À Marseille, le candidat d’extrême droite Franck Allisio aime les voitures et déteste les « racailles »
Franck Allisio le 15 mars 2026. - © Clément Mahoudeau / AFP
Franck Allisio le 15 mars 2026. - © Clément Mahoudeau / AFP
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Municipales — Franck Allisio est arrivé en seconde position au 1er tour des municipales à Marseille. Dans cette ville à l’air pollué par les transports et l’industrie, le candidat d’extrême droite a une obsession : la voiture.
Franck Allisio fait partie de cette génération de membres du Rassemblement national (RN) qui ont conscience que le déni face au changement climatique n’est plus possible. L’homme politique est arrivé en seconde position à l’issue du premier tour des élections municipales avec 35 % des voix. Derrière cette façade, ses mesures pour ce qui touche au climat ou à la biodiversité sont au mieux inexistantes, au pire totalement néfastes.
Au-delà de son programme ségrégationniste — Franck Allisio souhaite instaurer des zones interdites à une partie de la population ou, comme il le qualifie, un « passe antiracaille » —, son programme écologiste tient en un mot d’ordre : faire de « l’écologie made in Marseille ». Autrement dit, il s’agit essentiellement de surfer sur une expression fourre-tout pour tacler ses opposants qu’il accuse notamment de vouloir « faire la chasse aux automobilistes ».
Refusant de voir la ville tomber entre les mains de l’extrême droite, l’insoumis Sébastien Delogu a finalement retiré sa liste. Benoît Payan, maire sortant divers gauche, est arrivé tout juste en tête (36,7 %).
Tout pour la voiture
Alors que Marseille est la ville la plus polluée de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’actuel député RN des Bouches-du-Rhône est déterminé à redonner ses lettres de noblesse au mode de transport très polluant : la voiture. Avec une « gestion intelligente de la voiture, vous faites moins d’embouteillages et donc moins de pollution » a-t-il argué le jeudi 12 mars lors d’un débat organisé par le journal La Provence.
Les transports sont responsables de 34 % des émissions de gaz à effet de serre en France, c’est de loin le secteur le plus polluant devant l’agriculture et l’industrie manufacturière. Dans le détail, les voitures de particuliers (53 %) et les poids lourds (24 %) émettent la grande majorité du CO2.
Peu importe, Franck Allisio prévoit de stopper la suppression des places de parkings en centre-ville, de créer une heure de stationnement gratuite et de refuser la mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) — un dispositif restreignant l’accès aux voitures les plus anciennes et polluantes à certains secteurs.
Franck Allisio entend prolonger une ligne de métro et une ligne de tram, un gros enjeu à Marseille. Cela reste « totalement insuffisant », assure Christophe Oudin, militant d’Alternatiba à Marseille : « Ce que réclament les associations d’usagers, c’est une extension de toutes les lignes de transports en commun, et surtout une augmentation des fréquentations de passage, ainsi que des pistes cyclables sécurisées. » En ce qui concerne le vélo, rien ne figure dans le programme du candidat.
Pour Allisio, « l’éolien est un non-sens économique »
Il faut dire qu’à l’Assemblée nationale, où Franck Allisio siège en tant que député, le groupe du RN a proposé de supprimer le Plan vélo dans son contre-budget 2026. Ce plan a été créé en 2018 et sert à développer des projets d’aménagements cyclables. Y figurait aussi une mention visant à supprimer le Fonds vert, qui permet de financer des projets de transition écologique dans les territoires tels que la création de pistes cyclables, des rénovations d’école et des projets de végétalisation.
« Derrière les discours populistes et de façade, les candidats d’extrême droite aux municipales défendent des positions régressives et des intérêts privés aux dépens de notre climat, de notre santé, de nos conditions de vie », insiste Sarah Fayolle. Chargée de campagne à Greenpeace, elle a travaillé sur une note visant à décrypter les positions néfastes pour l’environnement des candidats RN et Union des droites pour la République (UDR) aux élections municipales.
Les positions anti-écologistes de M. Allisio concernent aussi le développement et le financement des énergies renouvelables. « L’éolien est un non-sens économique, productif, écologique et nul en termes d’emplois », avait osé Franck Allisio en 2023. En janvier dernier, il avait également soutenu un amendement visant non pas à restreindre mais à supprimer les aides publiques dédiées à l’éolien et au solaire.
