A Sivens, la discussion est bloquée

Durée de lecture : 2 minutes

10 janvier 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Les associations écologistes ont rencontré vendredi 9 janvier à Toulouse les experts du ministère de l’Ecologie. Objectif : trouver une alternative consensuelle au barrage contesté de Sivens. Mission apparemment impossible.

La possibilité d’un consensus s’éloigne chaque jour un peu plus. La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) continue de revendiquer un grand barrage hydraulique sur le site du Testet. Le Collectif d’opposants, France nature environnement et la Confédération paysanne refusent un ouvrage au niveau de la zone humide.

Au milieu, les experts mandatés en novembre par Ségolène Royal, sommés de rendre un rapport à la Ministre la semaine prochaine. Que vont-ils pouvoir proposer ? « Deux scénarios se profilent, explique Ben Lefetey, du Collectif pour la sauvegarde du Testet. Grosso modo, faire un barrage plus petit en amont, ou développer les retenues collinaires proches du site. »

Construire ou optimiser l’existant ?

Première possibilité : construire une retenue plus modeste en amont, avec une capacité réduite, de 750 000 m3, contre les 1,5 million prévu initialement. Moins cher et mieux dimensionné, disent les experts. Problème : cela signifie construire à nouveau sur le cours même du Tescou, à 300 mètres de la zone fragile.

Seconde option : créer plusieurs retenues, sur des cours d’eau adjacents au Tescou. Un scénario « plus acceptable » pour les opposants, qui proposent quant à eux une autre vision. « Il nous faut déjà optimiser l’existant. De nombreuses retenues collinaires sont sous-exploitées dans la zone », précise Ben Lefetey.

Derrière ce débat se cache une querelle de chiffres : quels sont les besoins en eau des agriculteurs ? 750 000 m3, selon les experts. « Pour nous, les comptes ne sont pas bons », réplique Jean-Claude Huc, patron de la FNSEA à La Dépêche. Il faudrait selon lui a minima 1 million de m3. » De leur côté, les opposants au barrage ont fait leur calcul, en se basant sur une hypothèse d’économies d’eau : entre 350 000 et 480 000 m3. Ainsi, les estimations vont du simple au double.

« Il y a un tel écart entre nous et la FNSEA que tout accord semble impossible », conclut Ben Lefetey. En décembre, Ségolène Royal affirmait pourtant vouloir parvenir à « une solution qui ne fasse ni perdants, ni gagnants ». La ministre doit donner son arbitrage autour du 20 janvier. Elle a prévenu : « À un moment, je pourrais dire ce qui me semble être la meilleure solution. Mais c’est à chacun de prendre ses responsabilités. Tout le monde a reconnu qu’il fallait un ouvrage car il faut donner de l’eau aux agriculteurs. Il faut aussi un ouvrage qui ne soit pas surdimensionné pour permettre de mobiliser des fonds européens. »

En attendant la réponse du ministère - qui n’a pas répondu à nos questions -, les zadistes occupent toujours les arbres sur la zone humide du Testet. « Il y a encore des menaces, et pas mal de pressions », confie Ben Lefetey. Depuis la tentative violente d’intimidation menée fin décembre par les pro-barrages, le statu quo semble installé.


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Lire aussi : Le ministère de l’Agriculture n’est pas favorable au barrage

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre.

Photo : En septembre 2014 sur la zone (Isabelle Rimbert).

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