À Hambourg, la société civile conteste le sommet du G20 et le néo-libéralisme

7 juillet 2017 / Martin Bodrero et Laury-Anne Cholez (Reporterre)



Ville hôte du G20 ces vendredi et samedi, Hambourg, en Allemagne, s’est transformée en forteresse pour cadrer les nombreuses manifestations prévues par les opposants. Entre événements pacifistes et rassemblements radicaux, la question de la violence fait débat dans un climat de restriction des libertés publiques. Reportage.

  • Hambourg (Allemagne), reportage

Des hélicoptères sillonnent le ciel, près de 20.000 policiers patrouillent dans les rues. Des canons à eaux sont déployés au moindre rassemblement. Depuis plusieurs jours, la seconde cité d’Allemagne est sous tension, transformée en une véritable forteresse pour accueillir le sommet du G20. Une situation que subissent ses habitants. « Ils auraient pu aller n’importe où ailleurs, à la campagne, par exemple, pour parler de leurs affaires tranquillement. Pourquoi le faire ici ? Ce n’est pas cool. Depuis deux semaines, il y a des policiers et des barrières partout. Tous les magasins sont fermés à cause de ces satanés politiques », explique Daniel, rencontré dans une des manifestations quotidiennes organisées par les anti-G20.

De nombreux tags et autocollants contre le G20 ont fleuri dans les rues de Hambourg.

À côté de lui, une femme porte une pancarte qui résume le but du rassemblement : « Je préfère danser plutôt que d’aller au G20. » Elle aussi ne supporte plus la militarisation de sa ville. « La vie s’est arrêtée. On ne peut même plus utiliser normalement les transports en commun à cause des barrages, c’est vraiment pénible. » Si elle dénonce la criminalisation de ceux qui manifestent, elle ne craint pas de subir des violences policières malgré les nombreuses échauffourées de ces derniers jours. « Je connais mes droits et je sais ce que je peux faire. Ce qui me rend furieuse, c’est de marcher et de voir des policiers partout et d’être surveillée à chaque coin de rue. » Pour Jutta Sundermann, ancienne membre d’Attac qui milite contre Monsanto au sein de l’ONG allemande Action agricole, la tenue de ce sommet à Hambourg est une très mauvaise idée. « Après les débordements qui ont eu lieu à Gênes en 2001, les organisateurs avaient promis de ne plus faire ce genre de sommet dans une aussi grande ville. D’autant que Hambourg est un endroit où les alternatives sont bien vivantes. » Elle regrette aussi le manque de dialogue entre les autorités et les organisateurs des rassemblements. « En 2007, à Rostock, lors du sommet du G8, nous avions parfaitement coopéré avec la mairie et le gouvernement, tout s’était très bien passé. Ce n’est absolument pas le cas ici. »

Des militants anti-G20 déguisés en Schtroumpfs pour dénoncer l’instauration d’une zone bleue, où tout rassemblement est interdit.

Jutta Sundermann n’est pas la seule à dénoncer les atteintes à la démocratie qui se multiplient depuis plusieurs jours. L’équipe d’avocats du « legal team » d’Hambourg fustige notamment le démantèlement des campements, où dorment habituellement les opposants au G20. Le 4 juillet, le camp situé au Emil-Wendt-Park (Gählerpark) a été évacué par les forces de l’ordre à coups de gaz au poivre. Le même jour, celui d’Elbpark Entenwerder, un autre quartier de la ville, a dû être abandonné à cause du harcèlement policier. Les militants ont tenté d’installer des camps spontanés dans les nombreux espaces verts d’Hambourg, sans succès : les autorités utilisent les arrêtés anti-mendicité pour justifier les expulsions systématiques. « C’est une dramatique violation de nos droits démocratiques, comme nous le craignions », s’insurge Mathias Wisbar, un avocat hambourgeois membre du legal team. Son confrère Martin Klingner réclame même la démission du chef de la police locale.

L’ambiance durant la manifestation de mercredi 5 juillet, où les militants dénonçaient la tenue du G20 dans leur ville.

Les opposants ont installé leur quartier général au cœur du stade Millerntor, l’antre du club anarchiste et antiraciste du FC Sankt Pauli, une enceinte mythique située au centre du quartier éponyme, le cœur du Hambourg contestataire. Dans les gradins, on peut lire des inscriptions telles que « Pas de football pour les fascistes » ou encore « Personne n’est illégal ». Fidèle à sa tradition politique, le stade accueille les conférences de presse organisées par les militants anti-G20. Le but clairement affiché : lutter contre les rumeurs, la désinformation, encourager le « fact-checking » et promouvoir un journalisme « critique » face au faits rapportés par les médias « mainstream ». Pour pallier le démantèlement des campements, le président du club de football a également proposé d’offrir 200 couchages pour les participants venus de toute l’Europe. Les habitants d’Hambourg sont également nombreux à ouvrir leur porte ou à proposer une place dans leur jardin. Des hébergements de dernière minute sont répertoriés sur un compte Twitter baptisé « sans sommeil à Hambourg ».

