Contre la canicule, l’habitat bioclimatique

Durée de lecture : 5 minutes

25 juin 2019 / Justine Guitton-Boussion (Reporterre)

La France connaît cette semaine un épisode de canicule précoce et intense. Dans ces conditions, il est difficile de trouver un peu de fraîcheur, au travail ou à la maison. Pourtant, des bâtiments conçus pour se protéger de la chaleur existent : les habitats bioclimatiques.

Nous ne sommes pas tous égaux face à la canicule. Pendant cette période de chaleur, certains Français vont se retourner sans cesse dans leur lit, ne pouvant trouver le sommeil à cause des températures élevées de leur logement. Tandis que d’autres, plus chanceux, dormiront paisiblement dans une chambre fraîche. Leur arme secrète n’est pas un ventilateur ou une climatisation, mais leur maison : un habitat bioclimatique.

Les bâtiments de ce type sont conçus pour s’adapter aux particularités naturelles de leur territoire d’implantation : l’orientation vers le soleil, les températures, l’altitude ou encore la végétation alentour. « On prend en compte les éléments existants, que ce soit le lieu ou les futurs habitants, leur façon d’habiter. C’est un ensemble de logiques pour s’adapter au climat et au contexte », explique Alice Bernard, architecte spécialisée dans les Hautes-Alpes. Ainsi, un bâtiment bioclimatique est fait pour capter la chaleur en hiver, et s’en protéger en été.

« L’été, le soleil est très haut, précise Julie Barbeillon, rédactrice en chef du magazine La Maison écologique. Donc, ce n’est pas la façade sud vitrée qui va poser problème en faisant entrer les rayons du soleil. C’est l’isolation et la ventilation du toit. Il faut des isolants avec un bon déphasage thermique, c’est-à-dire des isolants qui sont capables de retenir l’onde de chaleur suffisamment de temps pour qu’elle soit retransmise au minimum dans la maison, plutôt pendant la nuit, où les températures sont censées descendre. » La laine de bois ou la ouate de cellulose sont par exemple privilégiées, car elles ont un déphasage de 10 à 12 heures.

Travailler sur l’isolation, les masses thermiques, et la ventilation

D’autres éléments sont également à prendre en compte dans un logement bioclimatique pour se prémunir de la chaleur. « Un vitrage, même s’il est très bon, est quand même beaucoup moins isolant contre le froid ou le chaud qu’un mur bien isolé classique, en botte de paille ou en laine de verre, poursuit Julie Barbeillon. Même si le rayon de soleil ne tape pas [sur le vitrage], la chaleur va finir par entrer. Donc, dans les constructions bioclimatiques, [les architectes essaient] de travailler les masses thermiques dans les logements. » Le but : apporter des éléments de structure lourds, comme un mur en pisé (en terre crue) ou des escaliers en voûte sarrasine (brique de terre cuite avec du plâtre), qui vont amortir et absorber la chaleur, avant de la restituer quand il fera un peu moins chaud dans le logement.

Selon le territoire (ici, les Hautes-Alpes), on peut prévoir des systèmes modulables, comme les pergolas, qui font de l’ombre en été et qu’on retire en hiver.

Mais, pendant les périodes caniculaires, les températures nocturnes restent très élevées. « Ce qui va se faire alors, c’est de la surventilation nocturne, explique Julie Barbeillon. C’est la création des courants d’air la nuit, entre un point bas et un point haut dans la maison, dans une véranda par exemple. » Certains bureaux d’étude sont même spécialisés sur ces questions. À l’aide de logiciels et de modèles, des ingénieurs calculent les dimensions exactes que doivent mesurer ces points pour que l’air circule au mieux.

Dernière étape : ombrager les ouvertures. Pour cela, il existe par exemple des déborde-toits (placés au sud du logement) qui vont créer une ombre toute l’année. D’autres solutions plus modulables sont possibles : « Par rapport au territoire où nous sommes implantés [Hautes-Alpes], on va plutôt prévoir des pergolas, des structures en bois à l’extérieur, qui permettent de faire de l’ombre en été et qu’on peut enlever en hiver », indique l’architecte Alice Bernard.

« La minéralisation des espaces publics accentue la réverbération des rayons du soleil »

Il n’existe pas de statistiques précises pour connaître le nombre de bâtiments bioclimatiques en France. La seule donnée accessible est celle des constructions labellisées « passives ». Ce label, créé dans les années 1990 en Allemagne, désigne les bâtiments (logements personnels, immeubles ou bureaux de travail) qui répondent à plusieurs critères stricts, que ne possèdent pas nécessairement toutes les constructions bioclimatiques : une enveloppe très isolée, une étanchéité à l’air, et une ventilation double-flux. « Un bâtiment passif n’a besoin de presque aucune source de chaleur ou de refroidissement actif, explique Victor Hoppe, responsable technique de l’association La Maison passive, qui délivre ces labels. On va optimiser l’orientation des fenêtres pour que le rayonnement solaire représente le premier apport de chauffage. C’est là que le bâtiment passif rejoint le bâtiment bioclimatique. » 275 bâtiments labellisés « passifs » sont recensés en France, pour une surface totale de 182.000 m². Des chiffres trop petits encore, estime l’architecte Alice Bernard : « Du fait du réchauffement climatique, j’espère que de plus en plus de constructeurs seront obligés de réfléchir et d’apporter un peu d’intelligence dans leur façon de concevoir, et d’utiliser ces logiques-là. »

L’absence de minéralisation de l’espace public évite la formation d’îlots de chaleur.

Mais, si l’architecture est une solution pour vaincre la canicule, elle est également une des causes de cette forte chaleur ressentie : « La minéralisation des espaces publics, que soit du béton, de l’asphalte, de moins en moins de végétal, va vraiment accentuer la réverbération des rayons du soleil, dit Alice Bernard. On va avoir des îlots de chaleur, une chaleur ressentie qui va être bien plus importante. À Grenoble, par exemple, il y a vraiment des températures très très élevées en ville. Dans la plaine un peu plus loin, avec le même microclimat, mais du fait qu’on est éloignés de toute cette minéralisation, on a quand même plus de fraîcheur. » Pour avoir moins chaud en ville, l’architecte en est certaine : il faut y introduire de la végétation et des sources d’eau.

Même si vous n’habitez pas dans un logement bioclimatique, une astuce simple est malgré tout à votre portée, pour rafraîchir votre habitat : en journée, fermez impérativement vos volets et fenêtres, et ouvrez-les uniquement la nuit pour ventiler et refroidir au maximum les pièces.


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Source : Justine Guitton-Boussion pour Reporterre

Photos : © Romuald Marlin
. chapô : Ensemble bioclimatique réalisé par l’architecte Romuald Marlin, à Gap (Hautes-Alpes), pensé pour résister aux surchauffes et aux canicules. Il est composé de six habitations et d’espaces partagés (buanderie, séchoir, local à vélos, habitat léger pour accueil d’appoint).

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