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JO 2024

Contre Extinction Rebellion, la répression est olympique

À Paris, samedi 27 juillet vers 9 heures du matin.

Les militants d’Extinction Rebellion viennent de passer une semaine à tenter des actions contre les JO. Ils ont subi de nombreuses gardes à vue. Une politique répressive qui démontre la grande difficulté de contester les Jeux.

Il ne faudrait pas gâcher la fête, laisser le moindre interstice où pourrait éclore la contestation. À cause des Jeux olympiques, Paris est cadenassée, surveillée par des dizaines de milliers de policiers sur terre comme dans les airs. Un verrouillage qui empêche toute tentative de protestation des militantes et militants écologistes.

L’un des symboles les plus absurdes de cette politique répressive est l’arrestation de membres d’Extinction Rebellion mardi 23 juillet pour avoir collé dans le métro des stickers portant le message : « Les JO c’est pas jojo ». Un anathème contre cette grand-messe du sport qui a valu aux huit militants une garde à vue de onze heures.

De nombreux militants d’Extinction Rebellion ont passé des nuits en garde à vue lors de la semaine de démarrage des Jeux olympiques de Paris, notamment dans cet hôtel de police. © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre

« Nous étions dans une cellule où l’air était irrespirable, ça puait et c’était très sale. Le bouton pour appeler les policiers ne fonctionnait pas. Il fallait hurler pour qu’ils viennent nous emmener aux toilettes ou nous apporter de l’eau », raconte Lila [*], l’une des participantes qui a collé des stickers.

« Les policiers rigolaient et disaient que c’était ridicule et qu’on n’avait rien à faire là. Certains se sont même échangé nos stickers comme des cartes Pokémon », poursuit la jeune fille. Elle a même entendu dire que leur garde à vue était « labellisée Jeux olympiques ».

Avec ses camarades, ils ont été privés de liberté pendant onze heures. Ils sont convoqués au tribunal le 23 août prochain pour avoir refusé de donner leurs empreintes et leur ADN, puis le 10 octobre pour dégradations et rassemblement en vue de commettre un délit.

« Ils peuvent restreindre la liberté des gens sans base légale, et il n’y aucune conséquence »

Le lendemain, mercredi 24 juillet, six membres de XR ont également été placés en garde à vue à cause d’une action réalisée le 1ᵉʳ mai dernier. Ils avaient badigeonné de peinture à l’eau la façade du siège de la Direction générale de l’aviation civile afin de protester contre l’autorisation d’utiliser des taxis volants durant les Jeux.

Six personnes ont été interpellées et ont passé 48 heures en garde à vue. « À 6 heures du matin, des gendarmes ont frappé à ma porte. Ils ont fouillé mon appartement pièce par pièce, minutieusement. Ils ont notamment pris en photo sous toutes les coutures une mini manif en Playmobil qui nous a été offerte par une personne de la famille », raconte Elicha [*], l’une des militantes de l’action contre la DGAC.

« On a la sensation qu’ils prennent n’importe quelle excuse pour nous réprimer, limiter notre capacité à communiquer entre nous. Ces dégradations avec de la peinture à l’eau ne justifient pas une garde à vue. Mais ils peuvent rouler sur le droit, restreindre la liberté des gens sans base légale, et il n’y a aucune conséquence », poursuit Elicha. Elle assure qu’un des gendarmes a dit qu’ils avaient des ordres pour « marquer un coup et faire peur avant les JO ».

La présence policière est devenue systématique dès le moindre regroupement de personnes sur la voie publique. © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre

Deux jours plus tard, troisième coup de filet contre XR : neuf personnes sont interpellées dans le bois de Vincennes le vendredi 26 juillet, alors qu’elles s’entraînaient à grimper dans des arbres. Un acte suffisant pour les soupçonner de planifier une action.

« Nous avons été arrêtés vers 14 heures. On nous a tous mis dans un camion pour nous emmener au poste et nous placer en garde à vue au motif d’un “regroupement en vue de commettre des violences et des dégradations” », raconte Coccinelle [*], l’un des activistes grimpeur. « Nous avons passé au total 22 heures en garde à vue, juste pour avoir escaladé des arbres. On nous a dit qu’on nous soupçonnait de vouloir interrompre la cérémonie d’ouverture des JO en s’accrochant à un pont. Alors qu’on s’entraînait pour installer des banderoles sur le pont des Arts en vue de l’action du lendemain », poursuit Coccinelle.

« Notre démocratie est aujourd’hui cadenassée et les JO sont représentatifs de cela »

L’action en question devait avoir lieu samedi 27 juillet au petit matin sur le pont des Arts, en plein cœur de Paris. Les militants voulaient y déployer une banderole appelant à la création d’une assemblée citoyenne qui travaillerait à une réforme de la constitution. Une action empêchée par la présence policière. « On voulait faire quelque chose de juridiquement pas trop engageant car on savait que l’ambiance serait tendue. On voulait montrer que notre démocratie est aujourd’hui cadenassée et que les JO sont représentatifs de cela », explique Rémy, l’un des activistes qui souhaitait participer à l’action.

Si la banderole n’a pas pu être déployée, les militants ont pu échanger avec une dizaine journalistes présents, qui ont eux aussi subi des contrôles d’identité dans une nasse pendant une trentaine de minutes. « On ne peut pas se permettre que la France ne soit pas crédible aux yeux du monde entier », disait un des policiers durant ce contrôle de la presse. Au total, 44 militants de XR ont été placés en garde à vue. Le motif : participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations.

Pour l’avocat d’Extinction Rebellion, Me Alexis Baudelin, «  il s’agit d’arrestations arbitraires purement préventives  ». © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre

« Il s’agit d’arrestations arbitraires purement préventives, a déclaré Me Alexis Baudelin, l’avocat de XR. En ce moment, il y a une volonté particulière du parquet de prévenir toute infraction pendant les jeux. À la moindre action, même symbolique, les personnes sont privées de liberté et les procédures qu’elles subissent sont disproportionnées, explique-t-il. L’État français a volonté de montrer qu’il maîtrise tout pour avoir une belle vitrine durant les jeux. Face à une contestation forte sociale, le seul moyen pour le gouvernement ne pas la laisser transparaître, c’est de réprimer de façon préventive. »

Pour Elicha, cette succession de gardes à vue est une atteinte à la liberté de manifester, droit fondamental dans une démocratie : « J’ai l’impression de vivre dans le film Minority Report. Il ne faut qu’aucune voix dissidente puisse s’exprimer pendant les JO pour montrer une image lisse et contrôlée à l’international. Alors que dans une démocratie saine, on devrait pouvoir exprimer notre opposition. »

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