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Reportage — Énergie

Total : un procès fictif pour de vraies accusations

Procès fictif de Total, le 23 mai 2022.

Le géant pétrolier français a été jugé le 23 mai dans un procès fictif. Objectif, à deux jours de son assemblée générale : rappeler sa contribution au « chaos climatique », et faire témoigner des victimes du monde entier.

Paris (VIIe arrondissement), reportage

Le verdict, rendu par un public venu en nombre, a été sans appel : lundi 23 mai, à l’occasion d’un procès fictif, TotalÉnergies a été déclaré « coupable ». Coupable de violations des droits de l’environnement, coupable de violation des droits humains, d’atteinte grave à la biodiversité et d’ingérence dans la politique d’États souverains. Deux jours avant l’assemblée générale de la multinationale aux plus de 15 milliards d’euros de bénéfices en 2021, les ONG 350.org, GreenFaith et Notre Affaire à tous ont souhaité placer l’entreprise française et ses financeurs (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, etc.) « sur le banc des accusés ».

C’est que, derrière ses discours versant dans l’écoblanchiment, une triste réalité persiste : TotalÉnergies, premier pollueur de France, contribue largement au réchauffement climatique par ses activités pétrolières et gazières. Les énergies fossiles représentent 80 % des émissions mondiales de CO2.

« Comportement criminel », « racisme environnemental »...

Dans le temple protestant de Pentemont, dans le VIIe arrondissement de Paris, où s’est tenue l’audience, rien n’a été laissé au hasard : la juge — interprétée par Soraya Fettih, de 350.org — portait pour l’occasion une robe de magistrate, des experts ont défilé à la barre, et même de faux représentants de TotalÉnergies, contradictoire oblige, dont la combinaison rouge arborait l’inscription « Climate killer ».

Les représentants de Total au près fictif, le 23 mai 2022. © Amélie Quentel/Reporterre

« Nous avons changé, nous développons des énergies renouvelables ! » a tenté l’une des intervenantes s’exprimant au nom de la multinationale, bien vite recadrée par la dizaine de témoins : « Total ne peut apporter de solutions à l’urgence climatique et, au contraire, contribue au chaos climatique », a ainsi expliqué Lucie Pinson, fondatrice de l’ONG Reclaim Finance. À la barre, l’eurodéputé Nouvelle Donne Pierre Larrouturou a pointé le « comportement criminel » de la majeure pétrolière, en montrant des photos de personnes décédées en raison du dérèglement climatique.

Lire aussi : Total, premier pollueur de France : l’enquête de Reporterre

Des activistes originaires de pays directement concernés par les activités de TotalÉnergies ont également fait le déplacement. Svitlana Romanko, coordinatrice de la campagne Stand With Ukraine, a ainsi dénoncé le fait que la multinationale a « gagné de l’argent grâce au gaz russe », et demandé, au regard de la guerre dans son pays, qu’un embargo sur le gaz et le pétrole russes soit mis en place par l’Union européenne.

« Investir dans les combustibles fossiles signifie investir dans l’extinction de l’humanité. »

« Les entreprises ne devraient pas profiter de la destruction de la planète », a-t-elle ajouté, ses paroles faisant écho à celles de Baraka Lenga, militant pour la justice climatique en Tanzanie : « Investir dans les combustibles fossiles signifie investir dans l’extinction de l’humanité. » Cet activiste a également évoqué les projets pétroliers Tilenga et EACOP portés par TotalÉnergies en Ouganda et en Tanzanie, considérés comme une « aberration » sociale et environnementale par les ONG. « Ces deux projets émettront chaque année 34 millions de tonnes de CO2, tout en causant la souffrance de personnes très attachées à leurs terres : déplacements de populations, famines, insécurité alimentaire », a précisé Nathan, évêque venu d’Ouganda.

Leyla Larbi, responsable de campagne pour SumOfUs, a parlé de son côté de « racisme environnemental » : « Tout notre système repose sur une logique coloniale et de prédation des ressources des autres, qui implique la déstabilisation de régions entières et la déshumanisation des personnes qui y vivent. » Pour en finir avec TotalÉnergies et son monde, il s’agit donc selon elle « de changer de paradigme et de se battre au niveau local avec les communautés directement impactées par ces projets ». Un appel à la mobilisation partagé par Dominika Lasota, activiste chez Fridays For Future Poland : « Le pouvoir est du côté de ceux qui, actuellement, se tiennent debout face à TotalÉnergies. Son AG va avoir lieu, mais nous le disons : nous allons nous battre encore, encore et encore », a déclaré la vingtenaire, portant un t-shirt « Stop fueling the war » (« Arrêtez d’alimenter la guerre ») .

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