Un boulevard qui détruirait des jardins
Dans l’hémicycle, le député a aussi soutenu le détricotage de la loi Hulot sur la fin de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures en France, a notamment plaidé pour le financement de l’exploitation des hydrocarbures en Guyane. Et ce quand bien même il n’existe aucune garantie de trouver des réserves de pétrole dans ce territoire.
« Franck Allisio est la preuve vivante qu’en matière d’écologie, il existe au RN un écart majeur entre les discours et les actes », souligne Karima Delli, présidente de l’association Respire, et ex-eurodéputée Les Écologistes.
« Il existe au RN un écart majeur entre les discours et les actes »
Autre mesure de son programme : Franck Allisio prévoit de finaliser le projet d’aménagement du boulevard urbain sud qui doit relier Saint-Loup à la Pointe-Rouge avant 2028. Une voie rapide de 6,3 km qui nécessitera de détruire des jardins partagés, une partie de la pinède du Roy d’Espagne, des jardins centenaires Joseph-Aiguier et du parc de la Mathilde.
« Franck Allisio soutient la prolongation de ce boulevard et dit vouloir construire un tunnel pour tenter de préserver les jardins. Mais pour construire un tunnel, il faudra nécessairement en raser une partie », pointe Christophe Oudin, d’Alternatiba.
Au total, près de 40 000 véhicules supplémentaires sillonneront ces routes proches de trois écoles et d’un Ehpad. Dans ce contexte, difficile de comprendre comment Franck Allisio, qui promet de faire de Marseille « une ville respirable », compte améliorer la qualité de l’air dans la cité phocéenne.
Près d’un Marseillais sur trois respire un air pollué
« Intensifier l’usage de la voiture dans une ville aussi polluée que Marseille, c’est aggraver le problème : la pollution tue chaque année des milliers de personnes », dit Karima Delli à Reporterre.
Aujourd’hui, près d’un Marseillais sur trois respire un air dont la qualité dépasse les seuils fixés par l’Organisation mondiale de la santé, selon une évaluation menée par l’Observatoire régional de la santé Atmosud publiée en octobre 2025. Ces niveaux sont particulièrement élevés près des grands axes routiers et près du port, en raison notamment des activités portuaires et industrielles.
D’après leurs estimations, ces émissions de dioxyde d’azote et de particules fines seraient responsables d’environ 900 décès prématurés par an à Marseille, ainsi que de 300 cas de bronchites chroniques, 90 infarctus et 110 accidents vasculaires cérébraux (AVC). D’autant que face à cette pollution de l’air, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne : les habitants des quartiers populaires, souvent proches des axes routiers et des zones industrielles, sont les premières victimes.
En guise de réponse à ce problème majeur de santé publique, Franck Allisio prévoit dans son « plan climat et qualité de l’air » d’installer des climatiseurs et des systèmes de purification de l’air dans les écoles.
« C’est de l’écologie d’affichage, des punchlines qui masquent l’inaction face à des enjeux de santé publique majeurs, continue Karima Delli. Pour améliorer la santé des gens, il faut des mesures structurelles et concrètes visant à diminuer par exemple le trafic routier autour des écoles. »
Data centers, luxe et entreprises high-tech
D’autant que s’ils aident à supporter les températures caniculaires, les climatiseurs sont loin d’être inoffensifs pour la planète. Ils contiennent des fluides frigorigènes particulièrement polluants. En 2020, l’Ademe estimait que la climatisation était responsable de 5 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur du bâtiment.
La rénovation des bâtiments pourrait permettre de se passer de climatiseurs, mais rien ne figure sur le programme de Franck Allisio sur ce sujet. Le candidat RN entend en revanche mettre en « pause » la bétonisation opérée par son prédécesseur, et créer des espaces verts et jardins « sécurisés » pour les enfants.
D’autres projets inquiètent les associations écologistes : « Franck Allisio a comme projet de créer une grande marina destinée aux entreprises high-tech ou celles spécialisées dans le luxe, il prévoit aussi d’implanter de nouveaux data centers… Bref, c’est une course vers l’aggravation écologique qu’il propose, dit Christophe Oudin, une pointe de découragement dans la voix. Ce que veut le RN, c’est transformer la ville à l’image du libéralisme. »
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