Portraits d’écologistes

Durée de lecture : 6 minutes

30 novembre 2013 / Isabelle Rimbert et Hervé Kempf (Reporterre)



Mais à quoi ils ressemblent, c’est qui, ces écolos ? Enfin, « écolos »… membres d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Avant leur congrès de Caen, Reporterre est allé en voir quelques-un(e)s. Galerie de portraits.


David Mbanza
« Mes parents étaient sympathisants PS. Je suis professeur des écoles à Bois-Colombes, et j’ai 38 ans. Quand Sarkozy a été élu, en 2007, je me suis dit qu’il était temps de s’impliquer. J’ai adhéré aux Verts. Je suis conseiller régional.
Aujourd’hui, la question essentielle est celle de notre participation au gouvernement. On doit maintenir nos idées, par exemple par rapport au budget de l’Etat. Les députés devraient voter contre. Mais s’ils le faisaient, nos ministres seraient mis dehors, donc ils vont voter pour. Si on est ce que l’on est, nous, les écologistes, le PS nous vire. Le problème est qu’on n’est plus indépendant, on ne peut plus dire ce qu’on veut faire. »

Emmanuelle Cosse
« Je suis d’une famille engagée, et à un moment, il y a besoin d’être dans un engagement collectif pour peser, s’exprimer, trouver des soutiens et des réponses. Il faut trouver des réponses pour ne pas subir la vie. Pourquoi je suis devenue écologiste ? A travers la pensée sur le travail d’André Gorz, j’ai découvert des réponses que ma génération n’avait pas. Et puis il y a des choses plus personnelles : le refus du tout-bagnole, d’être emprisonnée dans un mode de vie, comme d’aller au supermarché. Passer de l’auto au vélo, par exemple, c’est essentiel. »

David Beillard
« J’adhère à EELV depuis 2009, lors des élections européennes. J’avais avant un parcours associatif, dans la lutte contre le sida. J’ai 35 ans et je suis gay. Le rapprochement avec EELV est venu parce que c’est un espace intéressant pour la société civile, c’est la première fois qu’on y tente une combinaison entre l’espace politique et les gens.
Je suis journaliste à Alternatives économiques, ça n’est pas contradictoire avec mon engagement à EELV. Si j’avais à écrire sur la politique, je rendrais ma carte. Et puis c’est un journal engagé. Journalisme et politique ne sont pas antinomiques : il ne faut pas confondre subjectivité et engagement. Il faut être rigoureux, étayé dans sa pratique. »

Florence Carrique
« Par mon travail, j’ai beaucoup voyagé en Egypte, en Jordanie, au Liban, des pays aux prises avec un environnement très fragile.
J’ai 47 ans. Je suis encartée depuis 2007. C’est venu par le boulot, je suis comédienne, j’ai fait connaissance d’élus du XVIIIe arrondissement sur un projet de livre, ils avaient une sensibilité libertaire qui m’a beaucoup plu. J’ai de l’aversion à l’égard de la hiérarchie pyramidale. Les dissensus internes, c’est sain et souhaitable. Tout le monde au garde-à-vous devant un chef, comme chez Mélenchon, ça ne va pas.
Ce que disait Noël Mamère sur les immigrés et la double peine m’avait frappé : c’est la première fois que j’entendais un parti parler pour des gens qui n’allaient pour voter pour lui. J’ai réalisé que les Verts ne parlaient pas seulement d’environnement, mais avaient une vision plus large. J’apprécie l’approche transversale de l’écologie politique. »

Jean-Vincent Placé
« Je suis écologiste parce que je me suis rendu compte sur le tard, grâce à l’ancien maire de La Rochelle, Michel Crépeau, que la gauche n’avait pas intégré la question fondamentale de la finitude de la planète.
Tous les parlementaires devraient passer huit jours dans un pays du tiers-monde, ils se rendraient compte de certaines réalités. Moi, j’ai vécu à Madagascar et à Mayotte.
J’aime bien manger, je suis issu d’une famille traditionnelle de la campagne normande. Pour ma maman, un repas sans viande n’était pas un vrai repas. A terme, il faut tendre vers le régime végétarien. L’avenir sera peut-être de manger des insectes, il faut s’y préparer. Dans cinquante ou soixante ans, il faudra nourrir neuf milliards de personnes. Là, je vais beaucoup bosser sur la question alimentaire, dans la perspective de la conférence de Milan en 2015.
En ce moment, je suis super heureux, parce que ma fille Mathilde est née le 12 novembre. »

Karima Delli
« Je suis écologiste parce que la crise est d’abord écologique et vient percuter la crise sociale. En France comme en Europe, les injustices environnementales frappent toujours les mêmes, les pauvres. Je veux ancrer l’écologie dans les classes populaires.
L’écologie ne peut être que joyeuse, avec toutes les alternatives qui émergent. Il faut partir des gens, c’est d’eux que viendront les solutions. On réinvente le temps de travail, la répartition des richesses.
Si je ne suis plus députée européenne, je reprendrai ma thèse sur ‘les logiques de pouvoir dans les partis politiques’ (rire). Et si je reste, je continuerai à m’investir pour un revenu minimum européen, sur la question de la sécurité au travail – il y a par exemple un vrai problème sur les chantiers de désamiantage – et sur l’efficacité énergétique et les renouvelables ».

Pascal Canfin
« Pourquoi je suis écologiste ? Parce qu’on est dans un monde aux ressources limitées. Il faut un nouveau logiciel, et l’écologie est le seul adapté à cette situation radicalement nouvelle depuis une trentaine d’années. C’est une nouvelle conception du monde dans une époque qui est équivalente à celle de la Renaissance : on sortait alors du monde fini, il s’est ouvert, mais maintenant, on retrouve la finitude du monde ».

Celia Blauel
« J’ai 32 ans, je viens d’Alsace, d’une famille catholique de droite. L’écologie, c’est un déclic, je trouvais qu’ils posaient les bonnes questions et apportaient les bonnes réponses. Quand je suis sortie de Sciences Po, je voulais mettre mes mains dans le cambouis, je suis entrée au parti en 2005. Je suis une militante de terrain, je me suis par exemple investie dans les jardins partagés. J’ai aussi été assistante parlementaire de Denis Baupin. Je suis élue municipale du XIVe arrondissement de Paris depuis 2008 et je pense que les écologistes vont battre Nathalie Kosciusko-Morizet aux élections. »

Jean-François Baillon
« Je venais du PSU (parti socialiste unifié). J’ai monté la première liste écolo en 1986 en Seine-Saint-Denis, avec Alain Lipietz et Jean-Luc Bennhamias. Je suis écologiste parce que je crois à un autre mode de développement de la société, je suis antinucléaire. Il faut une alternative économique, sortir du productivisme. J’ai 64 ans, j’ai été professeur et chef d’établissement.
Je suis évidemment déçu par le gouvernement, il y a bien des avancées, ce que fait Cécile sur le logement, Canfin sur le développement, mais le verre est aux trois quarts vide, un quart plein. Mais il ne faut pas ajouter aux difficultés ambiantes, ce sera une décision grave et politique quand on sortira du gouvernement. »

Julien Bayou





Source :
. Isabelle Rimbert, pour les photos (voir le site d’Isabelle) ;
. Hervé Kempf pour le recueil des propos.

Consulter aussi : DOSSIER : Le débat de l’écologie politique.

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