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Écologie et quartiers populaires

À Bagnolet, la bergerie craint encore pour son avenir

Pas facile de penser une rénovation urbaine alliant enjeux sociaux, écologiques, et participation des habitants. La municipalité de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) est en train d’en faire l’expérience, autour d’un terrain occupé par une école et une bergerie urbaine unique en Île-de-France, alliant animation de quartier et transformation du paysage urbain avec les habitants. Reporterre y était allé en reportage en octobre 2019. La bergerie et l’association Sors de terre, sa structure juridique, se battaient avec les habitants contre un projet qui devait délocaliser la bergerie pour laisser place à une nouvelle école plus grande, un centre aéré, une crèche, certes, mais aussi deux grands immeubles venant densifier le quartier.

Une lutte locale et les municipales sont passées par là. Les deux immeubles ont été abandonnés, on aurait pu croire l’affaire bouclée. Mais il faut toujours caser dans le terrain la nouvelle école et les structures d’accueil pour les enfants, ainsi que la bergerie, dont les animaux égayent aujourd’hui la cour de l’école.

L’association Sors de terre et son berger Gilles Amar craignent que travaux et déplacements signent la fin de la bergerie et de l’expérimentation sociale unique menée sur ce petit terrain en plein quartier populaire. La bergerie devrait quitter l’emplacement actuel pour laisser place aux bulldozers puis à la nouvelle école, et être déplacée deux fois au fil des travaux. Une telle organisation est rejetée par l’association : « Vous tentez, sans habileté et avec mauvaise foi, grâce à des éléments de langage dignes d’une époque révolue, à faire croire aux habitants, y compris aux citoyens qui vous ont élus, que la bergerie ne sera pas détruite. C’est un mensonge », a ainsi écrit Gilles Amar dans une lettre envoyée à la mairie. « C’est une vingtaine d’arbres qui vont être abattus, c’est un jardin qui va être détruit, le logement de fonction de la gardienne, cardiaque, qu’elle occupe depuis 31 ans, ce sont les chèvres et les brebis qui vont devoir trouver une terre d’asile, c’est une terre pleine de vies non humaines travaillée avec amour depuis dix ans qui va être tuée par les bulldozers et c’est la vie commune d’une ferme et d’une école du 93 [le département de la Seine-Saint-Denis] qui va cesser », écrit-il encore.

Gilles Amar, le berger de cet insolite troupeau

L’association critique par ailleurs le projet d’école, qui prévoit un jardin sur le toit et « constitue un surcoût absurde tant il demande de béton ». Elle demande de « conserver des espaces de pleine terre pour l’école et les enfants » et propose un projet architectural alternatif, plus écologique.

Jean-Claude Oliva, conseiller municipal membre de la majorité a répondu à Gilles Amar, rappelant que plusieurs réunions incluant les représentants de la bergerie avaient déjà eu lieu. Pour lui, « Gilles Amar ne veut pas bouger la bergerie d’un iota », tout en assurant que « Gilles Amar est considéré comme un des principaux acteurs, associé à part entière aux discussions et au projet » et que « l’idée de développer un « écosystème » associant l’école maternelle et la bergerie fait consensus à présent ».

  • Source : Reporterre
  • Photos : © Jérômine Derigny/Reporterre
    . Chapô : Les terrains en friche (ici, en 2016) n’existent plus, après un grand chantier de rénovation urbaine

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