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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Enquête — Politique

Chasseurs et Verts face à face dans les corridors écologiques

A Lille, ça chauffe entre EELV et la Fédération régionale des chasseurs, autour d’un document censé aider les collectivités à gérer l’aménagement au regard de la biodiversité. Enjeu : comment concilier ce qu’il reste de biodiversité et l’impact des activités humaines dans une région comme le Nord-Pas-de-Calais ?


-  Prisches (Nord), correspondance

En ce début d’été, ça chauffe à Lille, entre EELV (Europe Ecologie les Verts), membre de la majorité de gauche au Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais et la Fédération régionale des chasseurs (qui revendique 4 600 sociétés et 65.000 pratiquants).

Ce 3 juillet, entre mille et deux mille chasseurs sont appelés à partager un « casse-croûte campagnard » pendant la réunion des élus régionaux. Au même moment, des associations à sensibilité environnementale vont faire entendre leurs voix…

Si la confrontation n’est pas nouvelle, elle revêt, ici, un caractère inédit par son ampleur et démontre la difficulté qu’ont les politiques publiques à concilier la protection de l’environnement et à obtenir un consensus. Au cœur des débats : le Schéma régional de cohérence écologique, Trame Verte et Bleue, un document de 400 pages élaboré ces trois dernières années.

- Rassemblement devant le Conseil régional de Lille de la Coordination Rurale qui organise en partenariat avec la Fédération des Chasseurs la mobilisation du 3 juillet. -

Objet du litige : la trame verte et bleue

Le 5 juin, ce schéma figurait à l’ordre du jour des élus régionaux. Quelques jours avant la séance, les groupes politiques avaient cependant eu connaissance d’une trentaine de propositions d’amendements émanant de la Fédération régionale des chasseurs. Cette dernière a ainsi obtenu ce qu’elle voulait : un report d’un mois…

Le concept de trame verte et bleue - on parle aussi de « corridors écologiques » - désigne les espaces verts et naturels, urbains ou non, qui, connectés entre eux, permettent la circulation des espèces et participent à la biodiversité.

Enjeu des politiques publiques : comment protéger cette biodiversité des activités humaines, les développer, enrayer la « fragmentation » et traduire tout cela dans les documents d’urbanisme ? Un tel sujet ne pouvait que croiser le chemin des chasseurs.

Désaccord complet côté chasseurs

Dans un communiqué du 13 juin, le président de la FRC, Willy Schraen, appelait les « acteurs du monde rural » à la bataille. On pouvait y lire : « Nous sommes confrontés à un projet de texte qui prépare une véritable main mise à venir sur nos territoires avec, notamment, une extension générale des espaces ultra-protégés… qui s’accompagne d’une totale ignorance de nos revendications comme de celles de tous les gens qui œuvrent au sein de nos campagnes.

Je pense aux agriculteurs, propriétaires ruraux, forestiers, pêcheurs, à tous les usagers de la nature (clubs VTT, randonneurs, clubs équestres...) et aux maires de nos communes qui seront pieds et poings liés à ce dictat lorsqu’il faudra travailler au développement économique et social de leur commune ».

Pour lui, ce schéma traduit au mieux un manque d’écoute et, au pire, une croisade contre la chasse additionnant les interdictions. En aparté, un représentant de la fédération confiait même : « S’il faut faire du lobbying à Bruxelles comme la FNSEA, on le fera et s’il faut constituer une liste politique régionale pour se faire entendre et créer un rapport de forces, on le fera aussi ».

Un outil d’aide à la décision pour les acteurs publics

Porteur du texte incriminé, Emmanuel Cau (EELV), vice-président au Conseil Régional à l’aménagement du territoire et à l’environnement, dénonçait l’attitude de la FRC juste après le report : « Cela fait trois ans que tout le monde est associé à l’élaboration d’un Schéma, dont les bases scientifiques ont été réactualisées. Les remarques des chasseurs ont été incorporées. Ce n’est pas un texte anti-chasse et il y a eu enquête publique… ».

- Emmanuel Cau -

L’élu EELV estime que la concertation a été menée de façon exemplaire, démocratique, et ne voit là qu’un « coup politique », sans aucun fondement scientifique, organisé par des gens qui « veulent se faire du vert » et « montrer leurs muscles » en prévision des élections régionales.

Ce schéma, explique-t-il à l’approche du débat du 3 juillet, est un « diagnostic d’aide à la décision » destiné aux acteurs publics lorsqu’ils ont à élaborer leurs documents d’urbanisme ou des projets susceptibles de malmener la biodiversité. Il insiste sur le fait qu’il ne comporte « aucune obligation pour les acteurs privés » (dont les chasseurs).

La chasse y serait-elle maltraitée ? « On parle de la chasse au même titre que les autres activités humaines susceptibles d’impacter la biodiversité ». Pas plus, pas moins, et toujours de façon précise et scientifique, assure-t-il.

A l’approche du débat et du vote (sauf incident), le groupe des élus écologistes ne cachait pas son inquiétude sur les éventuels « reculs » dont pourrait souffrir le texte. Il affirme que le Nord-Pas-de-Calais, « dernière région française avec seulement 13 % de milieux naturels », ne peut pas se passer d’un « schéma essentiel pour préserver et restaurer la biodiversité ». EELV précise que la région souffre d’un déficit en la matière, lié, bien sûr, à son histoire industrielle et agricole…

Trop complexe !

En toile de fond de cette querelle, difficile de ne pas voir la complexité croissante des textes, animés de bonnes intentions, mais qui finissent par devenir inaccessibles au commun des mortels. Autres risques : que le labyrinthe institutionnel détourne l’intérêt de l’opinion et inspire des réactions à ceux qui se sentent visés ou menacés.

Spécialistes, scientifiques et juristes, n’ont-ils pas confisqué le fond du débat, ne laissant au terrain politique que les manifestations et batailles de communiqués ?
Sur ce point, Emmanuel Cau a son analyse :

« Le schéma, dont on parle depuis dix ans dans notre région, s’adresse aux acteurs publics. A eux de se l’approprier et de ne pas en faire un parent pauvre. La biodiversité a son langage, c’est vrai, tout comme le débat sur le climat ou l’énergie. On est, à la fois, dans le simple et le complexe, mais, je trouve que ce sujet s’aborde plus facilement, et de façon plus objective, que celui de l’économie par exemple. A l’approche du débat, je peux vous dire qu’ici au Conseil régional, nous avons reçu beaucoup de déclarations de soutien, d’habitants et d’associations, qui ont très bien compris de quoi on leur parlait. »

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