradis fiscaux, c’est pourquoi la lutte contre l’évasion fiscale doit devenir une cause nationale. On peut aussi réduire les impôts en régulant l’automatisation de plus en plus forte de la société (pour des raisons de productivité, parce que les robots ne coûtent rien en charge, en arrêt maladie, en grève et travaillent 24/24 et 7/7), il faut désormais penser à taxer l’activité des robots. Cela pourrait être un moyen de dissuader le recours à la robotisation, sinon de créer de nouvelles recettes.

Quant au fonctionnement de l’UE, qui de mieux qu’une députée européenne pour l’expliquer et dénoncer les fantasmes qui sont véhiculés à son égard. Ma priorité en la matière sera de lutter contre l’Europe bouc émissaire : rien ne se décide sans l’aval des États membres, il faut arrêter de déresponsabiliser les gouvernements en avalant leurs mensonges. Oui, nous voulons une autre Europe, et c’est de la volonté des citoyens et des États qu’elle doit renaître ! C’est de l’Europe d’ailleurs que doit venir la lutte contre le dumping social et environnemental, la concurrence déloyale doit cesser pour permettre un nivellement des droits des travailleurs et de la protection de l’environnement par le haut. La France qui gagne, c’est celle qui rend tout le monde gagnant : cessons de nous enrichir grâce à la misère du monde, construisons la paix aujourd’hui.


  • Plus de 17.000 personnes vont participer à la « primaire de l’écologie », selon les chiffres d’EELV. Celle-ci se déroule par correspondance, jusqu’au 17 octobre minuit pour le premier tour, dont le dépouillement est prévu le 19 octobre. Puis jusqu’au 7 novembre minuit pour le second tour, avec un dépouillement prévu le 10 novembre.



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Lire aussi : L’appel d’Eva Joly pour participer à la primaire d’EELV

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photo : © Emmanuel Brossier/Reporterre

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