« C’est inhumain ce qu’on vit » : le calvaire des personnes exilées en pleine canicule
Élodie a quitté la RDC pour trouver une vie meilleure. Elle vit aujourd’hui dans un campement à Rennes, ici lors de la canicule le 1er juillet 2025. - © Quentin Bonadé-Vernault / Reporterre
Élodie a quitté la RDC pour trouver une vie meilleure. Elle vit aujourd’hui dans un campement à Rennes, ici lors de la canicule le 1er juillet 2025. - © Quentin Bonadé-Vernault / Reporterre
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Tentes qui ressemblent à de « vrais fours », manque d’eau... Assommées par les fortes chaleurs, les personnes exilées qui dorment dans des campements de fortune vivent un « calvaire total ».
Rennes (Ille-et-Vilaine), reportage
Dans le parc de Maurepas, à Rennes, des centaines de toiles de tente cuisent sous un soleil de plomb. Depuis avril, un campement de 200 personnes exilées s’est établi dans ce parc public, faute de solution pour les loger. Cet après-midi, le mercure indique plus de 30 °C. Assommé par la chaleur, le campement est bien silencieux, malgré les quelques cris d’enfants qui jouent.
« C’est inhumain ce qu’on vit ici ! » s’indigne Trésor, un Congolais de 40 ans, désigné porte-parole du camp au sein du Collectif des immigrés abandonnés et des mineurs isolés de Rennes (Ciamir). Son visage luit de transpiration. Pour lui, le pire, c’est la nuit : « Les tentes chauffent pendant la journée, alors on reste dehors jusque très tard, parfois 1 heure du matin, pour que la chaleur s’évacue. Et après, il faut se lever très tôt pour profiter de la fraîcheur. On est épuisés… »
Assis sur un tabouret à l’ombre d’un arbre, il s’essuie le front d’un revers de la main, révélant la longue cicatrice qui barre son avant-bras. Un souvenir de la torture subie dans les geôles de République démocratique du Congo (RDC). Trésor était leader syndical d’un mouvement défendant les commerçants locaux face à la concurrence chinoise. Ses positions politiques lui ont valu l’exil. Mais depuis son arrivée en France, il y a trois ans, il n’avait jamais vécu de vague de chaleur dans ces conditions : « C’est le calvaire total, il n’y a pas d’autre mot. »
« On a vu plusieurs enfants saigner du nez »
Mineurs isolés, familles nombreuses, femmes enceintes, enfants, hommes en situation de handicap… Le camp regorge de personnes vulnérables qui subissent de plein fouet la canicule. « On a vu plusieurs enfants saigner du nez et des oreilles à cause de la chaleur. Ils n’ont pas de crème solaire, ni de casquette et de lunettes pour se protéger. C’est dur pour eux », rapporte Élodie, 51 ans.
Originaire de RDC, cette femme a fui son pays en raison d’accusations de sorcellerie : « On me prenait pour une sorcière et ma vie était en danger », raconte-t-elle. Ici, au camp, elle se sent impuissante : « Le plus dur, c’est l’accès à l’eau. On n’a pas de douche, on doit se laver dans les lavabos des toilettes publiques. C’est sale, il y a tout le temps la queue. »
Les habitants du camp n’ont qu’un seul robinet à poussoir à proximité des tentes. À force d’être utilisé pour faire la vaisselle, il s’est bouché et l’eau stagnante dégage une odeur de vase. Il faut donc faire près de 300 mètres pour accéder à d’autres points d’eau, au niveau des toilettes du parc. Deux fois par semaine, un camion-douche leur donne la possibilité de se laver avec de l’eau chaude. « C’est intenable pour les femmes et les enfants », dit Élodie.
Quand il ne fait pas trop chaud, les habitants du camp ont froid et attrapent rhumes et angines à répétition. « Je suis restée un mois malade ! Maintenant, je refuse de rester en plein soleil toute la journée, explique Élodie. On nous dit d’appeler le 115 pour avoir un hébergement d’urgence, mais, à chaque fois, on reste une heure au téléphone pour qu’on nous dise “Désolé, rappelez demain”. C’est énervant, alors on arrête d’appeler. »
Un logement digne
Dans son malheur, la Congolaise tient malgré tout à garder sa robe en wax colorée. « Je suis venue en France parce qu’on m’avait dit que c’était le pays des droits de l’Homme. Je constate que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Heureusement que je ne vis pas ça avec mes enfants. Je ne pourrais pas. »
D’autres n’ont pas cette chance. Au milieu du labyrinthe de tentes, deux enfants s’amusent avec un bout de ficelle et un reste de sucette. Leur mère les rappelle doucement à l’ordre depuis la tente : « Allez, on va aller jouer à l’ombre, il fait beaucoup trop chaud ici ! » Leslie, 31 ans, vit au camp depuis trois mois avec ses trois enfants de 7 ans, 3 ans et 14 mois, et sa mère de 55 ans. « C’est dur avec les petits. On vit avec un brumisateur et une bouteille d’eau en permanence dans les mains. »
Face à cette situation, la ville de Rennes apporte son aide, en distribuant de l’eau et en installant des bornes électriques pour charger les téléphones portables. Plusieurs associations, comme Utopia 56, tentent aussi de soutenir les habitants par ce temps caniculaire, mais leurs moyens sont limités. « On n’a aucune aide de l’État, aucune subvention pour acheter du matériel, on ne fonctionne qu’avec les dons », explique Fabien Touchard, coordinateur du camp pour Utopia 56.
« Ce dont on a besoin, c’est d’un logement digne. On n’en peut plus d’être à quatre pattes comme des chiens, pour entrer et sortir de ces tentes qui sont de vrais fours », dit Trésor. À l’entrée du camp, un affichage rappelle qu’en 2025 la France compte environ 2,4 millions de logements vacants : une solution qui apparaît comme une évidence pour reloger ces familles.
Sollicitée en ce sens par les associations, la préfecture d’Ille-et-Vilaine fait la sourde oreille : « Personne de la préfecture n’a jamais mis les pieds ici. Ils n’ont même pas répondu au mail envoyé par les mineurs non accompagnés », assure Fabien Touchard. « On se sent complètement abandonnés », résume Trésor.
Contactée, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a répondu à Reporterre après la publication de cet article. En cas d’intenses chaleurs, explique-t-elle, « les maraudes sociales sont intensifiées, les accueils de personnes sans-abri voient leur amplitude d’ouverture élargie et des admissions dans le dispositif d’hébergement d’urgence sont décidées dans les situations de grande vulnérabilité ».