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Reportage — Grands Projets inutiles

À Gonesse, on ne veut pas de nouvelle gare, mais davantage de trains

Alors que la Zad de Gonesse tient toujours, un rassemblement a réuni militants écolos, défenseurs des terres agricoles et habitants du Val-d’Oise, samedi 13 février. Ils ont demandé une amélioration des transports du quotidien, plutôt qu’une nouvelle gare au milieu des champs.

  • Arnouville (Val-d’Oise), reportage

C’est une coquette gare que celle de Villiers-le-Bel-Gonesse-Arnouville, avec son bâtiment à l’ancienne en pierres de taille, son horloge, ses volets blancs. Mais, samedi 13 février, le flux de voyageurs ne provenait que des bus : le RER D était à l’arrêt pour cause de travaux. Les manifestants venus soutenir la lutte pour le triangle de Gonesse ont dû faire preuve d’inventivité et de patience pour parvenir à rejoindre le rassemblement. Organisé devant la gare du RER D, l’événement demandait l’amélioration des transports du quotidien pour les habitants de cette zone du Val-d’Oise, plutôt que la construction d’une nouvelle gare en plein champ à Gonesse.

Devant la gare de Villiers-le-Bel-Gonesse-Arnouville, le 13 février.

Elle aurait dû desservir le mégacentre commercial Europacity. Europacity a été abandonné, mais... pas le projet de gare. Les défenseurs des terres agricoles craignent donc qu’elle ne serve de prétexte à bétonner les champs. C’est pour empêcher le démarrage des travaux que les militants ont décidé d’implanter une Zad, qui tient bon depuis dimanche 7 février malgré le froid glacial. Aux côtés du CPTG (Collectif pour le triangle de Gonesse), qui lutte depuis plusieurs années contre l’urbanisation de cet îlot de terres agricoles, quelques élus du PC, d’EELV, et de La France insoumise avaient fait le déplacement. Et surtout, plusieurs associations d’habitants appelaient à manifester.

« On a vendu la gare (du triangle de Gonesse) aux Gonessiens et aux Beauvillésois, regrette Khalid, de l’Adevo (Association de défense des habitants de l’est du Val-d’Oise). Ils croient qu’elle sera ici en ville, alors qu’elle va être à 1,7 km des premières habitations. » « Cette gare, il faudrait qu’on prenne le bus pour y aller, et ensuite pour aller à Paris il faudrait un changement au Bourget, détaille Bernard Dhailly, président de la branche locale de la Confédération générale du logement, qui défend les locataires. En définitive, ce sera minimum quinze minutes de plus pour se rendre dans le centre de la capitale. » « Ce dont on a vraiment besoin, c’est que l’on nous sorte de cette mascarade de la ligne D. Toutes les semaines, il y a des incidents, des retards, et là, en ce moment, les travaux le week-end », explique Khalil.

Roumana, militante d’Europe Écologie-Les Verts.

« Pour comprendre, je vous invite à regarder les actualités de la ligne cette semaine », argumente Carlos, de l’association Vel et Bel. En effet, une rapide recherche nous apprend qu’il y a eu une agression le lundi, et des perturbations dues à la neige et au verglas le mercredi et le vendredi. « Dès qu’il y a un souci sur le RER D, on se retrouve enclavés dans la ville. Cela m’est arrivé en entretien d’embauche que l’on m’explique qu’ils ne recrutaient pas de personnes habitant sur la ligne D, parce qu’on est trop souvent en retard. »

Améliorer le RER D, prolonger le tramway T5

Les jeunes du territoire sont aussi pénalisés. Carlos a battu le rappel chez les lycéens pour qu’ils viennent manifester. Moctar, 19 ans, étudiant en BTS immobilier, confirme avoir dû renoncer plus de dix fois depuis septembre à se rendre au lycée. « C’est à L’Isle-Adam, à une heure trente de chez moi. J’ai été obligé d’aller là-bas car il n’y a pas cette formation ici », explique-t-il. La situation de Sabrina, en terminale professionnelle vente, n’est pas très différente. Elle va à Goussainville, plus loin sur la ligne D : « Depuis les travaux, surtout, c’est compliqué. Parfois le train a jusqu’à trente minutes de retard. »

Sabrina, Carlos et un lycéen, venus témoigner de leurs difficultés quotidiennes de transport.

Une sensible amélioration est espérée avec la fin des travaux et l’arrivée de nouvelles rames de train dans l’année. Mais la principale mesure pour fluidifier le trafic n’est pas du tout à l’ordre du jour : il s’agirait de creuser un nouveau tunnel entre Châtelet et Gare-du-Nord, pour que les RER B et D cessent de partager les mêmes voies, et que le moindre incident sur l’une de ces lignes se répercute sur l’autre. « Tant que le tunnel sera partagé, cela ne fonctionnera jamais bien, estime Marc Pellissier, président de l’association des usagers des transports d’Île-de-France, venu soutenir la mobilisation. Séparer les deux lignes bénéficierait à un million et demi de voyageurs jour. Mais les élus ne sont pas motivés. »

Autre demande des habitants, le prolongement de la ligne T5 du tramway, qui va actuellement de Saint-Denis à Sarcelles, et qui pourrait aller jusqu’à Villiers-le-Bel. « C’est vital et cela coûterait vingt fois moins cher que cette gare égarée », insiste Khalil. « Voyons, on n’a jamais vu de gare dans un endroit où il n’y a personne ! Par ailleurs, nous sommes aussi pour le projet agricole Carma (l’alternative à l’urbanisation des terres, proposée par les militants). Nous aussi on veut manger bio dans nos cantines ! »

Après quelques morceaux de la fanfare invisible, le président du CPTG, Bernard Loup, a repris la parole devant les quelque deux cents personnes présentes, pour faire le point concernant la Zad. Renforts humains et aide matérielle continuent d’affluer. « Mais le propriétaire du terrain, l’établissement public foncier d’Île-de-France, a saisi le tribunal judiciaire de Pontoise pour demander une évacuation de la Zad en urgence », nous informe le militant, qui annonce une audience mercredi 17 février à 9 heures. Si le tribunal demande l’évacuation, les occupants comptent bien rester, mais les forces de l’ordre pourraient débarquer à tout moment. « Maintenant qu’Europacity a été abandonné, il n’y a plus aucun argument sérieux en faveur de cette gare, insiste-t-il. On est prêts à discuter. Et plus tôt le gouvernement annoncera l’abandon des travaux, plus tôt on partira, en bon ordre », promet-il.

La Fanfare invisible.

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