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ReportageSciences

Une nuit sous les étoiles, dans un observatoire fait maison

Une nuit d'observation des étoiles à Nantheuil (Dordogne).

En Dordogne, un club amateur d’astronomie organise des activités gratuites pour faire découvrir l’univers. Malgré leur peu de moyens, les bénévoles partagent leur passion avec des milliers de curieux chaque année.

Les trésors du ciel étoilé [1/4] Astronomes amateurs ou dotés d’un matériel de pointe, à terre ou en mer, ils et elles lèvent chaque soir les yeux vers la voûte céleste pour s’orienter, comprendre les origines de notre planète… ou simplement contempler les merveilles de l’univers.



Nantheuil (Dordogne), reportage

Après une petite route coincée entre un champ de maïs et un autre de chênes truffiers, une maisonnette blanche apparaît au fond d’un terrain. Sans aucun télescope ou coupole à l’horizon, l’endroit ne ressemble pas à l’idée que l’on se fait d’un observatoire astronomique.

C’est pourtant bien ici, non loin du village de Nantheuil (Dordogne), que se trouve l’observatoire du Haut-Périgord, géré par le club d’astronomie Régulus. En cette soirée de fin juillet, les membres du club se préparent à accueillir le public pour la veillée aux étoiles, comme chaque vendredi de l’été.

Après quelques averses dans la journée, « ce soir, ça devrait être bien, le ciel est dégagé », annonce Gérard Prédignac, le président de l’association, créée en 1985. C’est le premier club d’astronomie qui a vu le jour dans le département. « À l’époque, on passait un peu pour des illuminés, les gens se demandaient ce que l’on pouvait bien observer », se souvient-il.

Un télescope fait maison

Avant de démarrer l’observation avec le public qui arrive au fur et à mesure, Stéphane Huguet se dirige vers la cabane pour faire coulisser son toit et ses parois et la transformer en terrasse panoramique. Apparaît alors un télescope massif. « Il a été fabriqué par les membres du club en 1992 et a remplacé notre premier télescope qui se trouvait dans un ancien pigeonnier sur un terrain prêté par un particulier. On a voulu avoir notre propre terrain pour installer un nouvel observatoire », dit celui qui a rejoint le club en 1986 à l’âge de 14 ans.

Le télescope du club Régulus, en position découverte. La toiture en tôle peut coulisser pour recouvrir et abriter l’appareil. © Jeanne Cassard / Reporterre

De 50 cm de large et 2 m de haut, l’objet monté sur une plateforme en béton a été réalisé en un an par les passionnés. « À part les miroirs et le viseur que l’on a achetés, le reste c’était de la récup’, on s’est inspiré d’autres télescopes à partir de photos. À l’époque, il n’y avait pas internet », dit Jean-Jacques Chateau, devant l’assistance intriguée par l’appareil. Un ancien membre avait bricolé un moteur qui permet au télescope de tourner lentement afin de compenser la rotation de la Terre en pointant précisément vers un objet céleste.

L’appareil peut tourner grâce à une boîte de vitesse de camion, l’alimentation électrique se faisait via deux batteries, de camion elles aussi, rechargées par une éolienne arrachée lors de la tempête de 1999, puis via le réseau EDF. « Mais depuis deux ans, le moteur ne fonctionne plus et on doit tourner le télescope à la main », précise Stéphane Huguet.

Lui s’est occupé de la construction de l’abri. « Tous les week-ends, on venait faire les fondations à partir de barres en fer qui étaient en train de rouiller au fond du jardin de Gérard, puis le coulage de la chape de béton, les parpaings et, enfin, le toit en tôle. »

Un nouvel outil, plus performant

Le télescope devenu le symbole du club, cette pièce unique dotée d’un miroir de 450 millimètres de diamètre avec une monture en forme de fer à cheval, s’use avec le temps. « On l’utilise de moins en moins, dit Stéphane Huguet. C’est pourquoi nous avons acquis l’an dernier un télescope mobile, plus petit et plus léger. Il coûtait 32 000 euros, qu’on a pu financer en remportant le budget participatif du département et avec l’aide de la région Nouvelle-Aquitaine, des mairies de Thiviers et de Nantheuil et des dons de participants aux soirées d’astronomie. »

Fabriqué en Dordogne, il est doté d’un système électronique avec un ordinateur intégré qui vise directement l’objet céleste que l’on souhaite regarder. C’est avec celui-ci que les curieux pourront observer le ciel ce soir.

La galaxie d’Andromède, qui contient environ 1000 milliards d’étoiles. © Régulus

Avec son miroir de 600 millimètres, « il peut détecter des objets plus éloignés et montrer plus de détails, car plus le miroir d’un télescope est grand, plus il collecte de lumière, donc plus on peut voir loin », indique Stéphane Huguet. Toutefois, plus le miroir est grand, plus il amplifie la pollution lumineuse engendrée par les éclairages publics et industriels.

