Une mission d’information au Sénat remet sur la table le statut des herboristes

Durée de lecture : 3 minutes

20 avril 2018



Un premier pas vers la reconnaissance du métier d’herboriste ? Mercredi 18 avril, la mission d’information du Sénat sur le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales, des filières et métiers d’avenir, a tenu sa première réunion. Objectif, « se mettre autour de la table et entendre tout le monde, des producteurs de plantes médicinales et herboristes aux pharmaciens », explique à Reporterre le sénateur écologiste Joël Labbé, à l’initiative de la mission. « Pour le moment, l’herboristerie n’a pas de cadre légal. Nous allons examiner l’intérêt des filières liées à l’herboristerie et la problématique du manque de reconnaissance du métier d’herboriste. »

Pour l’heure, le sénateur se refuse à évoquer le dépôt d’une proposition de loi pour la reconnaissance de cette profession. Il faut dire que le terrain est miné. Comme Reporterre l’expliquait dans cette enquête consacrée au retour de l’herboristerie, le diplôme d’herboriste a été supprimé en 1941, victime des attaques de l’Association générale des pharmaciens de France qui souhaitait obtenir le monopole de la vente de plantes médicinales. Depuis, les vendeurs de plantes, de tisanes, décoctions et teintures-mères qui soignent n’ont plus le droit de présenter leurs produits comme des remèdes et doivent prodiguer leurs conseils sous le manteau. Ils sont en outre limités à une liste de 148 végétaux, alors que la l’herboristerie traditionnelle maîtrise toutes les nuances d’une gamme de 1.500 plantes médicinales.

« Il nous faut un diplôme exigeant, qui forme des personnes compétentes »

Michel Pierre, gérant de l’herboristerie du Palais-Royal depuis quarante-cinq ans, a lui-même été poursuivi à plusieurs reprises pour exercice illégal de la pharmacie — alors qu’il est pharmacien de formation. Il va suivre avec la plus grande attention le travail de cette mission d’information. « C’est la démarche que j’attends depuis quarante-cinq ans, se réjouit-il, contacté au téléphone par Reporterre. Ce que j’attends, c’est qu’un jour les Français puissent entrer dans des boutiques d’herboristerie où l’on pourra répondre à leurs demandes grandissantes, sans ce blocage total des laboratoires pharmaceutiques et de l’ordre des pharmaciens. La France est un des seuls pays de l’Union européenne à ne pas avoir de diplôme d’herboriste ! Il nous faut un diplôme exigeant, qui forme des personnes compétentes capables de répondre à toutes les questions de la population sur l’usage des plantes. »

La route est encore longue avant d’en arriver là. Le rapport de la mission d’information doit être rendu fin septembre. « On va auditionner jusqu’à fin juillet, précise Joël Labbé. Je souhaite qu’il y ait des auditions publiques et ouvertes à la presse. On va également mener des investigations auprès des autres pays européens et du Québec, très avancé sur cette question. On ne va pas négliger non plus les Outre-Mer et leurs richesses en termes de patrimoine naturel et de savoir-faire. »

Les auditions s’annoncent d’autant plus pointues que plusieurs des vingt-sept membres de la mission d’information sont pharmaciens — une profession elle-même formée (quoique de moins en moins) à l’usage des plantes et présentée comme réfractaire à la reconnaissance de la profession d’herboriste. Parmi eux, la présidente de la mission, la sénatrice (Les Républicains) de Charente-Maritime Corinne Imbert, qui gère une officine à Beauvais-sur-Matha.





Lire aussi : Le grand retour de l’herboristerie

  • Source : Emilie Massemin pour Reporterre
  • Photo de chapô : L’herboristerie du Palais-Royal (juillet 2016). Emilie Massemin/Reporterre


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