À Sainte-Soline, un dispositif de com’ exceptionnel pour « documenter la violence des manifestants »
Un chef d’escadron avant le début de la manifestation à Sainte-Soline, le 25 mars 2023. - Mediapart/Capture d'écran
Un chef d’escadron avant le début de la manifestation à Sainte-Soline, le 25 mars 2023. - Mediapart/Capture d'écran
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Les révélations sur cette sombre journée du 25 mars 2023 à Sainte-Soline continuent. Le 26 janvier, Mediapart a publié de nouveaux éléments sur les affrontements qui ont eu lieu lors de la manifestation organisée pour protester contre la construction d’une mégabassine dans les Deux-Sèvres.
Le journal d’investigation révèle que la gendarmerie a filmé la mobilisation « sous toutes les coutures » : des dizaines de gendarmes équipés de caméscopes et de GoPro, une caméra embarquée dans un hélicoptère, une tourelle de vidéosurveillance au centre de la bassine, des gendarmes incités à activer leur caméra-piéton… Des journalistes de « Complément d’enquête » de France 2 sont même présents aux côtés des gendarmes. Ce dispositif hors norme était destiné à alimenter le renseignement, les enquêtes ouvertes contre les opposants ou la communication institutionnelle, explique Mediapart.
« On est dans une guerre des images »
« On est clairement aujourd’hui dans une guerre des images […] il faut que la violence et l’action principale offensive viennent d’eux ou semblent venir d’eux », expliquait un chef d’escadron à ses troupes avant le début de la manifestation. « On n’est pas en vidéo en train de frapper des adversaires au sol », rappelait un autre. Ces images étaient censées « documenter la violence des manifestants » et montrer des gendarmes irréprochables, explique Mediapart.
Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. « L’opération s’est transformée en catastrophe pour la gendarmerie. Avec ses caméras, elle a enregistré de très nombreuses preuves de ses propres dérives : des tirs tendus interdits, des propos exhortant à la violence, des insultes », détaille Mediapart. Par ailleurs, nombre de gendarmes ne maîtrisaient pas le maniement de leur caméra-piéton, les déclenchant par inadvertance et filmant sans le savoir leurs propres débordements. Leur contenu, déjà dévoilé par Mediapart et Libération le 5 novembre, prouve de nombreuses dérives.
Si le contenu de ces caméras-piétons n’était accessible que dans des conditions spécifiques (enquête administrative, judiciaire ou procédure disciplinaire), il en va autrement des images filmées par le service communication lui-même. Pourtant, alors que celles-ci montrent des tirs tendus de grenades — interdits —, aucune enquête administrative n’a été déclenchée avant novembre dernier et les révélations de Mediapart et Libération.