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Agriculture

Une vidéo « humoristique » des Jeunes agriculteurs simule le meurtre d’un agent de l’OFB

Le syndicat Jeunes agriculteurs a mis en scène le meurtre d’un agent de l’Office français de la biodiversité, dans une vidéo « humoristique ». Une « nouvelle intimidation » dénoncée par les fonctionnaires de l’environnement.

« Tu veux la prendre ma pelle dans ta gueule ? » Voilà l’une des punchlines d’une vidéo concoctée par les Jeunes agriculteurs de la Manche pour leur assemblée générale. On y voit un agent de l’« OCB » (« office du complot de la biodiversité »), présenté comme végane et affublé d’une perruque « rasta », sanctionner un agriculteur. Ce dernier finit par le tuer à coups de pelle.

Un court-métrage censé être « humoristique », selon le syndicat agricole, et voulant dénoncer les contrôles de l’Office français de la biodiversité. « Personne n’est visé directement. On n’a pas dit d’aller assassiner des agents de l’OFB », a justifié son président Luc Chardine, auprès de Ouest-France. Sauf que la vidéo — visionnable ici — n’a pas fait rire (du tout) les agents de la police de l’environnement.

Extrait de la vidéo réalisée par les Jeunes agriculteurs.

« C’est très malvenu et ça remet de l’huile sur le feu », dit Sébastien Jacquillat, du SNE-FSU. À la CGT Environnement, Sylvain Michel se dit « indigné » : « Depuis des mois, on a de trop nombreux cas d’attaques d’agents. On espérait que la situation s’apaise enfin... Mais certains en remettent une couche ! » Partagée sur la page Facebook des Jeunes agriculteurs de la Manche mercredi 19 mars, la vidéo est restée en ligne moins de vingt-quatre heures, le temps de susciter la polémique.

Attaques répétées du monde agricole... et politique

Après le retrait, l’organisation agricole a défendu sa « liberté d’expression » dans un post sur le même réseau social. « Nous prônons le respect des biens et des personnes, a-t-elle également souligné. En aucun cas, nous n’appelons à la violence envers les agents de contrôle ou de l’État. »

Entre-temps, la justice a été saisie, comme l’a révélé le média indépendant Le Poulpe« Des éléments ont été transmis au parquet vendredi 21 mars. Leur examen déterminera s’il convient de procéder à l’ouverture d’une enquête des chefs d’outrages et actes d’intimidation », a indiqué Pierre-Yves Marot, le procureur de la République de Cherbourg.

Malgré le rétropédalage des JA de la Manche, le mal est fait, estime Sylvain Michel : « C’est désolant de voir que ce type de contenu est diffusé dans un cadre officiel, lors d’une assemblée générale. Ça signifie que ce n’est pas un acte isolé, il y a une caution de la part du syndicat agricole. » Pour le syndicaliste, « vu le contexte, on n’a pas envie de rire de ce genre de chose ni de se contenter de passer l’éponge ».

« Vu le contexte, on n’a pas envie de rire »

Menaces, intimidations, locaux saccagés… Les fonctionnaires de l’environnement font en effet face aux attaques répétées d’une partie du monde agricole, mais aussi politique. Fin février, une lettre de Laurent Wauquiez incitait ainsi au lynchage de l’agence publique.

Alors que le gouvernement plaide pour un retour au calme — Emmanuel Macron lui-même a appelé en février à « respecter les agents de l’OFB » —, la vidéo ne semble pas avoir fait rire les ministres concernées. Contactés par Reporterre, les services communication d’Agnès Pannier-Runacher et d’Annie Genevard ont réitéré leur soutien à la police de l’environnement, et se sont réjouis du retrait du film. « L’heure doit être au dialogue, à l’apaisement et au respect mutuel », nous ont-ils indiqué par écrit.

L’OFB, bouc émissaire de la colère agricole

En dépit des timides marques de soutien, les agents de l’État ont la douloureuse sensation d’être des boucs émissaires de la colère agricole. « On nous demande de tout faire pour apaiser les choses, remarque Sébastien Jacquillat, mais on ne voit pas la contrepartie demandée au monde agricole. »

Lire aussi : L’Office français de la biodiversité, bouc émissaire facile de la crise agricole

Le gouvernement plancherait ainsi sur une série de mesures pour améliorer les relations entre agriculteurs et agents de l’OFB, notamment en limitant le port d’armes lors des interventions. Pourtant, un rapport interministériel publié en décembre dernier indiquait que moins d’un contrôle sur mille est source de tensions. « On a de grosses craintes pour l’avenir, dit le syndicaliste du SNE-FSU. Comment va-t-on parvenir à exercer notre métier ? »

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