Pourquoi cet hiver est propice aux avalanches
Exercice de secours en montagne le 4 février 2025 à La Rosière (Savoie). - © Olivier Chassignole / AFP
Exercice de secours en montagne le 4 février 2025 à La Rosière (Savoie). - © Olivier Chassignole / AFP
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Le nombre de morts causés par des avalanches est en augmentation cet hiver. C’est une exception : depuis 10 ans, la pratique est plus sûre, explique Frédéric Jarry, spécialiste des risques en montagne.
Frédéric Jarry est chargé de mission, formateur et conférencier à l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena). Cet organisme tient une base de données des accidents depuis sa création en 1971. Il forme également les professionnels comme les particuliers sur les risques en montagne.
Reporterre — Cette saison est-elle particulièrement propice aux avalanches ?
Frédéric Jarry — Depuis le 1ᵉʳ octobre dernier, nous avons compté douze accidents mortels et dix-huit décès. Parfois, plusieurs personnes sont mortes dans une seule avalanche — c’est le cas des quatre skieurs norvégiens en Maurienne.
Ces dix dernières années, nous avons recensé en moyenne neuf accidents mortels et douze décès sur les périodes allant du 1ᵉʳ octobre au 15 février. Nous sommes donc au-dessus de la moyenne et la saison n’est pas encore terminée. Il faudra attendre la fin du mois de septembre avant de tirer un bilan complet.
Comment expliquer qu’il y ait plus d’avalanches en ce début de saison ?
L’enneigement est particulier. Nous avons beaucoup de couches fragiles persistantes et un manteau neigeux globalement instable où les gens se font piéger. Certains hivers sont plus accidentogènes que d’autres, du simple fait de l’instabilité générale sur de nombreux massifs et sur des périodes répétées.
De plus en plus de gens pratiquent le ski de randonnée et le ski hors-piste. Cela peut-il expliquer la hausse des accidents ?
Malgré la hausse de la fréquentation, le nombre d’accidents mortels a diminué ces dix dernières années. Les explications sont multiples. Tout d’abord, les gens sont mieux formés et mieux équipés. Il y a dix ans, en randonnée à ski, seulement 50 % des gens ensevelis sous une avalanche portaient un détecteur de victime d’avalanche (DVA) qui émet un signal pour les localiser dans la neige. Aujourd’hui, on est à 80 %. Ces personnes sont plus rapidement localisées par leurs compagnons et sont sorties de la neige avant d’être asphyxiées.
De plus, le travail de prévention des professionnels joue. Les gens préparent mieux leur sortie, prennent de meilleures décisions sur le choix des pentes à skier. Les secours sont également plus rapides qu’avant pour arriver sur place.
« Les gens préparent mieux leur sortie »
Enfin, les personnes qui ont commencé à pratiquer le ski de randonnée après [les confinements liés au] Covid ne sont pas des gens qu’on retrouve dans les avalanches. Ce sont des novices qui ne s’exposent pas dans les pentes raides, qui sont des endroits dangereux.
Avec le nouveau matériel de sécurité, notamment les sacs-airbag qui permettent de rester à la surface d’une avalanche et d’éviter l’ensevelissement, les skieurs prennent-ils plus de risques ?
La question s’est posée lorsque les DVA sont arrivés et se sont généralisés il y a une quinzaine d’années. Aucune étude n’a été faite sur le sujet mais je n’ai pas l’impression que les gens ont eu un regard différent sur la prise de risque. Concernant l’airbag, les études qui sont publiées sont contradictoires. Certaines disent qu’il n’y a pas d’impact sur la prise de risque, d’autres disent le contraire. Il est donc difficile de répondre.
Le réchauffement climatique rend-il le manteau neigeux plus instable et l’estimation du risque plus incertaine ?
Je ne pense pas que le changement climatique modifie la façon de prévoir les risques. Ce que l’on peut dire, c’est que l’isotherme [l’altitude à laquelle la température atteint la valeur de 0 °C] va s’élever en altitude — et donc la limite pluie neige — ce qui aura pour conséquences une augmentation du nombre d’avalanches de neige humide.
Nous aurons autant ou plus de précipitations, sous forme de neige à plus haute altitude, au-dessus de 2 000 mètres. Les avalanches de neige humide peuvent potentiellement causer plus de traumatismes que la neige sèche car leur masse volumique est plus importante.
En revanche, à moyenne altitude, le manteau neigeux sera plus stable car lorsqu’il pleut, l’eau liquide pénètre à l’intérieur et le gèle. Ce qui permet de le stabiliser.
Pourquoi une telle médiatisation des accidents dans les avalanches contrairement à d’autres accidents de sport ?
Les avalanches ont toujours été très médiatisées : c’est quelque chose de fascinant, soudain et impressionnant. Mais il y a vingt-cinq décès par an, c’est toujours trop, pour un loisir mais c’est peu si l’on compare, par exemple, au nombre de gens qui meurent noyés [environ 400 par an].