Bill McKibben : « La force du mouvement climatique continue de grandir »

8 septembre 2018 / Entretien avec Bill McKibben

Ce samedi, partout dans le monde se déroulent des « marches pour le climat ». Bill McKibben est le fondateur de 350.org, une ONG qui lutte pour le désinvestissement des énergies fossiles et qui est à l’origine de cette journée de mobilisation mondiale. Il explique à Reporterre où en est la lutte pour le climat aux États-Unis et dans le monde.

Bill McKibben, d’abord journaliste au New York Times, est essayiste. Il est le fondateur, en 2007, de l’association 350.org, qui mène des actions à l’échelle mondiale en faveur du désinvestissement des énergies fossiles. Aux États-Unis, 350.org a ferraillé contre le projet d’oléoduc Keystone XL.

Bill McKibben.

Reporterre — Qu’attendez-vous des « marches pour le climat » du samedi 8 septembre ?
Bill McKibben — Je pense que ce sera la plus grande marche pour le climat qu’on n’aura jamais vu sur la côte ouest des États-Unis. Et que cela va être un rappel qu’il y a une demande forte des gens pour obtenir plus d’action contre le changement climatique.



Comment est-il possible de surmonter la démolition de la politique environnementale menée aux États-Unis par Donald Trump ?
Il n’y parvient pas tout à fait, car une bonne partie de la politique est menée au niveau des gouvernements locaux des Etats ou des villes. Et, pour le moment, c’est sur eux qu’on peut se concentrer. Et nous nous concentrons aussi directement sur les compagnies de l’industrie fossile.



On pensait que la bataille contre l’oléoduc Keystone XL était gagnée, mais Trump a donné l’autorisation de le construire. Où en est-on ?
L’oléoduc n’a pas encore été construit, et de nombreux autres permis sont encore nécessaires avant que le chantier puisse commencer. Et si cela arrivait, il y aurait plein de gens pour se mettre en travers.



Quelles sont les principales batailles pour le climat aux États-Unis en ce moment ?
La lutte contre la rénovation de l’oléoduc Line 3, au Canada, pour évacuer le pétrole de l’Alberta vers les Grands Lacs, à l’est. La lutte pour le désinvestissement dans l’énergie fossile se poursuit, et on en est à 6.000 milliards de dollars de promesses de retrait — la ville de New York a pris un important engagement cette année. La bataille pour obtenir que la Californie passe à 100 % en énergie renouvelable est aussi engagée. Mais je dirais que la question de la justice environnementale devient de jour en jour plus cruciale, par exemple pour obtenir que, en Californie, on ferme les puits de pétrole qui sont au voisinage immédiat des maisons d’habitation. Il faudra aussi remporter le référendum au Colorado pour empêcher les puits de pétrole et de gaz de schiste.



Il n’y a pas qu’aux États-Unis qu’un gouvernement attaque l’environnement. On l’observe aussi dans de nombreux autres pays, comme le Brésil ou l’Inde. Comment l’expliquez-vous ?
L’industrie des fossiles se défend durement et ne lâche rien.



Partout dans le monde, les migrations s’amplifient, mais provoquent de violentes réactions dans les pays riches. Quelle serait la solution ?
Il est crucial de comprendre que les gens ont le droit de rester vivre chez eux, et nous devons défendre leur terre natale pour qu’ils n’aient pas à la quitter. Mais s’ils sont contraints de partir, parce qu’il devient impossible de vivre là où ils sont nés, nous devons les accueillir dans des lieux habitables. Voilà comment l’espèce humaine devrait se conduire.



Quels signes d’optimisme voyez-vous dans la situation présente ?
Le coût de l’énergie solaire diminue continûment, et la force du mouvement climatique continue de grandir.

  • Propos recueillis par courriels par Hervé Kempf

Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : « Face aux industries fossiles, nous avons le mouvement, les corps, l’action, les esprits »

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. chapô : manifestation en faveur du climat, en septembre 2011, en Californie. Flickr (350.org/CC BY-NC-SA 2.0)
. portrait : © Éric Coquelin/Reporterre

THEMATIQUE    Climat Luttes
21 mars 2019
L’État et les violences policières : « Une machine de guerre qui n’a ni remords, ni états d’âme, et où tous les coups sont permis »
Info
22 mars 2019
Face aux « réquisitions » de portraits de Macron, les autorités contre-attaquent
Info
22 mars 2019
EN BÉDÉ - Les Gilets jaunes au tribunal : des condamnations à la chaîne
Reportage


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Climat Luttes





Du même auteur       Entretien avec Bill McKibben