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Reportage — Grands Projets inutiles

EN IMAGES — À Gonesse, la Zad s’épanouit sous la neige

Depuis dimanche 7 février, une Zad défend le triangle de Gonesse contre l’urbanisation en bloquant le projet de construction d’une gare sur des terres agricoles. Comment s’organise la vie quotidienne sur place ? Qui sont les zadistes ? Reporterre a passé une journée en leur compagnie.

  • Gonesse (Val-d’Oise), reportage

Depuis dimanche 7 février, à Gonesse (Val-d’Oise), à 15 kilomètres de Paris, une Zad s’est installée. Derrière un portail de tôle, plusieurs cabanes colorées faites de bois, de bâches et de tissus. La Zad compte un salon ouvert avec brasero, une bibliothèque, deux dortoirs, des toilettes. Une grande cuisine est en travaux. L’aménagement des cabanes et l’agrandissement de l’espace sont continus, mais Laurette, du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), s’oppose à l’aménagement d’une cuisine provisoire : « Ici, on ne construit pas de provisoire », les zadistes veulent du permanent.

Les militants se sont retrouvés à Gonesse pour lutter contre le projet d’une gare de la ligne de métro 17. Le terrain d’un hectare sur lequel cette Zad a été installée appartient à l’Établissement public foncier d’Île-de-France (EPFIF).

Le triangle de Gonesse est connu par la plupart des activistes, car la lutte pour ces terres dure depuis une dizaine d’années. Le projet de mégacentre commercial et de loisirs EuropaCity y était planifié mais, grâce à une opiniâtre opposition, son abandon a été décidé en 2019.

Mercredi 10 février, au matin, une dizaine d’activistes sont présents à la Zad, couverte d’une légère couche de neige. La boue du weekend a gelé. Seize personnes ont dormi dans les dortoirs isolés avec de la paille ou dans des tentes. Bien que les températures soient descendues jusqu’à -10 °C, les zadistes sont de bonne humeur et assurent même avoir eu chaud pendant la nuit.

En cours de la journée, le nombre de personnes sur place augmente : des journalistes, des sympathisants et des zadistes. Du matériel, de nombreuses palettes et des bûches sont apportées, ainsi que de la nourriture, des boissons et des soupes chaudes.

Dans cette agitation gaie, entre construction d’une table et rangement du bois de chauffage, percent de temps en temps les reflets du gyrophare d’une camionnette policière passant derrière le portail.

Lundi, l’huissier est passé, raconte Pierre : « On peut s’attendre à ce qu’il y ait une action déclenchée pour nous expulser. On espère être là encore quelques jours, voire semaines. Tout ce qu’on risque, au maximum, c’est la garde à vue. Et ça, on est prêt à l’assumer. Sinon, on ne serait pas ici. »

Les yeux rayonnants, beaucoup des gens présents racontent participer pour la première fois à une Zad. Ils se battent pour ce qu’ils disent être « la première Zad d’Île-de-France », un symbole important, selon Topinambour, « militant et chercheur » en sciences sociales, en train d’écrire une thèse sur l’autoorganisation. Tous partagent l’opinion que la Zad de Gonesse fait partie d’une lutte plus générale : face à la menace du changement climatique, ils et elles se battent pour un meilleur avenir, le leur et celui des générations à venir.

Djissi, un sympathisant, assure qu’« à partir de maintenant, cette Zad fait partie du débat public ». Et dans ce débat, la Zad de Gonesse a des arguments : elle s’oppose à la construction d’une gare, mais, elle propose aussi une alternative, le projet Carma, qui promeut une approche locale et durable des terres.


