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ReportageMunicipales 2026

« Pas ici, pas à Nîmes ! » : face au RN, la gauche unie en quête d’un sursaut

Sur le marché de Pissevin, Saïd Assani (au centre) rappelle aux habitants que les associations de quartier sont menacées en cas d’arrivée du RN et espère un sursaut des quartiers populaires au second tour.

Municipales — À Nîmes, la liste de la gauche unie et citoyenne est arrivée seconde, derrière le Rassemblement national, à 163 voix près. Elle mise désormais sur un sursaut des quartiers populaires.

Nîmes (Gard), reportage

« S’il vous plaît, on ne va quand même pas faire ça… Pas ici, pas à Nîmes ! » Sur la scène dressée sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, la voix de Rafael Lafare résonne, reprise par les « Non ! » d’une foule dense venue assister au rassemblement organisé par l’union de la gauche, le 18 mars. Comme lui, une dizaine d’habitants — enseignants, soignants, travailleurs sociaux — se succèdent au micro pour appeler à faire barrage à l’extrême droite.

Le choc du premier tour des municipales est encore brûlant. Avec 30,39 % des voix, le Rassemblement national (RN) est arrivé en tête, talonné de très près par la liste de gauche (30,05 %), qui rassemble plusieurs partis [1] et des citoyens non encartés. « Soit deux bulletins par bureau de vote », insiste Amal Couvreur, numéro deux de Nîmes en commun, pour rappeler à quel point l’issue reste incertaine.

Dans cette ville tenue depuis vingt-cinq ans par la droite, le paysage politique s’est brusquement reconfiguré. Le dauphin du maire sortant, Franck Proust (Les Républicains), n’a récolté que 19,55 % des suffrages, tandis que Julien Plantier (divers droite), ancien premier adjoint, a obtenu 15,55 %. Les deux camps ont depuis fusionné, rendant le second tour plus serré encore.

Rassemblement organisé à Nîmes par l’union de la gauche, le 18 mars 2026. © Estelle Pereira / Reporterre

Convaincre les quartiers populaires

Dès lors, sur le terrain, la campagne s’intensifie. Tracts en main, les militants de gauche détaillent le parcours du candidat RN, Julien Sanchez, vice-président du parti et ancien maire de Beaucaire, à 25 km de là.

Ils évoquent pêle-mêle l’imposition de la viande de porc sans alternative dans les cantines, l’installation d’une crèche de Noël en mairie, en dépit du principe de laïcité et malgré une condamnation du tribunal de Nîmes, ou encore une sélection des commerces du centre-ville en fonction de l’origine des commerçants, comme révélée par L’Arlésienne. À cela s’ajoutent des dépenses jugées excessives en communication et le recrutement coûteux de collaborateurs issus du parti, pointés dans un rapport de la Cour des comptes d’Occitanie de 2020.

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Ces arguments trouvent un écho particulier dans les quartiers populaires, où l’inquiétude est palpable. À Pissevin, malgré un taux d’abstention à plus de 70 % (49 % à l’échelle de la ville), les discussions autour des élections vont bon train lors du marché hebdomadaire. Derrière son étal, Ndeyematou Niang s’indigne : « Avec sa politique dans les cantines, on sait très bien que Sanchez vise les enfants juifs et musulmans ! Ce serait terrible que Nîmes se réduise à ça. D’un côté, on décroche le label Unesco avec nos monuments romains, symbole d’ouverture sur le monde, et de l’autre, la ville passerait au RN ? Non, ce n’est pas possible. »

Ndeyematou Niang, commerçante dans le quartier populaire de Pissevin, estime que l’arrivée de l’extrême droite à la mairie de Nîmes serait «  une catastrophe  ». «  Ils ont beau essayer de rendre cool Bardella et les jeunes militants RN, cette jeunesse a des idées nazies et n’est pas pour le vivre-ensemble.  » © Estelle Pereira / Reporterre

Dans le même esprit, certains rappellent le rôle crucial du tissu associatif local. « Nous l’avons vu lors du dernier mandat, les élus RN votaient systématiquement contre les subventions aux associations dès qu’elles intervenaient dans les quartiers », témoigne Bruno Ferrier, militant du Parti radical de gauche. « Or ici, elles sont essentielles, renchérit Saïd Assani. Il n’y a déjà presque plus de services publics. » Tous deux espèrent que le score de l’extrême droite provoquera un électrochoc et incitera davantage d’habitants à se mobiliser.

Maya Amer-Moussa, de la liste Nîmes en commun : «  Si le RN passe, j’ai peur que la ville s’embrase.  » © Estelle Pereira / Reporterre

À cette inquiétude sociale s’ajoute une critique plus globale du projet politique porté par le RN. « Son modèle, c’est Trump », alerte Pascale Seguin, auxiliaire de vie sociale, rappelant que Julien Sanchez s’est rendu à son investiture. « Et Trump, il détourne la loi sans hésitation ! » À ses côtés, Maya Amer-Moussa, enseignante, pointe un autre angle mort : « Sur l’écologie, il n’y a aucune vision. Pourtant, cet été, 81 écoles sur 83 ont dû fermer à cause de la canicule. La ville doit s’adapter, il faut opérer un véritable changement de logiciel. Sur la transition écologique, le RN c’est le vieux monde. »

Faire barrage, un enjeu qui dépasse Nîmes

Face à cela, la liste Nîmes en commun met en avant un travail de terrain engagé depuis plus d’un an et demi. Réunions publiques, rencontres avec les habitants : le programme s’est construit au fil des échanges.

« Le même constat revient : c’est la fracturation de la ville, explique Cécile Jourdan, ancienne travailleuse sociale, qui a rejoint la liste. D’un côté, un centre-ville vitrine, presque muséifié et, de l’autre, des quartiers laissés de côté. Les habitants veulent simplement être traités de la même manière, où qu’ils vivent. »

Cécile Jourdan, ancienne travailleuse sociale engagée pour la liste Nîmes en Commun : «  Selon où l’on vit, on est pas traité de la même manière.  » © Estelle Pereira / Reporterre

À ses côtés, Inès, 22 ans, venue prêter main-forte sur le marché, redoute une recrudescence des actes racistes et à l’encontre des personnes LGBTQI+ : « On a déjà subi des insultes, des intimidations pendant la campagne. Il y a eu des agressions de militants par des groupuscules d’extrême droite comme au bar du Prolé, à Alès. Si le RN arrive au pouvoir, ça risque d’empirer. »

Pour beaucoup, enfin, l’enjeu dépasse largement l’échelle municipale. « La mairie, c’est une digue, glisse un militant. Après, ils viseront les sénatoriales. » Une inquiétude partagée par César, 24 ans, venu écouter le discours de la tête de liste communiste Vincent Bouget : « C’est sûr qu’une fois élu, Julien Sanchez repartira au Parlement européen et placera quelqu’un à sa place. »



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