CHRONIQUE - Climat : les dirigeants mentent

12 décembre 2014 / Noël Mamère



A Lima, la conférence sur le climat ressemble à un jeu de dupes, où les dirigeants font mine de vouloir un accord sans rien changer au système qui détruit le climat. « Seule la convergence des luttes pour la justice climatique et la justice sociale permettra d’exercer une pression nécessaire pour changer la donne climatique. »


- Noël Mamère -

Une fois de plus, la Cop Climat de Lima risque de déboucher sur un marché de dupes et de renvoyer à plus tard les décisions urgentes. Une fois de plus chacun se lamentera de l’hypocrisie des pays développés qui, côté cour, la main sur le cœur, font des déclarations d’intentions louables et généreuses et, côté jardin, continuent comme avant leur course effrénée à la croissance. Rien de nouveau sous le soleil.

Et ce n’est pas le volontarisme de façade de messieurs Hollande, Valls et Fabius qui nous rassurera. Ils sont prêts à tout pour réussir « leur » conférence de Paris en 2015. Sauf à sacrifier l’essentiel : l’empreinte carbone de la France a augmenté de 15 % en vingt ans.

Contradiction totale

Et on ne voit pas ce qui dans la loi de transition énergétique votée à l’automne, dans la suppression de l’écotaxe, dans le refus obstiné d’une fiscalité écologique, permettrait à la France d’être le leader du changement climatique. Les accords de libre-échange avec le Canada et, demain, avec les Etats-Unis, que ce gouvernement s’apprête à signer, vont dans le même sens : le contrôle par les entreprises multinationales, notamment celles du pétrole, des échanges internationaux et la déréglementation à tout-va en contradiction totale avec l’idée d’un accord sur le climat qui suppose des contraintes.

De même, les pratiques de Total et d’Areva dans l’extractivisme, nous confortent dans notre conviction que les négociations de 2015 (comme celle de Copenhague en 2009), déboucheront sur un nouvel échec, déjà programmé ces jours-ci à Lima.

Faut-il désespérer pour autant les centaines de milliers de manifestants de par le monde, le 20 septembre dernier, qui veulent « sauver le climat » ? Non, bien sûr. Mais il ne faut pas les bercer avec de fausses promesses. La lutte contre le dérèglement climatique passe par le rejet des illusions liées aux fausses solutions proposées depuis le début de ces conférences internationales des petits pas. Le marché des droits à polluer a retardé la prise de conscience et la conclusion de véritables accords entre le Nord et le Sud, tout en ouvrant un nouveau domaine aux requins de la finance.

On ne « sauvera » pas le climat sans changer le système, sans s’engager dans une transition longue, vers la sobriété et l’efficacité énergétique, la démocratisation des systèmes énergétiques et des énergies renouvelables, l’agro-écologie paysanne, les biens communs, la souveraineté alimentaire, la relocalisation des productions et des consommations, la coopération avec les pays les plus pauvres pour qu’ils puissent s’adapter aux politiques publiques de changement climatique.

Des centaines de milliards pour les banques, des miettes pour le climat

Les dirigeants des pays développés nous mentent quand, dans le même temps, ils se lamentent sur le manque de financement d’une politique cohérente sur le climat et détricotent la taxe financière sur les échanges financiers internationaux.

Ils nous mentent quand, dans le même temps, ils trouvent des centaines de milliards pour sauver les banques et ne veulent rien débourser pour sauver l’humanité face à la dégradation de plus en plus rapide du climat qui se manifeste déjà avec les tsunamis, les typhons, les sécheresses, les inondations, le réchauffement des océans et la fonte des glaces. Aucune partie du monde n’est épargnée.

Alors, oui, il faut continuer à se battre. L’heure n’est plus à réclamer un grand soir du climat illusoire, mais à résister. Résister, c’est refuser les grands projets inutiles avec les zadistes, refuser l’extractivisme avec les peuples et la poursuite de l’exploitation des gaz de schiste, refuser le développement des OGM avec les paysans du monde…

Résister mais aussi développer, partout où c’est possible, des alternatives concrètes montrant que le changement du système viendra d’en-bas et pas d’en-haut. Nous devons aujourd’hui globaliser ces solutions réelles au changement climatique. Oui, le « système » est aujourd’hui le principal obstacle à la lutte contre la crise climatique.

Celle-ci condense les limites et les contradictions d’un modèle d’organisation des sociétés écologiquement non viable et socialement injuste et destructeur : la « modernité » productiviste et capitaliste. C’est pourquoi seule la convergence des luttes pour la justice climatique et la justice sociale permettra d’exercer une pression nécessaire pour changer la donne climatique.




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Source : Noël Mamère pour Reporterre

Image : Koff (CNCD)

Lire aussi : A Lima, les multinationales s’activent dans les coulisses de la négociation climatique

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