Précarité énergétique : quand les politiques publiques lâchent les ménages
Des ouvriers du secteur de la rénovation lors d'une manifestation devant le siège de l'Agence nationale du logement à Paris, le 12 mai 2025. - © Ludovic Marin / AFP
Des ouvriers du secteur de la rénovation lors d'une manifestation devant le siège de l'Agence nationale du logement à Paris, le 12 mai 2025. - © Ludovic Marin / AFP
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35 % des Français ont eu des difficultés à payer leurs factures d’énergie en 2024, révèle l’Observatoire de la précarité énergétique. Et ce, alors que l’État freine de plus en plus les aides.
Avez-vous eu froid l’hiver dernier ? Bravo, vous faites partie du plus du tiers de Français qui ne peuvent se chauffer correctement, essentiellement pour des raisons financières ou de mauvaise isolation. Il y a de quoi frémir à lire le dernier baromètre de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), publié le 18 novembre. Avec des chiffres encore plus saisissants pour certaines catégories de population : 45 % pour les locataires, 48 % pour les moins de 35 ans et jusqu’à 63 % pour les agriculteurs.
Selon cette enquête menée sur un panel de 2 000 personnes, 35 % de Français déclarent avoir eu des difficultés à payer leurs factures d’énergie en 2024, contre 14 % il y a seulement cinq ans. Une réalité qui se retrouve aussi dans le nombre croissant de problèmes d’impayés recensés par le Médiateur de l’énergie : 1,2 million d’interventions en 2024. « Un doublement en cinq ans », déplore Maider Olivier, chargée de plaidoyer à la Fondation pour le logement des défavorisés. Elle coordonne la journée du 18 novembre contre la précarité énergétique, portée depuis cinq ans par dix-neuf organisations luttant contre la pauvreté et l’exclusion.
Au total, 12 millions de personnes souffriraient de précarité énergétique en France, et pas seulement l’hiver. En 2025, selon le Médiateur de l’énergie, près de 1 ménage sur 2 déclare souffrir de la chaleur en été — sujet d’une proposition de loi transpartisane qui pourrait être examinée début 2026.
Chèque énergie chauffé à blanc
Si la situation s’aggrave, c’est notamment parce que les politiques publiques fuient de toute part, notamment le bouclier tarifaire et le chèque énergie.
Le premier, déployé pendant la crise des prix de l’énergie de 2022-2023, plafonnait l’explosion du coût des énergies — électricité comme fossiles. Une époque « où l’on conseillait aux enfants de mettre des manteaux parce qu’on ne chauffait pas les salles de classe mal isolées », se remémore avec amertume Marie-Amandine Stevenin, de l’UFC-Que choisir. Mais si le bouclier a été abandonné, les prix sont eux restés « sur un plateau haut », notamment l’électricité dont le prix moyen a doublé en dix ans.
« Une vraie cacophonie »
Autre politique gelée : le chèque énergie. La suppression de la taxe d’habitation pour les résidences principales en 2023 a fait disparaître un outil précieux de collecte d’informations nécessaires pour distribuer ce coup de pouce d’un montant moyen de 150 euros, versés à 5,6 millions de personnes. Résultat : « Ça a été une vraie cacophonie avec des milliers de personnes qui n’étaient pas au courant », selon Marie-Amandine Stevenin.
Alors que les associations demandent un triplement de ce chèque, le gouvernement envisage plutôt de couper un quart (225 millions d’euros) du budget qui lui est consacré.
MaPrimeRénov’ à la casse ?
Les aléas budgétaires semblent également avoir raison d’une des « rares bonnes nouvelles de ces dernières années », selon Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés.
Depuis début 2024, MaPrimeRénov’, le dispositif public d’aide à la rénovation énergétique, semblait enfin prendre de l’ampleur « avec des aides plus importantes, un meilleur accompagnement et des objectifs plus ambitieux ». Après une mise en place laborieuse de « mon accompagnateur rénov’ », le mécanisme s’est mis à relativement mieux fonctionner, entraînant un dépôt massif de dossiers et pour des rénovations d’ampleur. Bien plus que ce qu’imaginait l’État, qui, après avoir réduit de 1 milliard d’euros son enveloppe début 2025, a fermé le guichet MaPrimeRénov’ durant l’été.
Sa réouverture en octobre ne se fait depuis qu’au compte-gouttes, avec des critères restreints divisant par deux le montant maximum des aides, alors même que les prix des travaux ne baissent pas. Un choix incompréhensible pour Manuel Domergue : « Arrêter une aide parce qu’elle marche est un signal extrêmement inquiétant. »
Ce tableau glaçant ne risque pas de s’arranger avec la loi de Finances 2026, qui prévoit de basculer un demi-milliard d’euros de MaPrimeRénov’ vers des financements privés incertains, et supprimerait les aides à la rénovation du parc HLM. Pour les associations mobilisées, cette équation risque de devenir intenable : « On ne peut pas faire plus avec moins. »