COP Climat à Varsovie : des jeunes relancent en train le mouvement citoyen pour le climat

Durée de lecture : 4 minutes

11 novembre 2013 / Grégoire Comhaire (Reporterre)

Rien à attendre de la conférence sur le climat à Varsovie qui démarre le 11 novembre ? Si ! Koen et Nathalie ont fait le pari fou d’affréter un train pour plusieurs centaines de jeunes vers Varsovie. Ils vont envoyer un signal fort aux politiques et aux négociateurs de la Conférence. Le pari est en passe d’être gagné, il tord le cou au pessisme ambiant, et pourrait ouvrir la voie à une mobilisation de grande ampleur en vue de la conférence de Paris dans deux ans.


- Correspondance, Bruxelles

Agés de 29 et 25 ans, Koen et Nathalie sont deux étudiants belges membres de l’organisation Climat et justice sociale. En 2009, lors de la conférence de Copenhague sur le climat, un train spécial avait déjà quitté Bruxelles pour la capitale danoise avec à son bord un bon millier de militants de tous horizons. Objectif : rallier la capitale danoise, et prendre part à l’immense mouvement citoyen qui plaçait tous ses espoirs dans cette conférence.

Tous ont déchanté depuis lors. “Beaucoup de gens ont voulu nous décourager d’organiser ce train” explique Nathalie. “Les plus âgés étaient persuadés que le climat n’était plus un thème mobilisateur. Et le fait que la conférence soit organisée en Pologne ne nous a pas facilité les choses. Quand nous avons lancé l’idée d’organiser un nouveau train cette année, personne en Belgique ne nous a soutenu.”

Mais les deux militants s’accrochent à leur idée. Ils contactent la SNCB, la société des chemins de fers belge, et mobilisent une dizaine d’organisations des deux côtés de la frontière linguistique. Les inscriptions affluent. En moins de deux mois quelques 650 personnes complètent le formulaire d’inscription en ligne. A lui tout seul, le COMAC – les jeunes communistes belges – a ramené près de 90 personnes, soit un wagon entier ! “Certes, nous serons bien moins que dans le train pour Copenhague” explique Koen. “Mais nous serons cette fois en grande majorité des jeunes. Et ça c’est très fort sur le plan du symbole !”.

Alors que personne n’attend vraiment grand chose de la conférence de Varsovie, qui aura lieu du 11 au 22 novembre, les jeunes générations seraient-elles les dernières à croire qu’un autre monde est possible ?

Anton, 26 ans, ne pense pas qu’il s’agisse d’idéalisme ou de naïveté. Etudiant en bio-ingénierie, il a déjà participé au premier train pour Copenhague il y a quatre ans. Pour lui, l’environnement et le réchauffement climatique sont des préoccupations essentielles pour l’avenir. Et si l’enthousiasme de Copenhague est un peu retombé, il n’y a aucune raison de sombrer dans le fatalisme.

“Quand on est parti à Copenhague, on pensait vraiment que la conférence allaient aboutir sur des décisions fortes pour la Terre et le Climat. Cette fois, on part sans aucune illusion. En fait, cette conférence de Varsovie n’est pas très importante pour nous. Le but du voyage c’est surtout de se rencontrer, de confronter les idées. Notre but à plus long terme est de parvenir à créer et fédérer un véritable mouvement citoyen autour de la thématique du climat.”

La discussion : comment concilier le social et l’écologie ?

Le programme est toujours en cours d’élaboration. Mais durant les 24h de voyage qui séparent Bruxelles de Varsovie, plusieurs rencontres et débats seront organisés dans le train. Thème principal : comment concilier le social et l’écologie ? La clé, selon Koen, pour parvenir à mobiliser les gens en cette période de crise économique.

“La Pologne est un pays très intéressant à ce sujet. Son économie repose sur le charbon. Du coup les syndicats sont contre l’écologie. L’enjeu est de convaincre les gens qu’il y a moyen de lutter contre le réchauffement climatique en développant des secteurs qui sont très job-demanding.”

“Dans le train, il y aura des militants de plusieurs organisations dont les priorités sont parfois un peu différentes” poursuit Anton. “Ce voyage vers Varsovie est une opportunité formidable pour nous rencontrer et confronter nos idées”. Sur place, les passager participeront à une grande manifestation aux côtés d’autres organisations environnementales. Ils passeront la nuit dans différentes écoles de Varsovie et repartiront le lendemain – dimanche 17 – vers la Belgique.

Nul doute que la participation à un tel voyage risque de tisser des liens. Encore faut-il que ces liens perdurent, et c’est là tout l’enjeu pour l’avenir. “Si nous parvenons à créer ce grand mouvement de jeunes autour du climart, nous enverrons un signal fort au monde politique” estime Nathalie. “Il y a des élections en Belgique en mai 2014. Les politiques verront que l’écologie et le climat sont des thématiques prioritaires pour les jeunes générations.”

Mais l’objectif final est proche à la fois temporellement et géographiquement. C’est la conférence de Paris (COP21) qui aura lieu en décembre 2015. “On sait que cette conférence sera décisive” poursuit Koen. “C’est là qu’il faudra arriver nombreux, unis et organisés. Mais nous sommes confiants. Si on parvient à amener 650 personnes à Varsovie, on sera sans doute bien plus nombreux à Paris qui n’est qu’à 300 kilomètres d’ici !”

En attendant Paris, le départ pour Varsovie est prévu pour le 15 novembre prochain à la Gare du Midi à Bruxelles. Le coût du voyage s’élève à 100 euros par personne et il reste encore des places.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Grégoire Comhaire pour Reporterre

Première mise en ligne sur Reporterre le 6 novembre 2013.

Photo :
. Train pour la justice climatique
. terraeco

Lire aussi : La France organisera la conférence sur le climat à l’aéroport du Bourget.

Sans oublier le Dossier pour tout savoir sur le climat.


Pour une information libre sur l’écologie, soutenez Reporterre :

THEMATIQUE    Climat
14 novembre 2019
Le mystère de la mort d’abeilles près d’un champ expérimental de Bayer-Monsanto
30 octobre 2019
Greenpeace cible Total à La Mède contre l’importation d’huile de palme
14 novembre 2019
Une épicerie gratuite pour les étudiants qui ne mangent pas à leur faim


Sur les mêmes thèmes       Climat





Du même auteur       Grégoire Comhaire (Reporterre)