En plus de celle-ci, une autre forme de pollution émerge ces dernières années : la pollution satellitaire, notamment les Starlink d’Elon Musk. « On en voit toujours plus. Tiens, là, regardez il y en a justement, montre-t-il. Ça commence à devenir un vrai problème. Parfois ça fait carrément des trains de points lumineux quand plusieurs viennent d’être lancés. »

Lire aussi : Avec Starlink, Elon Musk privatise et pollue l’espace. L’enquête de Reporterre

« Et ça, c’en est un aussi ? » demande un participant. « Non, c’est la Station spatiale internationale, répond Stéphane Huguet. Elle se déplace à 400 km au-dessus de nos têtes, à 28 000 km/h, pour se maintenir en orbite autour de la Terre. »

Découverte pour les non-initiés

Au fur et à mesure de la soirée, tandis que l’on entend davantage les grillons, le ciel devient de plus en plus noir. La pollution lumineuse est presque inexistante, à l’exception des satellites et de quelques halos lumineux comme celui qui émane de Périgueux, située à une trentaine de kilomètres. Plusieurs communes voisines ont adopté un plan de gestion de l’éclairage public, avec extinction entre 22 heures et 6 heures. « Nous avons beaucoup de chance », savoure Gérard Prédignac.

Ce soir, ils sont une quinzaine à être venu observer les étoiles. Pour la plupart, c’est la première fois qu’ils regarderont le ciel à l’aide d’un télescope. Comme Agnès, son mari et leurs deux enfants. « On s’intéresse à l’astronomie depuis 2023, quand on a vu le spectacle “Vers l’infini… mais pas au-delà” de [l’humoriste] Guillaume Meurice et l’astrophysicien Éric Lagadec, où ils comparaient l’infinité de l’univers et de la connerie humaine », raconte Agnès. La famille, qui habite en région parisienne, profite des vacances dans des endroits moins pollués par les lumières de la ville pour voir les astres.

« Le ciel est accessible dès l’œil nu »

Entre le nouveau télescope, celui de Gérard Prédignac, de sa compagne Brigitte Garreau et les jumelles astronomiques d’Olivier Mandeix, un autre membre du club, il y a le choix pour regarder les étoiles. « Avant d’y jeter un œil, on peut déjà voir le centre de la Voie lactée à l’œil nu. Il n’y a pas besoin d’un matériel ultra coûteux », dit Brigitte en désignant avec son laser une large bande blanchâtre qui traverse le ciel.

Le centre de la Voie lactée, la galaxie dont fait partie notre système solaire. © Régulus

La professeure de physique-chimie vise ensuite l’étoile Vega, qui forme avec Altair et Deneb le Triangle de l’été. « Elles sont toutes les trois très brillantes, mais contrairement à ce que l’on peut penser, elles ne sont pas du tout à la même distance. Altair est à 17 années-lumière de la Terre, Vega à 25 et Deneb à 1 500, détaille-t-elle. Deneb est l’étoile la plus brillante de la constellation du Cygne, elle forme sa queue. » La passionnée voit très bien l’animal dans le ciel, mais, pour les non-initiés, il faut avoir de l’imagination pour distinguer son cou et ses ailes.

Aujourd’hui composée d’une trentaine de passionnés âgés de 8 à 80 ans, l’association organise de nombreuses activités gratuites pour les curieux souhaitant en apprendre plus sur les étoiles, planètes, nébuleuses et autres objets célestes qui composent notre univers lors de soirées d’observation, pendant la Nuit des étoiles, qui a eu lieu du 1er au 3 août, et la Fête de la science, en octobre.

« L’an dernier, 420 personnes ont participé à la Nuit des étoiles, ça fait pas mal de monde pour un club amateur comme le nôtre ! Nous faisons aussi des interventions en milieu scolaire. En tout, chaque année, on fait découvrir les merveilles de notre ciel à environ 3 000 personnes », compte Gérard Prédignac.

Appel avec une astronaute dans la Station spatiale

Brigitte Garreau s’est intéressée à l’astronomie grâce à un élève qui, à la fin de chaque cours, lui posait une question sur le sujet à laquelle sa formation d’enseignante ne lui permettait pas de répondre. Elle a rejoint le club en 1992 et, depuis, transmet sa passion aux élèves de l’atelier sciences du collège en les emmenant une fois par an à l’observatoire. « En janvier 2018, nous avons même réussi à appeler la Station spatiale internationale : 450 collégiens de Thiviers ont pu poser leurs questions à l’astronaute étasunienne Serena Auñón pendant onze minutes », sourit l’enseignante.

Ce n’est pas la seule source de fierté de l’association. En 2006, la commune voisine de Nontron a été choisie pour accueillir une exposition du Centre national d’études spatiales (Cnes) grâce aux activités du club Régulus. « C’était la première fois que le Cnes choisissait de faire une exposition dans une petite ville, d’habitude ils le faisaient à Toulouse ou Paris », se souvient Brigitte Garreau. Depuis, l’établissement a fourni nombre de revues d’astronomie, dépliants et posters de Thomas Pesquet pour les remettre aux enseignants dans leurs animations scolaires.

C’est autour du club Régulus qu’Esther Chevreau Damour a centré sa thèse, consacrée aux perceptions de la nuit dans le parc naturel régional du Périgord-Limousin, qu’elle mène actuellement au sein de l’université Lumière Lyon-2. L’anthropologue a rejoint la joyeuse bande en février 2020 : « Quand je suis arrivée en Dordogne, je ne connaissais personne et pas grand-chose à l’astronomie. Rapidement, les membres du club sont devenus comme une famille », dit la jeune femme.

Alors que la session d’astronomie touche à sa fin vers 1 heure du matin, le clou du spectacle apparaît : c’est la planète Saturne. À travers l’oculaire du télescope, on distingue bien la sphère dorée, comme suspendue dans l’obscurité du ciel, entourée de ses anneaux formant une ellipse parfaite.

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