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JO 2024

LVMH, Decathlon : ces sponsors des JO qui maltraitent les animaux

Des militants peints aux couleurs des pays présents aux JO de Paris, réunis par l'ONG Peta, protestant contre l'utilisation des animaux dans la mode, place de la République à Paris, le 22 juillet 2024.

Reptiles écorchés vivants, poissons transpercés pour la pêche au vif… Certains partenaires des JO de Paris sont accusés par des associations de cruauté animale. Des actes bien éloignés des valeurs olympiques.

Le spot publicitaire passe en boucle sur les chaînes de France Télévisions. Plusieurs athlètes français — le nageur multimédaillé Léon Marchand, la gymnaste Mélanie de Jesus dos Santos ou encore la joueuse de tennis Pauline Déroulède — s’échauffent sur les toits de Paris, en pleine nuit, face à la tour Eiffel illuminée. La vidéo d’une minute s’achève sur un slogan, « À nous deux, Paris ! », et le logo du groupe de luxe français LVMH, partenaire officiel des Jeux olympiques et paralympiques 2024. Un sponsor inadmissible, selon Peta France.

« Aux dernières nouvelles, les Jeux olympiques sont censés représenter l’amitié, le respect et l’excellence ; et non la maltraitance, la torture et l’exploitation », a dénoncé l’association animaliste dans un communiqué du 24 juillet. Peta France reproche à la maison de haute couture — propriétaire des marques Louis Vuitton et Dior, entre autres — de continuer à vendre des accessoires fabriqués à partir de la peau d’animaux violemment abattus.

Il y a trois ans, la branche Peta Asie avait publié une enquête vidéo, dévoilant des images qui auraient été tournées dans deux abattoirs indonésiens approvisionnant LVMH. On y voyait des pythons frappés avec des marteaux, suspendus par leurs mâchoires puis gonflés d’eau, avant d’être écorchés de la tête à la queue. Les reptiles bougeaient parfois encore lors de ce funeste processus.



Dès 2016, Peta Asie avait également révélé que des élevages vietnamiens, qui fourniraient là encore des marques du groupe LVMH, électrocutaient des crocodiles avant de les abattre en suivant une méthode particulière : les employés égorgeaient les reptiles à la lame, et enfonçaient une tige métallique dans leur colonne vertébrale, alors qu’ils continuaient de remuer. Un éleveur reconnaissait, en caméra cachée, qu’il lui arrivait même de les dépecer vivants.

« On a tellement d’enquêtes différentes qu’on constate que ce sont des pratiques inhérentes à la profession. Ce ne sont pas quelques fournisseurs isolés, c’est partout pareil », affirme Anissa Putois, responsable communication pour Peta France.

Tuer des crocos pour des chaussures

Malgré ces révélations égrenées au fil des années, LVMH n’a jamais cessé de fabriquer et commercialiser des sacs à main, des portefeuilles ou encore des chaussures en peaux exotiques. Peta France a donc décidé de profiter des Jeux olympiques et paralympiques pour mettre la pression au groupe de luxe.

L’association a publié le 6 août une vidéo parodique sur YouTube (interdite aux mineurs), reprenant l’air de la chanson « Sacré Charlemagne » de France Gall. « Qui a eu cette idée folle, tuer des crocos pour des grolles ? C’est ce coquin de Bernard [Arnault, propriétaire de LVMH] », y entend-on. « Bernard Arnault et son groupe LVMH prétendent s’intéresser au climat via de pathétiques demi-mesures, mais ils ont beaucoup à apprendre sur la manière dont les peaux animales qu’ils se bornent à utiliser polluent la planète », a écrit Mimi Bekhechi, vice-présidente de Peta en Europe, dans un communiqué.

Les sacs avec de la peau d’animaux, dénoncés dans la vidéo parodique de la chanson «  Sacré Charlemagne  » de Peta France. Capture d’écran/YouTube/Peta France

Avant cela, Peta avait organisé le 25 juillet un happening lors d’une soirée où se trouvait le chanteur Pharrell Williams, également directeur créatif des collections masculines de Louis Vuitton ; un rassemblement sur la place de la République le 22 juillet ; une projection en marge d’un défilé de mode le 23 juin ; et des perturbations à Marseille, Bordeaux et Strasbourg, lors du parcours de la flamme olympique aux mois de mai et juin. Sollicité par Reporterre, LVMH n’a pas réagi à ces accusations.

