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ReportageGuide pratique

Comment fabriquer votre marmite norvégienne

Pas besoin d’être grand bricoleur pour se lancer, ont appris les participants à cet atelier de fabrication collective de marmites norvégiennes.

La marmite norvégienne permet de cuire des aliments en faisant des économies d’énergie. Reporterre a suivi un atelier et vous détaille toutes les étapes pour fabriquer la vôtre.

Morsang-sur-Orge (Essonne), reportage

Mission de l’après-midi : fabriquer une marmite norvégienne. Pour accueillir la petite dizaine de participantes et participants, l’équipe de la Maison de l’environnement de Morsang-sur-Orge a sorti les jus de fruits. L’atelier de ce 25 novembre se déroule dans les locaux très lumineux de l’Orangerie du château de la ville, espace restauré et investi depuis 2021 par ce service municipal.

« La marmite norvégienne n’a rien de norvégien, explique d’emblée Patrick Guillot, l’animateur. Il s’agit juste de permettre la conservation la plus longue possible de la chaleur. » Jardinier de la ville, l’homme à la longue barbe grisonnante est surtout un bricoleur invétéré, devenu indispensable au sein de la Maison de l’environnement. Toujours prêt à lancer des expérimentations, il cherchait depuis quelque temps un moyen de faire des économies d’énergie. De là est née l’idée d’un atelier de fabrication de marmite norvégienne (MN pour les initiés).

Lire aussi : La marmite norvégienne, la cuisson écolo qui ringardise le Thermomix

Des économies d’énergie « réelles » et un gain de temps

« Comment cuisez-vous les œufs durs ? interroge-t-il. On les plonge généralement dans l’eau bouillante sur le feu pendant dix minutes. Eh bien, moi, je les mets dans l’eau froide et je compte une minute dès que l’eau bout. Puis j’éteins, je mets le couvercle et j’attends huit minutes, et ça suffit. Je vous engage à essayer. » Cet exemple illustre le fonctionnement de base de la fameuse marmite : cuire uniquement avec la chaleur de l’ébullition, sans apporter d’énergie supplémentaire.

Outre des économies d’énergie « réelles », Patrick souligne une moindre surveillance. « La chaleur ne fait que baisser, il n’y aucun risque que le plat brûle ! » Cette technique fait, selon lui, aussi gagner du temps… à condition de s’organiser différemment. « Il faut prévoir de préparer le plat plus longtemps à l’avance ; le matin pour le midi, ou le midi ou l’après-midi pour le soir. »

Le principe est simple : «  permettre la conservation la plus longue possible de la chaleur  », résume Patrick Guillot, l’animateur. © Mathieu Génon / Reporterre

« N’importe quel contenant peut faire office de marmite norvégienne dès lors qu’il est isolé, dit l’animateur pour rassurer celles et ceux que le bricolage effraie. Partout dans le monde, depuis toujours, cette méthode a été utilisée. Par exemple, dans les pays tropicaux, certains plats sont enterrés dans le sable. »

Couvertures, polystyrène, liège, laine…

Pour les matières premières, chacun fait avec ce qu’il a sous la main : planches en bois, cartons, tissus, sac isotherme, couvertures, couverture de survie, polystyrène, liège, laine… L’usage de matériaux de récup’ est recommandé. Côté outillage, un couteau ou un cutter, quelques vis, une perceuse (ou un tournevis) suffisent. Ou du matériel de couture pour les adeptes de la marmite en tissu. C’est ce que compte faire Évelyne, retraitée, plus à l’aise avec l’aiguille que le tournevis. « J’ai une machine à coudre. Je vais pouvoir utiliser de vieux tissus et du kapok [une fibre végétale fine et soyeuse issue de certains arbres tropicaux, très utilisée pour le rembourrage des coussins] pour faire des coussins pour isoler la chaleur. » Nelly, elle, se voit bien opter pour une solution encore plus simple : un gros carton de livraison qu’elle remplira de matières isolantes. Pas besoin d’être grand bricoleur ou bricoleuse pour se lancer. C’est le principe qui est important !

Peu de matériaux sont nécessaires : du bois pour la boîte, du polystyrène, du tissu, une couverture de laine et une couverture de survie pour l’isolation. © Mathieu Génon / Reporterre

Sur la table de l’Orangerie, tous les éléments indispensables à la fabrication du caisson isolant sont réunis. Patrick a pris un peu d’avance : il a déjà découpé et assemblé une partie des planches en bois contreplaqué qui serviront de boîte extérieure. Chacun met ensuite la main à la pâte pour terminer et isoler correctement le caisson grâce au découpage de morceaux de polystyrène. Tissu, couverture de laine et couverture de survie complètent l’équipement.

