À Marseille, les cinq chantiers écolos qui attendent Michèle Rubirola

Durée de lecture : 8 minutes

8 juillet 2020 / Marius Rivière (Reporterre}



Élue au terme d’un conseil municipal interminable samedi 4 juillet, Michèle Rubirola a finalement reçu des mains de Jean-Claude Gaudin son écharpe de maire de Marseille. Logements, transports, pollution, les chantiers écologiques qui attendent la nouvelle municipalité sont énormes tant la ville accumule les retards en la matière depuis 25 ans.

Le V de la victoire est brandi des deux mains. Sourire éclatant sur le visage, écharpe tricolore sur le buste, Michèle Rubirola pose dans le fauteuil du maire à l’hôtel de ville. La photographie est floue, prise à l’arrache, à l’image de celle qui ne voulait pas être maire et qui se retrouve dans ce siège, occupé depuis 25 ans par Jean-Claude Gaudin (Les Républicains).

Après un premier tour passé de l’euphorie au doute, après un conseil municipal marathon de près de six heures, longuement interrompu pour des sessions d’âpres discussions avec Samia Ghali (divers gauche) afin d’obtenir une majorité absolue, la première maire de l’histoire de Marseille a des raisons de sourire de toutes ses dents. Le moment d’allégresse risque toutefois d’être de courte durée au vue des chantiers qui les attendent, elle et son équipe. Dans son premier discours, la nouvelle maire résume son projet en quelques mots : « Une ville plus verte, plus juste et plus démocratique. »

Ses marges de manœuvre sont minces. Marseille demeure une ville pauvre, fortement endettée, aux finances exsangues comme le rappelait le dernier rapport accablant de la chambre régionale des comptes. À cela, il faut ajouter qu’une grande partie des compétences municipales ont été transférées à la Métropole Aix-Marseille Provence, institution réunissant 92 communes des Bouches-du-Rhône, toujours aux mains de Martine Vassal et dont la majorité des sièges est détenue par la droite. Le prochain conseil doit se réunir jeudi 9 juillet pour élire le ou la nouvelle présidente de la Métropole, avec qui Marseille devra compter.

Voici un aperçu de cinq chantiers écologiques qui attendent le Printemps Marseillais.

1 - Réhabiliter les logements indignes

L’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018 et son cortège d’immeubles évacués dans la foulée, a révélé à tout le pays l’état de délabrement des bâtiments marseillais. Plus d’un an et demi après le drame, la situation demeure catastrophique. Le 16 avril, en pleine période de confinement, les architectes et ingénieurs du service Sécurité des immeubles de la ville de Marseille alertaient dans une lettre révélée par le journal satirique Le Ravi sur « les dysfonctionnements graves de la mairie ». Travaux d’office non effectués, signature d’arrêtés de péril anormalement longs, absence de marché d’exécution pour réaliser les travaux d’office lorsque les propriétaires sont défaillants, signalements non suivis : la liste des errements est longue. Près de 2.600 signalements d’immeubles sous suspicion de péril sont en attente d’une prise en charge et les signalements de près de 230 immeubles en péril grave et imminent n’ont pas été suivis d’effet.

Un immeuble en péril dans le quartier du Panier.

Au regard de la gravité de la situation, la nouvelle maire a déjà fait de la réhabilitation et de la rénovation énergétique de ces logements une priorité. Marie Batoux, figure du Collectif du 5 novembre, ce rassemblement de citoyens et de militants né après le drame pour exiger le droit à un logement digne, est désormais adjointe de Michèle Rubirola. « Il va tout d’abord nous falloir coordonner les services. Aujourd’hui, les compétences sont partagées entre l’État, le département, la métropole, la ville, personne n’y comprend rien. Nous prévoyons aussi la création immédiate d’une cellule unique pour traiter les questions de logement : du constat du péril jusqu’à la rénovation complète », précise Benoît Payan, premier adjoint au maire et porte-parole du Printemps marseillais.

2 - Rénover des écoles en ruine

À quelques mois d’une rentrée scolaire particulière après la crise du coronavirus, la tâche s’annonce, là aussi, difficile. La municipalité de Jean-Claude Gaudin ne s’est jamais cachée de soutenir l’école privée, bien souvent au détriment de l’école publique.

