Avec les lâchers de ballons, la fête des humains tue les animaux

9 décembre 2017 / Jacky Bonnemains

De nombreux événements sont célébrés par des « lâchers de ballons ». Pourtant, comme l’explique l’auteur de cette tribune, les ballons de baudruche gonflés à l’hélium retombent dans la nature, trop souvent pour le malheur des animaux qui croisent la route de ces déchets, même estampillés « biodégradable ».

Jacky Bonnemains est membre de l’association Robin des bois, qui alerte les pouvoirs publics depuis des années sur le problème des lâchers de ballon.


« Le Conseil constitutionnel a rappelé à plusieurs reprises que les mesures de police administratives susceptibles d’affecter l’exercice des libertés constitutionnellement garanties doivent être justifiées par la nécessité de sauvegarder l’ordre public et proportionnées à cet objectif. En l’espèce, l’interdiction générale ou partielle des lâchers de ballons n’entre pas dans ce cadre. » Plusieurs préfets, dont celui de la Seine-Maritime, ont ainsi répondu à Robin de bois qui, dans un courrier de novembre 2014, réclamait l’interdiction des lâchers de ballons. La liberté de tuer des espèces protégées serait garantie par la Constitution. Cette réponse préfectorale a été inspirée par on ne sait quel conseiller du ministère de l’Écologie. On le sait depuis longtemps, ce ministère est frappé par une maladie qui n’est pas rare, celle du double langage, un pour le mensonge et la flatterie, un pour la vérité et la sobriété.

Le ministère de l’Écologie rappelle dans une « fiche relative aux lâchers de ballons de baudruche » que, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (Unep), les épaves de ballons sont dans le Top 10 des déchets récréatifs retrouvés sur le littoral, et que les fragments de ballons et leurs liens peuvent être ingérés par les mammifères marins, les tortues marines, les oiseaux et les poissons.

Sur une plage bretonne.

Le ministère rappelle aussi que l’appellation biodégradable ne peut en aucun cas justifier l’abandon d’un produit dans la nature et que cette appellation ne s’appuie sur aucun caractère normatif ou règlementaire.

La filière « ballons » est une très mauvaise conseillère 

L’industrie du divertissement et, en l’espèce, la filière « ballons », fabriqués en Chine, gonflés à l’hélium d’Air liquide et conditionnés dans des conteneurs métalliques vendus par les supermarchés de jouets, tente en effet de contrer la campagne de Robin des bois par une publicité mensongère. Elle fait croire à l’innombrable clientèle enfantine, festive et commémorative que les millions de déchets envoyés dans le ciel parés du mot magique de biodégradable ne vont avoir en retombant sur terre aucun effet nocif ou nuisible pour les animaux, les paysages et les forêts.

Un juvénile de tortue caouanne nageant parmi les débris de ballons.

La filière « ballons » est une très mauvaise conseillère. Alors que l’heure est à la maitrise des déchets, à la traçabilité, au confinement des déchets, elle prône l’abandon, la dispersion et le déni de responsabilité. Écoutez-la, messieurs, mesdames les maires et les préfets, et encouragez ainsi le public et vos administrés à jeter dans les rivières, dans les marais, les arbres, les mers et sur les plages les papiers gras, les rognures de jambon et les pots de yaourt au motif qu’un jour, dans quelques mois, quelques années ou dizaines d’années, ils auront perdu une partie de leur intégrité et dispersé dans le sable, les eaux ou les sols sauvages leurs colorants et adjuvants.

Cela fait douze ans que Robin des bois travaille sur ce sujet et agrège de plus en plus de partisans. Depuis plusieurs années, un dialogue constructif se poursuit avec la direction et les comités Téléthon. Robin des bois souhaite que l’AMF (Association française contre les myopathies) montre l’exemple et que le ministère prenne une réglementation générale d’interdiction.

D’ici là, des cachalots, des tortues luths vont mourir par dizaines sur l’océan mondial par obstruction ou compression digestive, des oiseaux vont mourir enchevêtrés dans des cortèges de liens et de ballons crevés et des milliers d’arbres et de cerfs vont porter pendant des mois et des années ces lambeaux des fêtes et des compassions humaines.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Du microplastique dans nos rivières, un phénomène méconnu, mais inquiétant

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : Pixabay (CC0)
. oiseau : © Matthew Dwyer
. juvénile : © Florida Fish and Wildlife Conservation Commission
. plage : © Robin des bois

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

DOSSIER    Déchets Eau, mers et océans

28 juillet 2018
Les rendez-vous festifs, écolos et militants du mois d’août
Info
27 juillet 2018
Le tour de France des Zad : à Notre-Dame-des-Landes, repos estival avant une nouvelle bagarre
Reportage
26 juillet 2018
Voyager sans argent et écolo ? Voici comment faire
Tribune


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Déchets Eau, mers et océans





Du même auteur       Jacky Bonnemains