La Zad de Gonesse en images

Pierre Sassier, du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG)

« Depuis dimanche, je suis à la Zad de Gonnesse tous les jours. J’ai même dormi une nuit dans ma voiture. Ma femme craint que je me fasse embarquer, mais elle comprend mon engagement. J’ai 76 ans. Dans quelques années, ces luttes ne me concerneront plus. Mais je suis terrifié par le monde qu’on laisse à nos petits-enfants, je me bats pour eux. »


Topinambour

« Depuis ma licence en sociologie, je travaille sur les mouvements sociaux en faisant ma thèse de sociologie sur l’autoorganisation. Je me vois comme militant et chercheur en même temps. La transformation sociale m’intéresse, il faut observer les nouveaux mouvements sociaux et découvrir ce qu’ils peuvent changer. »


Pierre, membre de Extinction Rebellion (XR)

« C’est le hasard qui m’a amené à Gonesse. Je suis allé voir des amis dans un squat en banlieue parisienne quand j’ai reçu des messages racontant ce qui était en train de se passer ici. Je suis depuis deux jours sur la Zad mais je repartirai bientôt pour Nantes. À la Zad du Carnet et à la Maison du peuple, il y a des soucis, il faut y aller pour les soutenir. »


Benjamin

« Je lutte contre l’artificialisation des sols et contre l’ordre établi, qui est tout sauf intelligent. La gare n’a plus d’intérêt depuis que le projet d’EuropaCity a été aboli. Maintenant, cette lutte s’inscrit dans une logique globale. Ici, il s’agit d’une petite pierre de la lutte pour la protection de la biodiversité, donc, en même temps aussi, elle est une lutte contre les pandémies, parce que les pandémies sont liées à la destruction de la biodiversité. »


André, du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG)

« Je viens toutes les matinées à la Zad de Gonesse. Ma motivation pour venir ici est de faire changer les choses. Les hommes politiques sont obnubilés par les mots de “croissance” et d’“urbanisation” et les promesses d’emploi fallacieuses. On laissera des terres invivables à nos enfants. À mon âge, la lutte n’est plus pour moi, mais pour les générations futures. »


Zinga, militante de Saclay

« Si la Zad de Gonesse l’emporte, si elle arrive à annuler le projet de la gare,
cela sera important pour la lutte contre le bétonnage du plateau de Saclay, où on s’oppose aussi à un projet de construction de gare. En Île-de-France, il n’y a pas de bocages comme à Notre-Dame-des-Landes. Saclay est un champ ouvert, un immense terrain plat, qui se défend plus difficilement. Mais à Saclay, contrairement à Gonesse, les agriculteurs bio nous ouvrent leurs champs, car ils voient que la seule façon d’abolir le projet est le soutien des zadistes et des militants de désobéissance civile. »


Saturlin

« Je suis pour une écologie sociale et libertaire qui va main dans la main avec la lutte contre l’embourgeoisement, l’urbanisation et les projets inutiles. Le CPTG et les militants ne sont pas contre le métro qui passe mais contre le projet de gare. La gare sera l’entrée à l’embourgeoisement, il y aura plein d’urbanisation derrière, cela ne s’arrêtera pas à la construction de la gare. Moi, j’ai fait le choix de garder mon temps libre pour aider les luttes, mais on ne tiendrait pas s’il n’y avait pas tous ces gens autour de nous qui nous soutiennent. On a besoin de tout le monde pour lutter. Même depuis chez soi, on peut participer. »


Askyy, membre de Extinction Rebellion (XR)

« C’est ma première Zad et comme elle se situe à côté de Paris, j’en profite pour venir. Je pense que j’y passerai même mes vacances. Faisant partie de la génération qui va être la plus touchée par le changement climatique, je m’engage par urgence d’agir. Même s’il est trop tard, si les conséquences sont déjà irréversibles, en continuant à rien faire, la situation empirera. »


Djissi, un proche des collectifs

« L’artificialisation des sols de la région parisienne est criminelle. Le défi des terres du triangle de Gonesse est de porter un projet agroécologique en circuit court pour motiver les jeunes et leur montrer qu’il y a de l’emploi dans l’agriculture alternative. Une Zad en Île-de-France, c’est unique. Qu’elle fasse boule de neige ! »


La vie quotidienne de la Zad


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