Cyclones : les États-Unis suspendent leurs données, les Antilles en pâtissent
Les ouragans Irma (à g.) et José (à d.) dans l'océan Atlantique, le 7 septembre 2017. - Wikimedia Commons/CC BY 2.0/NOAA
Les ouragans Irma (à g.) et José (à d.) dans l'océan Atlantique, le 7 septembre 2017. - Wikimedia Commons/CC BY 2.0/NOAA
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Les États-Unis vont cesser le 31 juillet de partager leurs données satellitaires sur la surveillance des cyclones. Et ce, alors que les Antilles sont en pleine saison cyclonique.
(Le Moule) Guadeloupe, correspondance
C’est un coup dur pour le monde de la météorologie, surtout dans les Caraïbes. Le ministère étasunien de la Défense et l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA) viennent d’annoncer l’arrêt du partage des données de leurs satellites pour la surveillance des masses nuageuses et des phénomènes cycloniques dans l’Atlantique.
La suspension, d’abord prévue le 30 juin, devrait finalement prendre effet le 31 juillet. « Ce programme permet de mesurer, à l’aide de capteurs micro-ondes, la surface terrestre et maritime, afin d’obtenir des informations sur la formation des cyclones et ouragans », explique Samuel Morin, directeur du Centre national de recherches météorologiques (Météo-France, CNRS).
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Ces satellites servent également à observer avec précision l’intérieur d’un cyclone, là où les autres ne font que capturer des images à la surface des nuages.
« Ce retrait des Américains ne peut qu’entraîner une détérioration de la qualité de nos prévisions. Le programme existait depuis 2003. S’il s’arrête vraiment, nous n’avons rien qui puisse remplacer les données qui vont manquer, malgré nos autres capteurs, s’inquiète Samuel Morin. En météo, il y a beaucoup de variables atmosphériques, nous avons donc besoin du plus de données possible pour nos prévisions. »
Une saison cyclonique plus forte dans les Antilles
La nouvelle est d’autant plus malvenue qu’elle arrive en pleine saison cyclonique en Martinique et en Guadeloupe. Cette période, si elle s’annonce proche en termes d’intensité des moyennes des dix dernières années, reste « sensiblement supérieure à la normale des années 1991-2020 », précise le bulletin Météo-France pour le bassin Atlantique, la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique.
Le 22 mai, la NOAA annonçait une probabilité de 60 % que la saison 2025 soit « au-dessus de la normale ». Les prévisions cycloniques sont particulièrement élevées : 13 à 19 tempêtes tropicales nommées, 6 à 10 ouragans dont 3 à 5 ouragans majeurs (catégorie 3, 4 ou 5).
De son côté, l’université du Colorado indique qu’il y a 56 % de probabilité qu’un ouragan majeur affecte les Caraïbes cette saison [1]. Divers éléments sont favorables à la formation de tempêtes dans la région : les températures records mesurées dans l’Atlantique tropical entre 2005 et 2020 ; le phénomène El Niño-oscillation australe (Enso), qui ne freine plus la formation des cyclones et un cisaillement vertical des vents plus faibles, etc.
En l’absence des données étasuniennes, il serait ainsi plus difficile de prévoir l’évolution d’un événement météorologique en pleine nuit, de suivre la progression d’un ouragan et d’identifier le cœur d’un cyclone. Le radar mis à disposition par Météo-France possède une portée limitée, d’environ 400 km autour des petites Antilles. De quoi affecter les mesures de sécurité à prendre pour protéger la population.
Si la NOAA reconnaît que cette décision fait courir un risque sur la précision des prévisions futures, le Pentagone ajoute que ces mesures sont liées à des questions de cybersécurité essentielles pour les États-Unis… au détriment des autres pays.