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Climat

À six mois de la COP30 : l’« amertume intacte » des plus vulnérables

Des activistes, présents à la COP29 en Azerbaïdjan, s'élevaient contre le montant dérisoire promis aux pays vulnérables, le 23 novembre 2024.

Les négociations tenues à Bonn, en Allemagne, en amont de la COP30, ont patiné. L’un des points de blocage ? Le montant de l’aide destinée aux pays vulnérables. Leur « amertume » ne s’est pas adoucie depuis la dernière COP.

Sonder les esprits et aplanir les divergences, à mi-chemin entre deux COP. Tel est le périlleux exercice auquel se sont prêtés les diplomates du monde entier à l’occasion des « intersessions » de Bonn, en Allemagne. Organisées du 15 au 26 juin, ces discussions n’avaient pas pour but de déboucher sur la moindre décision. Plutôt de donner le la, à moins de six mois de la COP30 chapeautée par le Brésil.

Le pays hôte ne manque pas d’ambition. Sa présidence répète inlassablement vouloir faire basculer ces conférences sur le climat dans « une nouvelle génération », passant de « l’ère des négociations à celle de la mise en œuvre ». Un travail censé commencer dès le rendez-vous allemand. « La crédibilité de notre processus multilatéral est entre les mains des émissaires de Bonn », déclarait ainsi André Aranha Corrêa do Lago, président de la COP30, fin mai.

Verdict après douze jours de pourparlers ? « Elle n’est pas parvenue à créer ce nouveau sentiment de progrès », tranche Marta Torres-Gunfaus, chargée du climat à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Le contexte n’a pas aidé : ces retrouvailles sont les toutes premières depuis la décision du président des États-Unis Donald Trump de quitter l’Accord de Paris.

Une affaire de sous

Autre difficulté, depuis la dernière COP, la colère des pays vulnérables n’est pas retombée. « Les pays développés devraient avoir honte » d’avoir bâti un tel « outil néocolonialiste », « une arme létale ». Dans la nuit du 24 novembre, ces mots tranchants de l’émissaire Diego Pacheco avaient marqué la clôture désastreuse de la COP29, placée sous la houlette de l’Azerbaïdjan. À l’origine de cette colère, partagée par bien des pays en développement : la signature de l’accord financier visant à aider les plus vulnérables à affronter la crise climatique. En bref, une enveloppe annuelle de 300 milliards de dollars (256 milliards d’euros), cinq fois moins que le montant nécessaire.

« Ce qui saute aux yeux, commente Gaïa Febvre, du Réseau Action Climat, c’est que cette amertume est bel et bien restée intacte. » Dès son arrivée à Bonn, la Bolivie a ainsi réclamé la mise à l’agenda de cette question du financement. Le début de deux jours de querelle au cours desquels les pays du Nord ont maintenu leurs positions, arguant qu’il était hors de question de rouvrir un tel débat.

« Chaque pays est resté planté sur des positions très tranchées, poursuit la responsable des politiques internationales du RAC. Les mêmes points de blocage rencontrés à Bakou ont resurgi. Ça démontre l’urgence d’assainir la conversation sur la finance. La présidence brésilienne doit rapidement trouver une stratégie, sans quoi la COP30 pourrait mal se passer. »

« C’est un désastre »

Autre dossier crucial, abordé à Bonn : les nouvelles feuilles de route climatiques. Baptisées « contributions déterminées au niveau national » dans le jargon diplomatique, celles-ci actualisent et détaillent la stratégie de chaque pays pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2035. La date limite pour rendre ces copies à l’ONU avait été fixée à début février. Problème : seules dix d’entre elles ont été envoyées à l’heure. Où en est-on aujourd’hui ? « C’est un désastre, se désole Gaïa Febvre. On n’a toujours pas dépassé la trentaine de dossiers » sur près de 200.

Ces documents sont pourtant essentiels à la bonne conduite du raout de Belém. Une fois délivrés, tous seront analysés par le secrétariat onusien chargé du climat. Objectif ? Estimer à combien de degrés de réchauffement le monde se dirige avec de telles politiques.

Face aux multiples retards, la date butoir a été repoussée au mois de septembre : « Il ne faut absolument pas dépasser cette échéance. Ces calculs prennent du temps, et auront de véritables conséquences, ajoute l’experte. Le signal politique à délivrer ne sera pas du tout le même si l’on est dans les clous de l’Accord de Paris ou si on court vers un monde à +3 °C. »

« Emmanuel Macron envoie un signal dangereux »

Parmi les élèves ayant rendu leurs devoirs à l’heure figurent le Canada et le Royaume-Uni. À l’inverse, l’Inde, la Chine et les Vingt-Sept sont les trois grands retardataires. Le 2 juillet, la Commission européenne devrait confirmer son objectif de réduction des gaz à effet de serre de 90 % d’ici à 2040. Et donc, à partir de ce chiffre, en déduire la stratégie à horizon 2035 réclamée par l’ONU.

Du moins, c’était sans compter Emmanuel Macron. En déplacement à Bruxelles le 26 juin, le président français a été accusé par Greenpeace de vouloir « faire dérailler le processus » : « En pleines négociations internationales sur le climat à Bonn, [il] envoie ainsi un signal dangereux, en contradiction totale avec l’Accord de Paris, dont il aime pourtant se réclamer », déplore l’ONG.

L’ombre de Donald Trump

Du côté des États-Unis, l’administration de Joe Biden avait déposé un plan climat juste avant l’investiture de l’actuel locataire de la Maison Blanche. L’arrivée de Donald Trump a-t-elle changé la donne ? « Pour l’heure, leur feuille de route n’a pas été officiellement annulée, précise Gaïa Febvre. Toutefois, il n’y a aucun espoir à placer en cet homme et sa politique fasciste. » Pour la première fois, aucune délégation étasunienne ne s’est d’ailleurs déplacée à Bonn. En revanche, des dizaines de villes et d’États étasuniens ont d’ores et déjà affirmé qu’elles restent engagées dans l’Accord de Paris. « Ça ne sert donc à rien de se focaliser sur Trump », dit-elle.

À l’automne 2024, la délégation argentine avait un temps claqué la porte des négociations lors de la COP29. Depuis, se pose la question d’un potentiel désengagement en chaîne des pays les plus sceptiques à l’égard de la crise climatique. « Le mécanisme des négociations internationales est extrêmement fragile, analyse l’experte du RAC. Le risque que la sortie des États-Unis entraîne d’autres sorties est toujours présent. Toutefois, jusqu’à maintenant, l’Accord de Paris a su montrer une certaine résilience. »

Les « intersessions » de Bonn ont enfin été marquées par une guerre de douze jours entre Israël et l’Iran, quasi calquée sur le calendrier des négociations. Dans la nuit du 21 au 22 juin, Donald Trump a ordonné à son armée de bombarder des sites nucléaires iraniens. « Défendre l’élaboration d’une politique climatique internationale lorsqu’une troisième guerre mondiale risque d’éclater, c’est extrêmement compliqué, témoigne Gaïa Febvre. Ces négociations ne se font pas dans une bulle hermétique. Les frappes étasuniennes ont beaucoup secoué la société civile. »

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