L’État va-t-il aider la Guyane à se battre contre la pêche illégale ?
Des membres du patrouilleur « La Confiance » s'approchant à l'aide d'un bateau gonflable d'une embarcation coupable de pêche illégale, dans les eaux guyanaises en 2022. - © Jody amiet / AFP
Des membres du patrouilleur « La Confiance » s'approchant à l'aide d'un bateau gonflable d'une embarcation coupable de pêche illégale, dans les eaux guyanaises en 2022. - © Jody amiet / AFP
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À l’occasion du sommet sur l’océan, à Nice, des Guyanais dénoncent l’ampleur de la pêche illégale qui ravage leurs côtes, décime les tortues et « dépouille » les pêcheurs locaux de leurs ressources.
Cayenne (Guyane), correspondance
Seront-ils plus entendus à Nice qu’à Cayenne ? Les pêcheurs guyanais comptent sur la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc), qui se tient du 9 au 13 juin dans la ville méditerranéenne pour alerter sur la pêche illégale qui sévit dans leurs eaux depuis plus de vingt ans. Représentés au sein de la délégation guyanaise, qui compte aussi des élus et des responsables associatifs, ils ont pu exposer leurs griefs le 10 juin lors d’une table ronde dédiée.
« Quand nous arrivons par miracle à installer nos filets, il ne nous reste que les miettes. Nous sommes complètement dépouillés de nos ressources. J’en suis à craindre que certains pêcheurs ne prennent les armes pour faire justice eux-mêmes », commente Léonard Raghnauth, le président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) resté en Guyane.
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En septembre dernier, un rapport de l’Ifremer et du CRPMEM avec le soutien du WWF concluait que la pêche pirate, originaire du Suriname, du Guyana et du Brésil, avait doublé en douze ans.
Effondrement des poissons
« Au-delà des pertes énormes que ça engendre pour notre filière, troisième secteur économique de la Guyane, c’est toute la biodiversité marine qui disparaît », poursuit Léonard Raghnauth. Outre le cas emblématique de la tortue luth, en danger critique d’extinction dans l’ouest guyanais, certaines espèces de poissons blancs très consommés, comme les acoupas, connaissent un effondrement rapide de leurs populations.
Rencontre d’Emmanuel Macron avec les représentants de la filière, en mars 2024, Comité interministériel de la mer (Cimer) fin mai... La lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), est pourtant présentée comme une des priorités nationales.
Ces dernières années, l’État a promis à plusieurs reprises un renforcement des moyens, avec notamment la création d’un site pour démanteler les navires arraisonnés dans l’ouest. Un appel de marché a bien été lancé en août dernier, mais rien n’a été annoncé depuis.
Enfin, à l’issue du Cimer, le Premier ministre François Bayrou a annoncé une « simplification des procédures » pour détruire plus facilement les navires saisis. Des mesures encore trop faibles et peu concrètes aux yeux de la profession et des ONG.
« Nous n’avons pas noté de signes attestant d’une augmentation de la lutte contre la pêche illégale. Lors de notre dernier survol aérien, le 4 mai dernier, nous avons compté 123 navires illégaux contre 23 bateaux français. C’est un record », confirme Marie Trémolet, chargée de coopération régionale au WWF et membre de la délégation guyanaise.
Coopération internationale
Lassé par l’inaction des pouvoirs publics, le WWF tente de mobiliser la société civile des Guyanes (Suriname, Guyana, Guyane française) à travers un projet de coopération transfrontalière. Baptisé Great Ocean, cofinancé par l’Agence française de développement et le groupe Accor, il a officiellement été lancé le 10 juin, en marge de l’Unoc.
L’ONG entend aussi profiter de ce sommet sur l’océan pour promouvoir des pratiques de pêche plus vertueuses comme le turtle excluder device (le « dispositif excluant les tortues »). Ce filet, conçu pour la pêche de crevettes, permet aux tortues capturées accidentellement de s’échapper — avec 97 % de succès selon le WWF.
En Guyane, les chalutiers crevettiers ont mis en place ce système il y a quinze ans déjà. Mais ils souffrent toujours, sur le marché européen, de la concurrence des pêcheries étrangères qui n’y ont pas recours. Le WWF et le CRPMEM militent donc pour que la Commission européenne adopte un règlement conditionnant l’accès au marché à la mise en place de ces filets.