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À Paris, les feuilles mortes rendent la Ville muette

4 décembre 2017 / Alexandre Lemaire (Reporterre)



Que deviennent les feuilles des 100.000 arbres parisiens ? Devant la pudeur de la mairie à parler de ce sujet, Reporterre est allé à la rencontre des agents de propreté et s’est fait expliquer la politique de recyclage de la ville de Reims. Et révèle qu’il n’y a pas 40.000 tonnes de feuilles mortes à Paris, mais près de dix fois moins.

  • Paris, reportage

Les agents de propreté urbaine se retrouvent pour boire leur café matinal. Nous sommes place de la Réunion, dans le 20e arrondissement de Paris. À l’ordre du jour : le ramassage des feuilles, les trottoirs du quartier s’étant vus, en une nuit, jonchés des feuilles mortes tombées sous le poids de la pluie. Munis de leurs souffleuse, balayeuse-aspiratrice et laveuse, les hommes en gilet vert se dispersent à travers le secteur à couvrir. Leur mission : dégager les rues de ces déchets verts qui font le malheur des passants aux semelles plates, et les apporter au centre de tri du quartier. Certains des nettoyeurs déplorent « un manque de moyens techniques ». À Paris, 100.000 arbres ornent la voirie.

Mais, qu’advient-il de ces déchets verts après leur ramassage ? Malgré maintes sollicitations, la mairie de Paris n’a pas donné suite à notre demande d’entretien. Un agent de propreté nous a en revanche affirmé que les feuilles mortes des chaussées partaient pour l’incinérateur. Une pratique qui a déjà été dénoncée, et pour laquelle les services de propreté de la Ville s’étaient défendus en arguant de la trop grande pollution des feuilles par les hydrocarbures.

« Si les feuilles encombrant la chaussée ne sont pas recyclées, celles des parcs et jardins le sont, explique Jean-Jacques Fasquel, fondateur de l’association Compost à Paris, à l’origine du premier composteur parisien de quartier. C’est le cas, par exemple, au bois de Boulogne, où une aire de compostage de 600 m2 a été mise en place en 2009. Pour autant, un meilleur équilibre des sols impliquerait que ceux-ci restent couverts — comme c’est le cas en forêt, où l’humus des sols se fabrique par le compostage naturel des feuilles qui jonchent la terre. »

« Tout déchet vert est recyclable » 

Si la ville de Paris refuse étrangement de parler des feuilles mortes, Reims est plus ouverte. Là, les feuilles des parcs et jardins jonchant les pelouses ne sont pas ramassées. En revanche, les feuilles mortes des rues y sont recyclées depuis 18 ans, et les déchets verts valorisés aujourd’hui à 100 %. Pour 22.000 arbres d’alignement, 600 tonnes de feuilles ramassées en une saison, et 90 agents employés pour cela, « le contexte est évidemment différent de celui de Paris », souligne Carole Le Breton, directrice adjointe chargée du traitement des déchets dans la Communauté urbaine du Grand-Reims. « Nous centralisons les déchets verts ramassés auprès d’un sous-traitant, qui va les massifier puis les transporter en grande quantité — 25 tonnes par camion — au centre de compostage local. Cela permet de limiter l’empreinte carbone du transport. À Paris, en revanche, il faudrait sortir du département pour envoyer tous les déchets verts dans des plateformes de compostage », conclut-elle.

Cependant, précise Larbi Ait-Yahia, responsable du service propreté de la ville de Reims, « tout déchet vert est recyclable ». Et de poursuivre : « Quand nous nous sommes penchés sur la question du compostage des feuilles mortes dans les rues il y a vingt ans, la première chose que nous avons faite a été de les analyser. Nous nous sommes alors rendus compte que celles-ci ne contenaient pas de trace d’hydrocarbures dans la mesure où elles étaient ramassées rapidement — à Reims, le ramassage est hebdomadaire. Il n’y a donc pas de raison pour que ce modèle ne soit pas généralisable. »

Sur la fréquence des « opérations feuilles » menées à Paris, les agents de propreté, place de la Réunion, répondent : « Cela dépend des moments et des effectifs. Il est arrivé, certaines années, que nous ne soyons pas assez nombreux pour les ramasser toutes. »


MAIS NON, IL N’Y A PAS 40.000 TONNES DE FEUILLES MORTES À PARIS

La Ville de Paris publie le chiffre de 40.000 tonnes de feuilles mortes tombées chaque année dans la capitale (voir ici par exemple). Mais il semble très surestimé, au regard d’un calcul réalisé par Hervé Cochard, de l’unité INRA Physique et physiologie intégratives de l’arbre en environnement fluctuant : « Si on prend un arbre moyen d’alignement ayant une surface de houppier de 20 m2, explique-t-il à Reporterre, on peut estimer à environ 80 m2 sa surface foliaire. Or, si un mètre carré de feuilles fraîches pèse environ 300 g, la masse fraîche d’un tel arbre est donc d’environ 24 kg ». L’ordre de grandeur serait alors de 2.400 tonnes de feuilles ramassées pour 100.000 arbres d’alignement, et près de 5.000 tonnes pour la totalité des 200.000 arbres ornant les sols de Paris intramuros.

Si cette estimation laisse à penser que la Ville répand des chiffres fantaisistes- pas moyen de l’interroger, elle ne répond pas ! -, elle concorde néanmoins avec les chiffres rapportés par la ville de Reims. « Pour les 22.000 arbres de Reims, on arrive donc à 528.000 kg, soit 528 tonnes de feuilles, explique Hervé Cochard. La valeur donnée par le ville de Reims – à savoir 600 tonnes de feuilles ramassées chaque année – semble donc du bon ordre de grandeur. Sachant que l’on ne peut rester qu’à "l’ordre de grandeur" pour un tel calcul ».




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Lire aussi : La nature, cette extraordinaire machine à recycler

Source : Alexandre Lemaire pour Reporterre

Photo :
. chapô : l’automne au bois de Vincennes. Photo-Paysage.com (CC BY-NC-ND 2.0 FR)

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