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Climat

Avec la crise climatique, des orages de plus en plus dévastateurs

Éclairs (photo d'illustration).

Depuis le 16 août, la France essuie une série de violents orages. Si leur fréquence ne devrait pas augmenter avec le changement climatique, ils pourraient devenir encore plus violents et les pluies encore plus intenses.

La Corse reprend son souffle. Après la tempête orageuse de jeudi matin, d’une intensité « jamais vue » selon des habitants et qui a coûté la vie à cinq personnes, l’Île de beauté a passé une nuit relativement calme. Reste à savoir pour combien de temps : Météo France annonce de nouveaux orages pouvant donner « une activité électrique importante, de fortes intensités pluvieuses, (...) de la grêle et de fortes rafales de vent » pour cette matinée du vendredi 19 août. Depuis le 16 août, la France connaît une succession d’épisodes orageux violents et essuie des pluies diluviennes qui contrastent avec la sécheresse des semaines précédentes.

Rues et métros inondés à Paris, grêlons à Lyon et à Saint-Étienne, tornade à Frontignan… Rares sont les territoires qui ont été épargnés, même si les épisodes les plus violents ont surtout frappé le pourtour méditerranéen. En cause : la rencontre de masses d’air chaudes et humides et d’une grande masse d’air froid, allant des îles britanniques à l’Espagne, qui a abordé l’ouest du pays dès le début de la semaine. « Hors période hivernale, ce type de phénomène est généralement à l’origine du développement d’orages sur de larges portions du territoire, explique Météo France. Les orages pouvant alors être localement violents. »

Dans un camping de Calvi, cet arbre a été coupé par le passage du puissant orage. © L.D

Si la vigilance doit rester maximale, ces événements sont fréquents en fin d’été, et en particulier sur le pourtour méditerranéen, explique Florian Pantillon, chercheur au laboratoire d’aérologie à Toulouse. « Ces épisodes orageux s’observent généralement à l’automne. Ici, ce sont les prémices. Sur le pourtour méditerranéen, les précipitations deviennent intenses car la mer est chaude et les masses d’air froides apparaissent. La mer réchauffe alors l’atmosphère et engendre de l’humidité. »

Cette année, les conditions sont particulièrement propices en raison des vagues de chaleur qui se sont succédé. « La température de l’eau dépasse généralement les 28 °C et atteint parfois les 30 °C par endroits, souligne Météo France. Cela alimente ainsi les orages en humidité et chaleur favorisant alors leur développement parfois violent. » Le phénomène s’observe également dans les terres. « Alors qu’habituellement, le Mistral souffle et refroidit les cours d’eau du Sud, cette année, les épisodes venteux ont été peu fréquents », explique Matthieu Sorel, climatologue chez Météo France. Résultat : « L’eau de surface a chauffé et a atteint des niveaux records. » Une situation, elle aussi propice à l’évaporation et la formation de masse d’air chaude et humide, souligne le spécialiste.

« Des orages de plus en plus diluviens »

Après un été placé sous le signe de la canicule, doit-on voir ici une nouvelle expression du réchauffement planétaire ? « Avec le changement climatique, on s’attend à avoir des orages de plus en plus diluviens, explique le climatologue. Car chaque degré de réchauffement implique que l’atmosphère va pouvoir engranger plus de vapeur d’eau. » La règle est simple et bien connue des physiciens : à chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’atmosphère peut contenir 7 % d’humidité en plus. Donc selon cette loi physique — nommée relation de Clausius-Clapeyron —, plus le climat se réchauffe, plus les orages pourront déverser d’eau.

Et « le bassin méditerranéen est particulièrement exposé au changement climatique », alerte Florian Pantillon. La mer plus chaude fournira donc davantage d’humidité à l’atmosphère. Conséquence : les précipitations seront plus intenses. Mais attention, plus de précipitations ne signifie pas forcément plus d’événements extrêmes. « Simplement plus de potentiel », insiste le chercheur. En résumé, pour l’instant impossible de dire si ces événements seront plus nombreux, mais lorsqu’ils surviendront, ils pourraient être plus intenses.

Ces résultats ont d’ailleurs été confirmés par une équipe de Météo France. Pour étudier les orages, les experts de l’agence enregistrent les événements sur tout le territoire depuis plusieurs années. Ils ont ainsi remarqué que les épisodes orageux n’étaient pas plus nombreux, mais que les précipitations étaient plus intenses. Et même bien plus importantes que ce que les lois de la physique prévoyaient : avec un réchauffement de 1,7 °C, Aurélien Ribes et son équipe ont ainsi montré que les précipitations avaient cru en moyenne de 22 % (soit presque de 13 % par degré supplémentaire).

Un automne plus humide ?

Pour Florian Pantillon, tous les ingrédients sont réunis pour que de nouvelles intempéries se répètent à l’automne prochain. « À la différence de l’atmosphère qui peut se refroidir rapidement, la Méditerranée dispose d’une certaine inertie. » Ainsi, la température de l’eau restera chaude encore plusieurs semaines.

Mais, même si la température de la Méditerranée représente le carburant des épisodes méditerranéens, c’est bien la situation météorologique qui en est le moteur, rappelle Météo France. « Or, il est impossible de prévoir dès maintenant si les conditions atmosphériques (la position des dépressions et des anticyclones) seront propices cet automne à la formation d’un tel événement. Il est donc impossible de se prononcer sur l’occurrence ou non d’épisode méditerranéen pour cet automne », concluent-ils.

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