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Serge Zaka, en croisade contre les climatosceptiques

Chercheur passionné par les orages et la vulgarisation scientifique, Serge Zaka s’est donné pour mission de faire reculer les climatosceptiques, ces « semeurs de doute ». [Série 3/4]

[Série 3/4] Vous lisez la série « Crise écologique : la révolte des scientifiques ». La suite est ici.



Montpellier (Hérault), reportage

On le croirait surgi d’un film. Chapeau de cow-boy et bracelets de cuir, Serge Zaka a pourtant les pieds sur terre et le regard pétillant. Brillant, comme les éclairs qu’il affectionne. « Je chasse les orages depuis mes 15 ans, commence-t-il, c’est mon adrénaline. » Quand il ne court pas après le coup de foudre, le jeune chercheur se passionne pour le climat.

« Je suis un activiste, mais je me bats avec des chiffres et des faits scientifiques plutôt que sur le terrain », affirme-t-il. Dans son domaine, il explose les compteurs : 500 interviews données l’an dernier. Près de 58 000 personnes abonnées à son compte Twitter. Avec un objectif : « Faire reculer le climatoscepticisme, encore très puissant dans notre société. »

« Petit, vers 8 ans, je me suis épris de météorologie », raconte Serge Zaka, dans ses locaux à Montpellier. © David Richard / Reporterre

Un « savanturier » contre le climatoscepticisme

Un engagement nourri, très tôt, par son goût pour l’aventure. « Petit, vers 8 ans, je me suis épris de météorologie  », raconte-t-il. Plutôt que de lire Harry Potter, le jeune Serge se plonge alors dans les ouvrages de thermodynamique. Mais pas question de garder la tête dans les nuages. « Ce qui m’intéressait, c’était d’étudier les effets concrets du climat sur nos vies », dit-il. Une fois étudiant, il s’oriente vers l’agronomie, puis enchaîne avec une thèse dans une discipline naissante : l’agroclimatologie, qui étudie les conséquences du changement climatique — gel, sécheresse, canicule — sur l’agriculture.

Pour cultiver son style de « savanturier », Serge Zaka porte un couvre-chef. © David Richard / Reporterre

Doctorat en poche, le voilà comblé. « J’avais lié mes deux passions, pour la météo et les orages d’une part, et pour l’agriculture d’autre part », sourit-il. Docteur Zaka et Mister Hyde. Chercheur le jour, chasseur d’éclair la nuit. Pour cultiver son style de « savanturier », il se dote d’un couvre-chef. Puis entre à ITK, une entreprise qui développe des logiciels pour les producteurs.

Très vite, il délaisse sa bécane et ses modélisations climatiques pour un nouveau champ de bataille : la vulgarisation. « Je me suis rendu compte que beaucoup de faits incorrects circulaient sur le climat, dit-il. Je suis sidéré par la puissance du climatoscepticisme en France. » Contre les « semeurs de doute » qui minimisent les conséquences du dérèglement climatique, contre le gouvernement « qui préfère les mesures électoralistes à des politiques alignées sur les données du Giec [1] », Serge Zaka dégaine les articles scientifiques. Non, la douceur hivernale n’est pas une bonne nouvelle. Non, ce n’est pas parce qu’il neige que le changement climatique n’est pas si important que ça.

Serge Zaka : « Je suis sidéré par la puissance du climatoscepticisme en France. » © David Richard / Reporterre

« C’est ma manière d’être engagé »

En quelques années, le timide doctorant s’est mué en vulgarisateur compulsif, aussi à l’aise devant que derrière les écrans. « Je me suis mis à donner des formations, aux agriculteurs, mais aussi aux journalistes, aux étudiants, aux politiques », indique-t-il. Sans cesse, son smartphone vrombit de nouvelles sollicitations pour des conférences. Son rêve : pousser à des changements de comportement, vers plus de sobriété. « J’aimerais faire comprendre à tous et toutes qu’une adaptation est nécessaire, qu’on doit changer de système économique si on ne veut pas aller dans le mur, insiste-t-il, mais tout ça fondé sur des arguments scientifiques. »

Serge Zaka y croit dur comme vert : de la science du climat naîtra la conscience écologique. Alors il fonce. Lors de l’expulsion de la zad de Lützerath, en Allemagne, l’agroclimatologue réplique par une série de tweets montrant la progression, année après année, de la mine de charbon. « Je voulais dénoncer ce qui se passait là-bas, avec des chiffres et des cartes, dit-il. C’est ma manière d’être engagé. »

L’homme n’est pas non plus un radical. Il table sur le numérique — à petite dose, « pour aider les agriculteurs à anticiper et à s’adapter » — et sur l’agriculture de conservation des sols — une pratique qui a recours à des herbicides pour éviter de labourer la terre et préserver la vie souterraine. « Il faut trouver des compromis, regarder le pour et le contre », martèle-t-il.

Une démarche « pragmatique » qu’il porte au quotidien, comme une hygiène de vie. « Je fais mon bilan carbone tous les ans, et je me fixe des objectifs pour avancer petit à petit », détaille-t-il. De la viande rouge une fois par semaine, pas de plats transformés, quatre jours de télétravail pour s’éviter les trajets en voiture — Serge Zaka habite dans la campagne héraultaise, loin de tous transports en commun.

Le scientifique s’autorise des écarts à la norme — il vise le zéro déchet, mais collectionne depuis ses études les emballages de McDonald’s, « une démonstration édifiante de la mondialisation de l’alimentation » — et prône les « petits plaisirs » sobres. « Manger un bon pélardon ou regarder un ciel d’orages. » La chose est pour lui politique : « Les climatosceptiques ont peur que les mesures contre le changement climatique entraînent une perte de nos libertés et une forme de morosité, analyse-t-il. Mais ils voient la liberté comme la liberté de consommer tout, n’importe quand, de polluer… Il faut porter une autre définition du bonheur. »

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