Bataille à l’Assemblée pour faire interdire les pesticides tueurs d’abeilles

16 mars 2016 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Le projet de loi sur la biodiversité est discuté à l’Assemblée nationale. Un enjeu crucial en est d’y faire accepter l’interdiction des pesticides néo-nicotinoïdes. Des écologistes et des députés en ont expliqué le motif, mardi 15 mars, dont Cécile Duflot et Delphine Batho au micro de Reporterre.

- Esplanade des Invalides (Paris), reportage

Un doux soleil, un petit groupe qui bavarde bruyamment et des paniers de fruits. Sur la pelouse des Invalides, le rassemblement a des airs de pique-nique printanier. Pourtant, la vingtaine de personnes présentes ce mardi 15 mars sont venues pour un sujet bien plus sérieux qu’un déjeuner sur l’herbe : soutenir l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles, les néonicotinoïdes.

À l’occasion de l’examen en seconde lecture du projet de loi « pour la reconquête de la biodiversité », les députés devraient se prononcer dans ces prochains jours pour ou contre la fin de ces insecticides. Pour pousser les députés à protéger les pollinisateurs, militants associatifs, apiculteurs et parlementaires joignent leurs forces.

Hier, sur l’esplanade des Invalides, à Paris, avec Cécile Duflot, Alain Bougrain-Dubourg et François de Rugy

Gilles Lagneau, président de l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf), est venu depuis sa ferme bretonne pour défendre son métier. Comme il l’explique, les apiculteurs sont en première ligne, et constatent depuis près de vingt ans les ravages de ces pesticides.

- Écouter Gilles Lagneau :

Gilles Lagneau est président de l’Union nationale des apiculteurs français.

« On recense aujourd’hui plus de 1.100 études à charge contre les néonicotinoïdes, donc il faut arrêter de tergiverser, insiste l’apiculteur. Ces pesticides tuent les abeilles, et il faut les proscrire. » Pourtant, depuis un an, la proposition d’interdiction peine à s’imposer dans les rangs des parlementaires. D’abord instauré « par surprise » en mars 2015 par la députée Delphine Batho, l’amendement s’est vu profondément reformulé et vidé de son contenu lors de son passage au Sénat, en janvier. Des députés, écologistes mais aussi socialistes, vont donc tenter de réintroduire un texte interdisant l’usage de ces substances dès le 1er janvier 2017. Pour Cécile Duflot, cette mesure est « une évidence ».

- Écoutez Cécile Duflot :

Cécile Duflot est députée écologiste.

La partie est hélas loin d’être gagnée. Pour Jean-Paul Chanteguet, président PS de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, les raisons de ce blocage sont à chercher du côté des grands groupes : « Nous subissons les uns et les autres un certain nombre de pressions, de la part des lobbys agro-industriels mais aussi de l’exécutif. » Dans une lettre datée du 11 mars, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, exhorte les parlementaires à refuser « une interdiction brutale » : « C’est la transition vers une transformation des systèmes de culture dans leur ensemble qui nous permettra de réduire l’usage aujourd’hui nécessaire de certains produits. » Un discours qui tient de la « schizophrénie », d’après Noël Mamère : « L’exécutif ne peut pas se transformer en relais des lobbys, et nous ne laisserons pas les grands groupes “carteliser” l’agriculture mondiale et porter atteinte à la biodiversité. » Pour Delphine Batho, « l’intérêt général doit primer, les lobbys ne doivent pas faire la loi en France. »

- Écoutez Delphine Batho :

Delphine Batho est députée écologiste.

Du côté des opposants à cette interdiction, on évoque la possible chute de la production agricole et la transition nécessaire mais progressive vers des systèmes plus durables. Mais, depuis des années, agriculteurs, apiculteurs et citoyens montrent que l’on peut faire autrement, sans pesticide. C’est ce qu’explique aussi Anaïs Fourest, porte-parole de Greenpeace en charge des questions agricoles.

Pour Anaïs Fourest, de Greenpeace, « l’abandon des néo-nicotinoïdes ne fait pas baisser les rendements »

- Écoutez Anaïs Fourest :

Anaïs Fourest est porte-parole de Greenpeace en charge des questions agricoles.

Un pot de miel à la main, Jean-Paul Chanteguet s’apprête à retourner dans son bureau voisin, à l’Assemblée nationale. « Je ne sais pas si nous gagnerons ce combat, mais vous pouvez compter sur notre détermination. » À ce jour, une centaine de parlementaires se sont engagés pour une interdiction des néonicotinoïdes.


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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Lorène Lavocat/Reporterre





Documents disponibles

  Delphine Batho est députée écologiste.   Gilles Lagneau est président de l’Union nationale des apiculteurs français.   Anaïs Fourest est porte-parole de Greenpeace en charge des questions agricoles.   Cécile Duflot est députée écologiste.
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