Monsieur Hollande, nous n’avons pas besoin de mots, mais d’aide concrète

Durée de lecture : 6 minutes

26 février 2015 / Collectif d’ONG

C’est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles : les Philippines. Et c’est la destination choisie par François Hollande pour un voyage officiel sur le thème du climat, jeudi 26 février. A ses côtés, les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Ségolène Royal (Ecologie) et Brigitte Girardin (Francophonie et Développement)… Mais aussi les actrices Mélanie Laurent et Marion Cotillard. Avec une telle délégation, le Président de la République a réussi son coup : faire parler de son voyage. Mais les actes iront-ils au-delà de la communication ? Les ONG s’interrogent. Reporterre a collecté témoignages et prises de positions. C’est la tribune du jour.

La France et les pays du Nord accordent très peu de fonds pour l’adaptation au changement climatique dans les pays du Sud, dénoncent six ONG

- Action contre la faim, Care France, Fondation Nicolas Hulot, Oxfam France, Réseau Action Climat, Secours Catholique, Caritas France

Chaque année, 211 millions de personnes sont directement touchées par les catastrophes naturelles, soit cinq fois le nombre de victimes de conflits. Pourtant, les Etats-bailleurs, dont la France, ne semblent pas tenir compte de cette réalité. Moins de 1 % de l’aide publique au développement mondiale a été alloué à la réduction des risques de catastrophes dans les quarante pays les plus pauvres et les plus affectés par ces phénomènes.

Neuf catastrophes sur dix (sécheresses, inondations, cyclones, épidémies) sont liées au climat. Les pertes liées aux catastrophes doublent toutes les décennies. L’écart risque de se creuser entre les capacités de réponses humanitaires et les besoins. Les pertes et dommages irréversibles - vies humaines, perte de territoire et patrimoine culturel - vont augmenter.

L’aide publique au développement existante est insuffisante pour faire face à ces enjeux. Les Etats doivent dégager des financements publics complémentaires.
L’objectif de réunir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour lutter contre le changement climatique - dont la moitié sera destinée à l’adaptation - est loin d’être atteint.


Dans une note détaillée, Oxfam France enfonce le clou

- Oxfam

- Télécharger la note

Dans le cadre de la préparation de la conférence internationale sur le climat qui aura lieu en décembre 2015 à Paris (COP21), le Président de la République François Hollande se rendra les 26 et 27 février prochains aux Philippines, un des pays les plus touchés par le changement climatique. Il y a un peu plus d’un an, le super typhon Haiyan frappait le pays, tuant des milliers de personnes et faisant des millions de sans-abris. Au-delà du coût humain, Haiyan a frappé une région déjà défavorisée, plongeant encore davantage de familles dans la pauvreté et les rendant d’autant plus vulnérables à la prochaine catastrophe.

Renforcer les mécanismes de résilience aux catastrophes naturelles pour les populations les plus vulnérables est indispensable si l’on veut pérenniser les efforts faits depuis des années en faveur du développement et de la lutte contre la pauvreté.

A Copenhague, en 2009, les pays riches ont pris des engagements en termes de financement de l’adaptation au changement climatique pour ces populations. Ces engagements doivent être respectés non seulement pour faire de la COP21 un succès, mais surtout pour répondre aux besoins croissants sur le terrain.

Lors de sa visite, pour crédibiliser et légitimer la présidence française de la COP 21, François Hollande devra s’assurer que la question des financements climat soit au cœur de l’accord qui doit être signé à Paris en décembre. La France se doit également de montrer l’exemple en précisant ses propres ambitions en matière de financements climat.

A ce stade, la politique française sur le sujet se caractérise davantage par des effets d’annonce que par une véritable priorité donnée aux plus vulnérables. La réalité de l’engagement français n’est pas glorieuse : prêts (au solde net souvent positif pour l’Etat français) plutôt que dons, déséquilibre entre adaptation et atténuation, contribution au Fonds vert en deçà de ce qui a été fait par les autres grands pays européens.

Pour répondre à cela, la France doit prendre toute sa part dans l’effort nécessaire, notamment à travers l’adoption d’une taxe sur les transactions financières européenne ambitieuse dont une partie significative des revenus serait allouée au climat, comme annoncé par le Président de la République au mois de janvier, ainsi qu’à la lutte contre les grandes pandémies.


Les Philippines, un pays qu’a ravagé un typhon gigantesque

- Thomas Boudant revient d’un an de mission aux Philippines. Avec son ONG Triangle, il s’est rendu dans le village de Sulangan, dans une île au sud de Guiuan, la première île touchée par le cyclone Haiyan en 2013.

Après le typhon, on ne s’est pas positionné sur une réponse d’urgence. Les grosses ONG font ça très bien. On a voulu agir dans un secteur où les autres ONG ne sont pas présentes et où on a un vrai savoir-faire. On a aidé les pêcheurs à réparer ou reconstruire leurs bateaux.

Je suis arrivé en janvier 2014 et suis resté un an sur place. C’est la première fois que je travaillais sur une catastrophe naturelle. On arrive là-bas par la ville de Tacloban, une ville très peuplée et très touchée par le typhon. Des quartiers entiers ont été rasés. C’est très impressionnant, et à cette époque, il y avait encore beaucoup de camps de déplacés, de gens vivant sous tente.

Les déplacements de population dans le pays sont aussi importants. Beaucoup sont aussi partis chercher du travail dans la capitale Manille, où il y a énormément de bidonvilles. Certaines personnes que j’ai rencontrées m’ont aussi dit qu’elles quittaient la région des typhons pour aller vivre ailleurs.

Ils n’avaient jamais connu un typhon d’une aussi grosse ampleur. Près de la ville où je travaillais, il y avait une église du XIVe siècle, elle n’avait jamais bougé, mais le typhon l’a détruite.

Des centaines de milliers de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance. Par exemple, une grosse partie de l’économie des Philippines repose sur la noix de coco. Des millions de cocotiers sont par terre depuis le typhon. Or pour repousser et donner des fruits les cocotiers ont besoin de sept à huit ans, donc on sait que pendant toutes ces années cette ressource ne sera plus disponible.

C’est un bon choix, de la part de François Hollande, d’avoir choisi les Philippines pour ce voyage, parce que c’est l’un des pays les plus touchés par les catastrophes naturelles. Je trouve bien qu’il s’engage sur le sujet et qu’il en parle. Il médiatise la chose, mais pour quel résultat ? Il serait bon que cela ne s’arrête pas là. De mon point de vue, il y a beaucoup de blablas et de réunions, mais sur le terrain, cela ne se traduit pas : on a de la prévention des catastrophes naturelles, mais on n’a rien pour la lutte contre le changement climatique.

Donc je demande à voir ce qui va se passer à Paris en décembre. Mais vu ce qu’ont donné les précédentes conférences sur le climat, je suis très sceptique.

Les ONG font beaucoup de travail sur place. Mais s’il n’y a pas de volonté plus globale pour lutter contre le réchauffement climatique, tout ce que l’on fait sera balayé par un nouveau typhon, et sera à recommencer dans quelques années.



Lire aussi : Climat : les dirigeants mentent

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photo : Province orientale de Samar, Philippines, en novembre 2013 (Wikimedia).

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