Le mythique stade du FC Sankt Pauli accueille les conférences de presse du « media center » alternatif dans ses gradins.

« Prouver fermement notre désaccord envers ce système inique » 

Trouver un toit et passer une bonne nuit de sommeil est indispensable pour tenir le rythme du programme particulièrement dense des mobilisations, qui ont débuté le dimanche 2 juillet avec la « Protest Wave », une marche et un défilé de canoës le long de l’Elbe, le fleuve qui traverse la ville, pour défendre la démocratie, le climat et lutter contre les inégalités sociales. Au-delà de l’action dans les rues, les militants anti-G20 ont aussi choisi de mettre en avant la réflexion, avec l’organisation d’un Global Solidarity Summit (Sommet mondial de la solidarité), un cycle de conférences et de débats qui met en valeur les nombreuses alternatives à la politique menée par les leaders des grandes puissances mondiales. « Ici, nous sommes plutôt dans le domaine de la pensée. Nous pouvons offrir des solutions pour changer le système. Des idées différentes de celles proposées par le G20, qui ne sont pas en faveur d’un monde meilleur », explique Joachim Heier, coordinateur et membre d’Attac Allemagne. Parmi les intervenants, Vandana Shiva, la célèbre militante écologiste indienne, connue pour son combat contre les OGM, qui a pris la parole durant la séance d’ouverture. Elle a choisi de lire un extrait du fameux ouvrage Indignez-vous, de Stéphane Hessel : « La non-violence doit être le principe de base de toute action et l’avènement d’une économie non violente et de structures étatiques non violentes doivent être la principale revendication. »

Jutta Sundermann en compagnie de Jürgen Janz durant le Global Solidarity Summit.

Justement, le recours à la violence pour protester contre les politiques d’austérité imposées par le G20 est une question délicate, qui divise parfois les militants. « Personnellement, je trouve que c’est un peu idiot d’avoir recours à la violence, car, en face, la réponse est toujours plus brutale », remarque Jutta Sundermann. « À la télévision et dans les journaux, on présente ceux qui se réunissent ici comme des casseurs. Mais je ne pense pas que ce soit cela. La police a détruit des camps pourtant autorisés par la justice, ce qui a entraîné une certaine violence dans les esprits », affirme de son côté Jürgen Janz, militant d’Attac en Allemagne.

Dans le quartier de Sankt Pauli, les commerçants ont collé des affiches pour montrer leur opposition au G20 et, surtout, pour demander aux manifestants d’épargner leurs vitrines.

La première grande manifestation attendue par de nombreux militants d’extrême gauche avait lieu jeudi 6 juillet. Son nom : Welcome to Hell (« bienvenue en enfer »). Elle a donné lieu à des affrontements violents, la police empêchant la manifestation, rassemblant plus de dix mille personnes, d’avancer vers le lieu où doit se tenir le sommet des chefs d’Etat.

Avec un tel titre, Welcome to hell, il n’est pas étonnant que la presse et les autorités craignent des problèmes à chaque manifestation, mais Andreas Blechschmidt, l’un des organisateurs, justifie cette appellation : « Les politiques néolibérales et le capitalisme promu par les dirigeants du G20 font de la vie de millions de personnes un véritable enfer. La violence, c’est celle de Poutine, c’est celle de Trump ou d’Erdogan. Ils sont à la source de toutes les brutalités qui ont lieu dans le monde. » Il espère que ces stigmatisations ne vont pas occulter aux yeux du grand public les revendications politiques portées par ce mouvement. « Il est parfois nécessaire de protester de façon radicale pour prouver fermement notre désaccord envers ce système inique. »




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Lire aussi : VIDEO - Une magnifique performance à Hambourg sur la sortie du capitalisme et de l’individualisme

Source : Martin Bodrero et Laury-Anne Cholez pour Reporterre

Photos : © Martin Bodrero et Laury-Anne Cholez/Reporterre
. chapô : Cette femme se fait appeler « Klobürsten lady ». Elle est venue participer mercredi 5 juillet à une manifestation baptisée « Je préfère danser plutôt que d’aller au G20 ».

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