Jeux paralympiques : pour ce député écolo, « on a appris à prendre soin des autres »
Charles-Antoine Kaoukou, Nantenin Keita, Fabien Lamirault, Alexis Hanquinquant et Élodie Lorandi, les porteurs français de la flamme paralympique devant la vasque de la compétition, à Paris, le 28 août 2024. - © Franck Fife / AFP
Charles-Antoine Kaoukou, Nantenin Keita, Fabien Lamirault, Alexis Hanquinquant et Élodie Lorandi, les porteurs français de la flamme paralympique devant la vasque de la compétition, à Paris, le 28 août 2024. - © Franck Fife / AFP
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Pour le député Sébastien Peytavie, les Jeux paralympiques ont brillé par leurs attentions et prises en compte de chacun. Un potentiel héritage positif qui n’efface pas les lacunes de l’accessibilité en France.
Sébastien Peytavie est député écologiste de la Dordogne, membre du mouvement Générations. Il est le seul élu du Palais bourbon en fauteuil roulant.
Reporterre — Les Jeux paralympiques se sont achevés dimanche 8 septembre. Que retenez-vous de cette quinzaine sportive ?
Sébastien Peytavie — Il y a eu beaucoup de monde, dans une ambiance très enthousiaste, et ça fait vraiment plaisir. Pour avoir personnellement pratiqué du basket et du rugby fauteuil, on est plutôt habitué à voir quatre personnes dans le public ! Plein de gens ont pu découvrir des sports et se rendre compte qu’elles prenaient plaisir à voir des pratiques handisport. Cela enverra peut-être un message aux chaînes télés, qui pourraient donner une meilleure visibilité et mieux payer les droits de diffusion des handisports.
On a aussi vu des changements de pratiques, de comportements qui font du bien. Lors des Jeux valides, lors des remises des médailles, j’ai entendu certains dire : « Pour ceux qui le peuvent, levez-vous. » C’est une bonne formule qui permet aux personnes qui ne peuvent pas se lever de se sentir incluses.
Mardi dernier, lors d’un match de cécifoot, j’ai assisté à une ola silencieuse pour soutenir les joueurs — les joueurs malvoyants ont besoin d’un silence complet pendant les phases de jeu. C’était d’une beauté et d’une poésie remarquables. Lors des épreuves d’athlétisme, les spectateurs valides avaient tendance à se lever à chaque entrée d’athlètes, bouchant la vue pour ceux en fauteuil derrière : mais on a fait passer le message et tout le monde a compris, ça a très bien fonctionné. On peut manifester sa joie et son enthousiasme, sans se lever et hurler.
Ces Jeux nous ont rappelé, montré une chose essentielle : être attentifs aux personnes les plus vulnérables, ça n’empêche pas les autres de prendre plaisir. Ça ne coûte rien, et ça permet de prendre soin les uns des autres. J’espère que ce sera l’héritage immatériel de ces Jeux.
Quel héritage « matériel » espérez-vous de ces Jeux ?
Côté mobilité et transports, on n’est pas bons. Mme Pécresse a annoncé qu’il faudrait 20 milliards d’euros pour adapter les transports franciliens. Mais rien n’a été fait ni même anticipé là-dessus. L’État français a mis de l’argent pour que les taxis parisiens puissent s’équiper pour prendre des fauteuils. C’est bien, mais insuffisant : comment feront toutes celles et ceux qui ne peuvent pas se payer de taxi ? On a un gros point noir.
Ensuite, si on veut développer le sport et la pratique handisport, notamment en milieu rural, il y a encore un énorme chemin à faire. Les personnes en situation de handicap doivent parcourir en moyenne 50 km pour rejoindre un club handisport. La plupart des gymnases, des vestiaires ne sont pas adaptés. Et les clubs handisports manquent souvent de bénévoles valides pour accompagner les pratiquants — charger les fauteuils dans les bus lors des déplacements, regonfler les pneus….
Il y a aussi un enjeu économique fort : pour pratiquer un sport, il faut souvent un fauteuil ou une prothèse adaptés. Or un fauteuil, qui coûte entre 5 000 et 9 000 €, est aujourd’hui remboursé à hauteur d’un peu plus de 500 €, c’est trop peu !
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Et puis il y a l’accessibilité des lieux publics. Pour la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques, la mairie de Paris avait mis du bitume sur la place de la Concorde pour que les fauteuils puissent circuler — les pavés sont en effet très glissants et empêchent une bonne circulation. Mais ce bitume sera retiré dès ce lundi, parce que les pavés, vous comprenez, c’est historique !
On a ce problème avec nombre de bâtiments classés, qui obtiennent des dérogations pour ne pas se mettre aux normes d’accessibilité, comme l’exige normalement la loi de 2005. On préfère le patrimoine à l’égalité des droits. Actuellement, on applique, sans l’assumer vraiment, une ségrégation et une non-application de la loi.
Les Jeux olympiques et paralympiques ont été fortement critiqués par des collectifs et militants écologistes pour leur fort coût environnemental. Qu’en pensez-vous ?
D’un côté, les Jeux olympiques et paralympiques permettent de montrer concrètement ce qu’est le vivre ensemble. Quand on voit des délégations israéliennes, palestiniennes, ukrainiennes se côtoyer, quand on voit les cérémonies d’ouverture et leurs messages forts en faveur des minorités, sexuelles notamment… Le sport est un moyen génial pour pacifier les relations, avoir une autre conception de la rivalité.
Mais clairement, il y a un enjeu écologique, notamment autour de l’impact carbone. La question, c’est comment garder la convivialité et la concorde portées par les JOP, tout en prenant en compte sérieusement la question écologique.
Vous êtes écologiste, mais également seul député en fauteuil roulant. Quel lien faites-vous entre votre combat pour la planète et votre lutte en faveur des personnes en situation de handicap ?
Il y a des combats concrets. Toute la fabrication du matériel de soin est sortie du radar de l’impact environnemental, alors que 8 % des émissions françaises de CO2 sont liées à la santé. Les fauteuils — dont beaucoup sont fait sur mesure — utilisent des matériaux potentiellement polluants, comme le titane, l’aluminium... Comment augmente-t-on la durée de vie de ces fauteuils ? Et comment le finance-t-on ?
Plus généralement, une société qui prend soin du plus vulnérable, prend aussi soin du vivant. Et la prise en compte des personnes en situation de handicap renvoie aussi pour moi à la question de la (bio)diversité : si on prend en compte la diversité des handicaps et si on pense avec les particularités de chacun et chacune, comme on peut le faire dans certains handisports, alors on esquisse un autre modèle de société. Plus riche et plus apaisé.