Budget de la Sécurité sociale : Cancer Colère dénonce un « braquage des malades »
Noz, victime d'un cancer du sang, a manifesté devant l'Assemblée nationale avec d'autres membres de Cancer Colère, le 12 novembre 2025. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
Noz, victime d'un cancer du sang, a manifesté devant l'Assemblée nationale avec d'autres membres de Cancer Colère, le 12 novembre 2025. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
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« Voter ce budget, c’est achever les malades » : le collectif Cancer Colère a dénoncé le 12 novembre, devant l’Assemblée nationale, la baisse du budget de la Sécurité sociale, qui accablera davantage les patients.
Paris, reportage
Accoudée au lampadaire poussiéreux, Fleur Breteau jette un ultime coup d’œil à l’horloge : « Ça y est », murmure-t-elle. Sa main s’agite dans les airs pour donner le signal aux différents cortèges, dissimulés de part et d’autre de la place du Palais Bourbon. D’un même élan, une vingtaine de militants du collectif Cancer Colère retirent aussitôt leur manteau, dévoilant chacun une blouse bleue de patients d’hôpital enfilée en amont. En un instant, tous convergent jusqu’au parvis de l’Assemblée nationale et déroulent une grande banderole : « Braquage de malades en cours. »
Le 12 novembre marque la date butoir fixée aux députés pour examiner le PLFSS. Derrière cet acronyme barbare se cache l’un des deux blocs composant le budget 2026 nécessaire au fonctionnement de l’État : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Son but ? Déterminer le montant et l’orientation des dépenses de l’Assurance maladie pour l’année à venir. Et les parlementaires ont jusqu’au 12 novembre à minuit pour procéder au vote solennel… avant que le texte ne file entre les mains des sénateurs, dès le lendemain.
Un véritable contre-la-montre aux répercussions palpables. Avec la cure d’austérité défendue par le bloc central, la droite et l’extrême droite, les personnes touchées par un cancer ou d’autres maladies chroniques pourraient voir leurs protections sociales s’affaiblir : « Il est hors de question que les Françaises et les Français, de plus en plus frappés par les pesticides et autres polluants, aient à payer pour soigner leurs pathologies, s’agace la porte-parole du collectif. Voter ce budget, c’est achever les malades. »
« Je ne sais pas combien de temps encore je vivrai »
Quatre minutes à peine après cette irruption, sept policiers débarquent en courant et interrompent la mobilisation éclair. « Restez tous ici, personne ne part », ordonne l’un d’eux en prévision d’un contrôle d’identité. Une activiste leur détaille les intentions du collectif, que l’homme s’efforce de réciter à son supérieur dans un talkie-walkie. À quelques pas de là, l’ancien président de la République, François Hollande, défile — escorté par deux agents — sans prêter attention à la scène.
Noz, 43 ans, a sauté dans un train Lyon-Paris à l’aube pour participer. « Les débats parlementaires se jouant derrière ces murs me mettent profondément en colère, dit-elle. Comment peut-on prétendre que la seule solution pour sauver le budget est de réduire les protections des malades pour nous faire payer davantage ? Pourquoi s’obstinent-ils à refuser de plus taxer les industries polluantes à l’origine des PFAS [des polluants éternels], de l’hexane et des pesticides qui nous empoisonnent ? »
Submergée par l’émotion, l’infirmière de profession laisse glisser ses pupilles vers le ciel pour refréner des larmes ne demandant qu’à sortir. En janvier, l’apparition d’un ganglion l’a alertée : « Je ne trouvais pas de médecin traitant, se souvient-elle. Les investigations ont duré plusieurs mois, jusqu’à ce que le diagnostic tombe cet été : cancer du sang. »
Le traitement l’empêchant de poursuivre son travail, elle perçoit aujourd’hui des indemnisations bien inférieures à son salaire originel. « On me promet que des aides arriveront un jour. Qu’est-ce que cela signifie ? Je ne sais pas combien de temps encore je vivrai. Je ne sais pas si je guérirai. Ce n’est pas demain que j’ai besoin d’aide, c’est aujourd’hui. »
Cancer du sein à 34 ans
Morgane, elle, était travailleuse sociale dans une petite boîte parisienne. En juillet 2024, elle a dû arrêter de travailler pour entamer un traitement chimiothérapique contre son cancer du sein. « Malheureusement, j’avais pris le contrat de prévoyance le plus bas, sourit-elle. Comment se douter qu’on aura un cancer à 34 ans ? » Une casquette violette vissée sur la tête, elle s’interroge : « Ces maladies plongent dans une précarité financière et l’État voudrait maintenant alourdir la note. Pourquoi n’avons-nous pas le droit au “Quoi qu’il en coûte” d’Emmanuel Macron ? »
Le silence édifiant du chef d’État face au vent de révolte, porté il y a quelques mois par des malades du cancer en réaction à la très décriée loi Duplomb, n’a visiblement pas suffi. Voilà que le président et ses ministres envisagent de limiter la progression des dépenses de l’Assurance maladie. L’article 49 du PLFSS, relatif à ce dossier, doit être examiné en priorité ce jour. Dans le détail, l’exécutif prévoyait une hausse de 1,6 % de cette enveloppe… bien en deçà de l’augmentation dite « naturelle » des dépenses de santé, évaluée à +4 %.
Pour la Fédération hospitalière de France, il s’agirait là de « la pire cure d’économies sur l’hôpital depuis les années 2010 » et celle-ci reviendrait « à demander aux établissements de soigner plus avec moins de moyens ».
De son côté, la Ligue contre le cancer craint que, si de telles mesures sont adoptées, les personnes atteintes de cancer renoncent de plus en plus à se faire soigner. Le plafonnement des dépenses d’indemnités journalières, aussi en discussion, pousserait en outre « les malades ne bénéficiant pas de maintien de salaire à se maintenir en emploi pour assurer leur équilibre budgétaire ». Et Fleur Breteau d’ajouter : « J’ai croisé des personnes en chimio obligées de nourrir leurs gosses aux Restos du cœur. »
Hold-up des laboratoires pharmaceutiques
Dans cette histoire de sous, les laboratoires pharmaceutiques semblent eux avoir tiré le bon numéro. Sur les plus de 27 milliards d’euros déboursés par l’Assurance maladie pour traiter les malades du cancer en 2023, plus de 6 milliards ont filé droit dans leurs poches. Un coût en augmentation de 20 % chaque année, assure le collectif Cancer Colère : « La Cour des comptes s’alarmait déjà de ces dépenses hors de tout contrôle de l’État dans son rapport de septembre 2024. »
« N’oublions pas que certaines multinationales de l’agrochimie fabriquent à la fois des pesticides et des médicaments anticancéreux, insiste Fleur Breteau. Ce conflit d’intérêt saute aux yeux, mais rien n’est fait. Au contraire, ceux qui nous empoisonnent en tirent même des bénéfices dans une funeste logique libérale qui veut que ceux qui n’ont rien paient pour ceux qui ont tout. »
Victime de deux cancers du sein, elle craint que le détricotage du système de santé ne se poursuive avec le budget 2026 : « Pendant que l’État, main dans la main avec la droite et l’extrême droite, se penche sur sa petite comptabilité, un tsunami de cancers chez les moins de 50 ans nous est annoncé. Où est le plan pour affronter cette bombe sanitaire imminente ? Quand nous attaquerons-nous aux causes structurelles de ces maladies chroniques, que sont les contaminations de l’eau potable, de notre alimentation, de l’air et de nos lieux de vie ? » Chassés des abords de l’Assemblée, les militants promettent une chose : rester en colère, jusqu’à obtenir justice.