Signe du changement de pratiques à venir, Pierre-Marie Ganozzi, cofondateur du collectif Marseille contre les partenariats public-privé, est devenu ce week-end troisième adjoint de Mme Rubirola. Avec ce collectif, il était parvenu à faire annuler par la justice un PPP (partenariat public-privé) d’un montant d’un milliard d’euros signé par la municipalité Gaudin pour la rénovation de 34 écoles marseillaises (sur 472 que compte la ville). Dans leur demande d’annulation du PPP, le collectif formulait un contre-projet pour faire rénover non pas 34, mais l’ensemble des écoles publiques marseillaises et qui servira de base pour la nouvelle équipe. Pour cela, l’aide de l’État est indispensable. Benoît Payan l’a d’ailleurs rappelé sur France Inter dimanche matin 5 juillet : « On invite officiellement le nouveau Premier ministre à Marseille pour signer ce grand plan de rénovation des écoles à un milliard d’euros. »

3 - Développer (enfin) les transports en commun

Ville du tout-voiture par excellence, Marseille et ses 1.129 kilomètres de lignes (bus, métro, tram confondus), contre 3.886 km pour Lyon, possède moins de lignes que Brive-la-Gaillarde (1.197 kilomètres pour 47.000 habitants) selon les chiffres de l’Union des transports publics et ferroviaires... La deuxième ville de France accumule les retards par rapport aux autres métropoles françaises. Depuis 1995, année de la première élection de Jean-Claude Gaudin à la mairie, seules cinq stations de métro sont sorties de terre...

De plus, l’accès aux transports en commun est très inégalement réparti sur la ville. Deux arrondissements du nord de la ville, les 14 et 16e, ne comptent aucun arrêt de métro, aucune station de tram, aucune borne de vélo en libre-service. Le 15e arrondissement, situé lui aussi au nord, n’est marqué que par un seul arrêt de métro.
Le Printemps marseillais entend donc doubler l’offre de transports publics (+ 15% par an) avec la création de cinq stations de métro dans le nord, le sud et l’est de la ville. Dès cet été, la nouvelle municipalité promet un élargissement des horaires des transports publics de 5 h le matin à 1 h dans la nuit, la gratuité pour les personnes sans ressources et les jeunes de moins de 25 ans. Pour encourager l’usage du vélo, elle entend également renforcer et accélérer la mise en place du plan Vélo, voté l’an dernier par la Métropole qui prévoit la création de huit grandes pistes cyclables sur toute la ville pour un total de 130 kilomètres de voies d’ici à 2030. En bout de ligne, c’est la réduction de la place de la voiture qui est visée.

4 - Créer et sanctuariser les espaces verts

Vendredi dernier, à quelques jours du « troisième tour », une dizaine de pins d’Alep âgés d’une cinquantaine d’années ont été tronçonnés à la Porte d’Aix à 3 h 30 du matin par des hommes cagoulés, à deux pas de la gare Saint-Charles, afin de préparer l’espace vendu par Euroméditerranée au promoteur Cogedim. Le projet prévoit la construction d’un immeuble de six étages sur cet espace vert déjà bien entouré de béton. Cette opération n’est que la dernière en date d’une ville qui n’a eu de cesse de se bétonner ces vingt-cinq dernières années. Une stratégie assumée par l’équipe sortante et qui trouvait en la personne d’Yves Moraine, à la fois adjoint au maire, maire de secteur (6-8e arrondissements) et avocat de plusieurs grandes firmes du BTP, une parfaite incarnation. Le Printemps marseillais l’assure dans son programme : elle veut multiplier les espaces verts pour ses habitants. « Il va y avoir un moratoire sur les permis de construire. On va demander aux promoteurs de nous accompagner pour rénover plutôt que de construire sur le peu d’espaces verts restants », promet Benoît Payan. Dès cet été, la nouvelle municipalité annonce un élargissement des horaires d’ouvertures des parcs et jardins de la ville.

5 - Réduire la pollution des bateaux de marchandises et de croisières

Ville la plus polluée de France en matière de particules fines, Marseille accueille chaque année plus d’1.750.000 croisiéristes. À cela, il faut ajouter les bateaux de transports de marchandises et les navettes vers la Corse et le Maghreb. Résultats : la ville étouffe sous la fumée des paquebots.

La pollution maritime est désormais supérieure à celle émise par les voitures, selon Atmosud.

Selon AtmoSud, la pollution en dioxydes d’azote dépasse désormais celle générée par les voitures. La faute au fioul lourd, un carburant extrêmement polluant utilisé dans le transport maritime. L’objectif de la précédente municipalité était de faire de Marseille le premier port de croisière de France. Pour l’équipe de Michèle Rubirola, il faut limiter l’accès à ces navires. « Nous proposerons un immense plan de réduction de la pollution. Il faudra imposer des filtres à particules à tous ces bateaux et les obliger à se brancher à quai comme cela se fait ailleurs », précise Benoît Payan.

Et en bonus – Tenir ses promesses…

Afin de permettre aux citoyens le suivi de l’application de toutes ces promesses, la municipalité entend mettre en place une plateforme ouverte de la transparence et du droit des citoyens.





Lire aussi : Cuisine, ménage, enfants... Le confinement exacerbe les inégalités femmes-hommes

Source et photos : © Marius Rivière pour Reporterre

sauf chapô : Michèle Rubirola. © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

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