« Un très mauvais signal » : 1 000 postes menacés chez le spécialiste du réemploi
Envie répare des équipements électroménagers depuis de nombreuses années, comme ici en 2013 en Anjou. - © Jean-Michel Delage / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Envie répare des équipements électroménagers depuis de nombreuses années, comme ici en 2013 en Anjou. - © Jean-Michel Delage / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Le réseau Envie, qui collecte et répare des équipements électroniques, risque de devoir fermer cinq sites logistiques après avoir perdu un appel d’offres. Un millier d’emplois, dont une majorité en insertion, sont menacés.
C’est peut-être là-bas que vous avez acheté votre lave-linge ou là que le vieux four dont vous ne vouliez plus a été réparé. À l’avenir, cela risque d’être plus compliqué. Envie, un réseau de 53 entreprises et 3 800 salariés qui collectent, trient, réparent et revendent des appareils électriques et électroniques en fin de vie, est dans la tourmente.
Le numéro un du réemploi en France, qui remet en état plus de 108 000 appareils électriques et électroniques chaque année, risque de devoir fermer cinq de ses sites logistiques — les lieux où sont collectés et triés les appareils — à Rennes, Nantes, Angers, Niort et Mulhouse. 1 000 emplois sont menacés, alerte Guillaume Balas, le délégué général du réseau. Parmi eux, les trois quarts sont en parcours d’insertion. Car l’organisation à but non lucratif a aussi une mission sociale : plus de 15 000 personnes éloignées de l’emploi y ont été formées et embauchées depuis 1984.
Comment le réseau, pionnier de l’économie sociale et solidaire, en est-il arrivé là ? « C’est directement lié à un appel d’offres lancé par Ecosystem, un éco-organisme missionné par l’État pour piloter la collecte des appareils électriques et électroniques », explique Guillaume Balas. Au cours de cette nouvelle répartition d’une centaine de lots répartis en zones géographiques, Envie en a perdu cinq importants. Le délégué général ajoute qu’en plus de la perte de ces lots, « la fermeture des cinq sites de logistique va entraîner un effet en cascade sur les sites de reconditionnement puisqu’ils recevront moins d’appareils à réparer ».
Le recyclage au détriment du réemploi
Pour Guillaume Balas, « cet appel d’offres a été axé principalement sur des critères tarifaires, le réemploi et l’insertion n’ont pas été assez pris en compte ». Paprec, Transports Brangeon… Les entreprises qui ont remporté les principaux lots de l’appel d’offre, « ne sont pas des spécialistes du réemploi, elles font essentiellement du recyclage ou de la logistique », critique le délégué général du réseau, sidéré par ce choix. Autrement dit, moins de réfrigérateurs, téléviseurs et lave-vaisselles seront réparés. Tandis qu’avec le recyclage, la matière première d’un déchet est utilisée pour fabriquer un nouvel objet, avec le réemploi, l’objet est réutilisé après avoir été réparé pour un usage similaire à son utilisation initiale.
Or, « en tant qu’éco-organisme agréé par les pouvoirs publics, Ecosystem a l’obligation de favoriser la prévention des déchets, le réemploi et la réutilisation des équipements, ainsi que l’insertion de personnes éloignées de l’emploi ». Exactement ce que fait le réseau Envie. Ce choix est d’autant plus « incompréhensible » que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) préconise le réemploi et le reconditionnement par rapport au recyclage. Pour Guillaume Balas, « cette décision d’Ecosystem remet en cause tout un modèle vertueux et va complètement à rebours des impératifs de réduction de déchets ».
« L’objectif principal est de garantir la qualité de la collecte et du tri »
« L’objet de notre appel d’offres concernait uniquement la logistique et ne traitait ni du réemploi ni du recyclage des équipements collectés », répond Nathalie Yserd, directrice générale d’Ecosytem. Elle considère que « le choix effectué n’est pas contraire à l’esprit de la loi Agec car dans un appel d’offres logistique, l’objectif principal est de garantir la qualité de la collecte et du tri ». Par ailleurs, Nathalie Yserd, précise que les opérateurs retenus devront intégrer l’objectif de 2 % de réemploi et de réutilisation fixé par la loi Agec. Elle indique en outre qu’Envie pourra collaborer avec les autres opérateurs afin d’avoir accès aux appareils qu’ils collectent.
Mais cela ne va pas fonctionner, rétorque Guillaume Balas : « Les appareils risquent de s’abîmer car ces entreprises ne font pas de collecte dite préservante ». Ce type de collecte qui consiste par exemple à venir chercher les objets en porte à porte, sans recours aux bennes compactantes, permet d’éviter la dégradation des objets afin de maximiser leurs chances d’être réparés. Par ailleurs, ajoute-t-il, « cela risque d’être compliqué de venir chercher ces appareils car si on perd nos capacités logistiques, on perd nos camions ».
Le secteur du réemploi, une goutte d’eau
Le délégué général d’Envie en appelle à l’État pour tenter de trouver une solution. Interpellée sur le sujet à l’Assemblée Nationale mercredi 9 avril, Agnès Panier-Runacher a déclaré que ses équipes travaillaient à une « solution concrète pour permettre de préserver au mieux l’activité du réseau Envie », en particulier « l’accès aux gisements de réemploi ». Contacté, le ministère de la Transition écologique n’a pas répondu aux demandes de précisions de Reporterre.
Quoi qu’il en soit, « la menace qui pèse sur Envie est un très mauvais signal envoyé à la filière du réemploi qui compte déjà peu d’acteurs », estime Bénédicte Kjaer Kahlat, responsable des affaires juridiques au sein de l’association Zero Waste France. Car le réemploi des équipements électriques et électroniques est à la peine.
Selon un rapport de l’Ademe publié en 2021, 75 % du gisement d’appareils collectés était envoyé au recyclage, seulement 1,2 % allait au réemploi et 0,5 % était destiné à la réutilisation de pièces. Parallèlement, le nombre d’équipements électriques et électroniques mis sur le marché est passé de 864 millions en 2017 à 1,38 milliard d’unités en 2021, soit une hausse de 60 %, avant une légère baisse en 2022. « Le nombre d’équipements réemployés reste une goutte d’eau par rapport à la quantité gigantesque mise sur le marché chaque année », déplore Bénédicte Kjaer Kahlat.