« Je ne connaissais pas le nom de marmite norvégienne, conclut Paulo, après cette phase de bricolage. Mais je m’aperçois que c’est la technique que j’utilise sans le savoir depuis cinq ans pour mes coulis de tomates ! J’ai fabriqué une boîte avec du polystyrène, dans laquelle je laisse mes bocaux une fois qu’ils ont été stérilisés à 90 °C. » Patrick espère, quant à lui, avoir convaincu d’autres convives de se lancer dans la confection d’une MN. « Je ne ferai pas quelque chose de sophistiqué, assure Monique. Mais je ferai un test avec une petite boîte pour commencer. »

FABRIQUEZ VOTRE MARMITE NORVÉGIENNE EN 4 ÉTAPES

  • 1- Fabriquez un contenant extérieur, ici un caisson avec des plaques en contreplaqué assemblées avec des vis. Ce peut aussi être un gros sac en tissu épais ou même un grand carton.

Astuce : choisissez la taille du caisson en fonction de celle de la cocotte, casserole ou marmite avec laquelle vous avez l’habitude de cuisiner. Le caisson, une fois isolé, devra être ajusté au plus près du récipient. Moins il y aura d’espace vide entre la marmite et les couches d’isolation du caisson, moins il y aura de déperdition d’énergie.

  • 2- Recouvrez l’ensemble des parois du caisson avec une ou plusieurs couches de matières isolantes. Ici, on a choisi des plaques de polystyrène et une couverture. Ce peut aussi être des chutes de tissus, une couette, une vieille doudoune. Ou même de la sciure, mais dans ce cas, il faudra prévoir une double cloison pour maintenir la sciure en place.
Polystyrène, couverture en laine et couverture de survie isolent bien le caisson. © Mathieu Génon / Reporterre

Précautions :
-  La laine de verre est déconseillée en raison des microparticules qui pourraient s’échapper.
-  Si vous optez pour une matière contenant du plastique (plaque de polystyrène ou doudoune en polyester, par exemple), veillez à ce que celle-ci ne soit pas en contact direct avec la casserole brûlante. Ajouter un tissu épais entre les deux.

  • 3- Améliorez la performance du caisson grâce à une couverture de survie (disponible en supermarché ou magasin de sport pour quelques euros). La face réfléchissante dorée ou mate doit être positionnée à l’extérieur afin d’emprisonner la chaleur à l’intérieur.

Astuce : On peut utiliser, à la place de la couverture de survie, un pare-soleil ou des sachets type paquets de chips ou des "bibs" de vin dont la face intérieure est réfléchissante. Il est possible de les agrafer directement sur la paroi interne du caisson.

  • 4- Quelques agencements sont encore possibles, comme l’ajout de poignées pour rendre la caisse plus maniable. Il ne reste ensuite qu’à placer à l’intérieur votre cocotte portée à ébullition (le temps d’ébullition initiale varie de 2 à 30 minutes, selon le plat préparé) et refermer soigneusement les différentes couches, sans oublier le couvercle du caisson qui doit lui aussi être bien isolant. Le temps de séjour dans la caisse dépendra là aussi du plat : « On laisse en MN à peu près le double du temps nécessaire à la cuisson classique sur le feu, un peu moins pour une cuisson al dente », explique Mireille Saimpaul, la spécialiste de la MN, dans son dernier ouvrage Cuisiner avec une marmite norvégienne, éditions Terre vivante.

La température des aliments ne doit pas descendre sous 63 °C. Sous ce seuil, il existe un risque de développement de bactéries. Pour vous assurer que la température à l’intérieur du caisson ne descend pas trop vite et qu’elle est suffisante, vous pouvez utiliser un thermomètre à sonde. Si vous n’avez pas de thermomètre, c’est la température du plat qui doit vous renseigner : il doit être très chaud quand vous le sortez de la marmite norvégienne. En cas de doute ou s’il est resté plus de 3 ou 4 heures dans la marmite, remettez-le à ébullition.

Plus d’infos sur cette méthode de cuisson dans notre article : La marmite norvégienne, la cuisson écolo qui ringardise le Thermomix.


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