Des poissons vivants vendus pour la pêche chez Decathlon

Le groupe de luxe n’est pas le seul à être dans le viseur des militants animalistes. Decathlon, autre partenaire officiel des Jeux, est lui aussi sous le feu des critiques. Depuis 2019, l’association Projet Animaux Zoopolis — surnommée PAZ — reproche à l’enseigne française de vendre, dans certains de ses magasins de sport, des poissons et crabes vivants pour la pêche au vif.

« La pêche au vif est une technique méconnue qui consiste à utiliser un poisson vivant comme appât, pour attirer un poisson plus gros, un carnassier », explique Amandine Sanvisens, cofondatrice de PAZ. Après avoir été entassé avec des dizaines de congénères dans un aquarium — voire un seau — en magasin pendant plusieurs jours, le petit poisson est transpercé vivant par le pêcheur, d’un hameçon dans le dos ou la bouche. Malgré ses tentatives pour se débattre, il est ensuite jeté à l’eau avant de succomber à ses blessures ou de se faire dévorer. Une technique jugée cruelle par les activistes, et dangereuse par des chercheurs. Elle provoquerait la diffusion de virus et la propagation d’espèces exotiques envahissantes.

À un mois des JO, Peta a dénoncé la cruauté perpétuée par le partenaire olympique LVMH dans une vidéo projetée sur la tour Eiffel. X/Peta France

Selon les calculs de PAZ, environ un tiers des magasins Decathlon en France vendent des poissons vivants. Certaines boutiques ont arrêté ces derniers mois, après avoir été visées par des pétitions d’activistes, de clients et de riverains — comme à Carcassonne et Reims. Bien que l’association animaliste s’en réjouisse, elle réclame une décision nationale, au lieu d’une multitude de situations au cas par cas.

Sollicité par Reporterre, Decathlon met en avant son « engagement » pour développer et vendre des leurres, des appâts synthétiques pour offrir une alternative à la pêche au vif. « Respectant la liberté de choix de nos clients, nous les informons sur les avantages environnementaux des leurres, et les encourageons à envisager ces options dans le cadre de leurs activités de pêche », nous écrit l’enseigne de sport. Et de conclure : « Pour être durablement ancrée dans les pratiques, nous sommes convaincus que cette transition requiert une approche progressive et pédagogique. »

Une réponse qui ne convainc pas l’association PAZ. « Dans les rayons ou sur leur site internet, nous ne voyons rien qui démontre qu’ils conseillent aux clients de pêcher au leurre plutôt qu’au vif », s’agace Amandine Sanvisens. Selon elle, il est clair que l’enseigne « joue la montre et ne veut pas s’engager réellement ». « C’est déplorable que Decathlon soit partenaire des Jeux, alors qu’ils banalisent une pratique vraiment cruelle, opposée à toutes les valeurs du sport », poursuit-elle.

« Les organisateurs nous ignorent »

L’association profite donc du fait que les yeux soient rivés sur la compétition sportive pour faire pression sur Decathlon. PAZ a organisé une action de tractage à Saint-Étienne, le 24 juillet, pendant un match de football opposant le Maroc à l’Argentine. Résultat : des supporters sensibilisés… et des militants verbalisés. « Selon un policier, l’organisation des Jeux s’est plainte », rapporte Amandine Sanvisens.

L’association compte ressortir les tracts, cette fois à Paris, à proximité du village sportif de Decathlon, les samedis après-midi à venir. « Les Jeux olympiques et paralympiques seraient un beau moment pour que Decathlon annonce qu’ils arrêtent de vendre des poissons vivants », espère Amandine Sanvisens.

Au-delà des sponsors, les associations aimeraient que ces Jeux soient une vitrine pour la défense des droits des animaux. C’est cependant loin d’être le cas, entre les épreuves d’équitation qui continuent de faire polémique, et même les menus servis. L’association britannique Animal Equality a par exemple lancé une campagne pour dénoncer les repas des invités VIP incluant du foie gras.

Malgré la venue des activistes jusqu’à Paris, « les organisateurs des Jeux nous ont entièrement ignorés », dénonce Abigail Penny, directrice de l’association. Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que ces Jeux soient aussi « verts » et « responsables » que promis.

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