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Avant Notre-Dame-des-Landes, le fiasco du référendum sur la gare de Stuttgart

21 juin 2016 / Violette Bonnebas (Reporterre)



Quand il a annoncé un référendum sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, prévu le 26 juin, François Hollande a dit s’inspirer de celui organisé à Stuttgart en 2011. Pourtant, ce qu’il s’est passé en Allemagne autour du projet de construction d’une gare ferroviaire a tout du contre-exemple.

- Berlin, correspondance

« Il y avait un grand projet en Allemagne, à Stuttgart : une gare qui n’arrivait pas à se faire. Eh bien, c’est à partir d’un référendum que la chose s’est faite, les électeurs ont tranché. » En février dernier, lorsqu’il annonçait la tenue prochaine d’un référendum sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le président de la République, François Hollande, aurait mieux fait de demander une mise à jour de ses fiches.

Les habitants du Bade-Wurtemberg (sud-ouest de l’Allemagne) se sont bien prononcés pour la construction d’une nouvelle gare à Stuttgart, en 2011, mais affirmer que « la chose s’est faite » est, au mieux, une erreur factuelle, au pire, un mensonge par omission. Le projet tourne au ralenti depuis cinq ans, et pourrait même ne pas être mené à son terme. Dernier rebondissement en date, Volker Kefer, le vice-président de la Deutsche Bahn (DB), la société ferroviaire allemande, a été poussé vers la sortie mardi 14 juin, accusé d’avoir dissimulé l’explosion du coût des travaux.

Question incompréhensible 

Au départ, le projet Stuttgart 21 visait à équiper la métropole souabe d’une gare souterraine traversante sur la ligne Paris-Bratislava, pour éviter aux trains les manœuvres de demi-tour dans le cul-de-sac actuel. L’idée germe au tournant des années 1990, dans l’euphorie de la réunification allemande. La DB rapproche les peuples de l’est et de l’ouest de l’Europe, en offrant de relier, à terme, les capitales française et slovaque en à peine six heures.

En 1994, les initiateurs du projet estiment, en préambule de l’étude de faisabilité (lien en allemand), que la nouvelle gare « constituera une pièce majeure de la future ligne Magistrale à grande vitesse européenne ».

Mais l’argumentaire ne convainc pas tout le monde. Le projet s’annonce très coûteux et suppose la démolition d’une partie de la vieille gare de Stuttgart, pourtant classée monument historique, ainsi que l’abattage des arbres du parc séculaire attenant, le Schlossgarten. Il nécessite aussi le forage de 38 kilomètres de tunnels dans une zone naturelle protégée.

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Le parc séculaire du Schlossgarten.

Comme à Notre-Dame-des-Landes, la contestation s’organise très tôt contre ce symbole des « grands projets inutiles et imposés », multipliant actions citoyennes et contre-expertises. Lorsque le chantier démarre, en 2010, des dizaines de milliers de personnes se mobilisent en se rassemblant tous les lundis, à l’appel d’associations de résidents et de mouvements écologistes et altermondialistes d’Allemagne et d’Europe. La tension atteint son maximum quand les forces de l’ordre chargent violemment les manifestants, le 30 septembre de la même année, faisant 164 blessés.

Pour sortir de la crise, un médiateur est nommé. Apprécié des deux parties, Heiner Geissler a la singularité d’être à la fois membre du parti conservateur de la CDU et de l’association altermondialiste Attac. Il propose l’organisation d’une consultation populaire en novembre 2011 auprès des dix millions d’habitants du Land.

Les opposants sont d’abord ravis, et plutôt confiants : quelques mois auparavant, ces mêmes habitants n’ont-ils pas porté au pouvoir le parti écologiste Die Grünen (« Les Verts »), farouchement opposé à Stuttgart 21 ? Mais ils déchantent en lisant l’intitulé de la question posée : «  Êtes-vous pour le projet de loi régionale d’exercice du droit de résiliation des accords contractuels du projet ferroviaire Stuttgart 21 ? »

Vous n’avez rien compris ? Il est possible que de nombreux votants non plus. Il leur est en fait demandé s’ils sont en faveur de la fin du cofinancement accordé à Stuttgart 21 par la région du Bade-Wurtemberg. En clair : voter oui au référendum signifie voter non au projet ; voter non signifie être favorable à la poursuite du chantier.

Le non recueille 58,8 %, les travaux doivent reprendre. Ironiquement, ce sont Les Verts, fraîchement élus à la tête du Land, qui doivent mener à son terme un projet qu’ils ont longtemps combattu.

Les travaux n’avancent pas 

Le débat est clos, pense-t-on, mais les déboires du chantier ravivent la contestation. La roche est plus complexe à forer que prévu, des archéologues trouvent des squelettes humains vieux de 7.500 ans, puis c’est au tour de biologistes de rencontrer une espèce animale protégée, qu’il faut déplacer. Les maîtres d’œuvre de la DB ont manifestement sous-estimé la difficulté et le coût du projet. Volontairement, disent les détracteurs, afin d’obtenir le feu vert des autorités.

Quoiqu’il en soit, les travaux n’avancent pas, le Land refuse d’assumer les surcoûts, et la Chancellerie affirme, dans une note interne dévoilée l’été dernier par la presse (lien en allemand), ne pas exclure l’abandon du projet.

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Travaux de démolition de l’aile Sud de la gare de Stuttgart, en mars 2012.

De leur côté, les opposants soulignent que le coût final du chantier pourrait avoisiner les dix milliards d’euros (lien en allemand), très loin des 2,6 milliards initiaux. Mercredi, l’association Aktionsbündnis gegen Stuttgart 21 considérait la mise à l’écart du vice-président de la DB comme « un aveu d’échec ». « De toute évidence, le responsable en chef de Stuttgart 21 tire la sonnette d’alarme devant le crash assuré d’un projet vacillant tant sur le plan de la construction, du financement et de la communication », a-t-elle estimé dans un communiqué de presse.

Quelle suite sera donnée au projet ? La Deutsche Bahn et certains observateurs considèrent que le chantier a atteint un point de non-retour et doit être mené à son terme. Les militants, eux, espèrent faire pencher la balance en faveur de leur plan alternatif, baptisé Kopfbahnhof 21 : il propose une modernisation de la gare plus économique et plus respectueuse de l’environnement.




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Lire aussi : Consultation sur Notre-Dame-des-Landes : l’information officielle est mensongère

Source : Violette Bonnebas pour Reporterre

Photos :
. chapô : lors des manifestations contre la gare de Stuttgart 21, en septembre 2010. Wikimedia (© Ra Boe / Wikipedia / CC-BY-SA-3.0-DE)
. Schlossgarten : Wikimedia (Avi1111 dr. avishai teicher/CC-BY-SA-4.0)
. démolition : Wikimedia (Harke/CC-BY-SA-3.0)

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