Dans certaines cantines scolaires, la malbouffe fait son œuvre

Durée de lecture : 4 minutes

24 février 2020 / Vikash Dhorasoo



Dans le 18e arrondissement de Paris, le marché des cantines scolaires appartient à une filiale de Sodexo. Au grand dam des parents et de l’auteur de cette tribune (par ailleurs candidat aux municipales), qui dénonce le scandale d’un service indigne financé par de l’argent public.

Vikash Dhorasoo est habitant du 18e arrondissement de Paris, candidat tête de liste à la mairie du 18e arrondissement et candidat cotête de liste à la mairie principale de la liste Décidons Paris.


On pourrait se croire dans le film de Claude Zidi L’Aile ou la Cuisse : le méchant industriel, les gentils consommateurs et le politique complice. Pourtant non, nous ne sommes pas dans un film mais bel et bien dans la réalité.

En 2020, à Paris, dans le 18e arrondissement, nos enfants mangent mal à l’école. Il y va de leur santé et de leur bien-être. Se nourrir est avant tout un droit, le droit pour toutes et tous de manger correctement et sainement. Pour certains enfants, le déjeuner est le repas le plus important de la journée. Il doit donc être digne. 

Pourtant dans le 18e arrondissement de Paris, dans lequel je vis, et où mes filles sont allées à la cantine, la mairie a décidé en juillet 2018 de prolonger un contrat de subdélégation de service public à la Sogeres, filiale de Sodexo, géant de l‘agroalimentaire.

Coût de l’opération pour la mairie du 18e : 64 millions d’euros hors taxe pour cinq ans. La multinationale se gave. 

« La multinationale met à mal le lien social et sacrifie la santé de nos enfants »

« C’était mieux avant ! » Jamais je n’aurais pensé écrire ça un jour, moi, le fils d’une cantinière. On s’est trompé de société. On s’est trompé de mode de vie.

C’était mieux avant, lorsque chaque école avait sa cantine. Ça se passait derrière la porte battante qui séparait le réfectoire de la cuisine. On entendait des voix, le bruit des casseroles et les déplacements : c’était le service du midi. Ce n’était peut-être pas bio ni local mais c’était honnête, généreux et convivial.

Aujourd’hui le constat est sans appel. Afin d’optimiser ses profits, la multinationale met à mal le lien social et sacrifie la santé de nos enfants, comme en témoignent les portions réduites et la transformation des produits. Des aliments de basse qualité dépourvus de vitamines sont ainsi servis dans des barquettes en plastique en provenance d’une cantine centralisée. C’est de la malbouffe.

Récemment, la filiale de Sodexo a franchi un cap dans l’arnaque et le scandale. Elle s’était formellement engagée à ne fournir que de la viande française bio ou label rouge. La multinationale a tenté de tromper des enfants en servant de la viande conventionnelle allemande dans les assiettes et cela six jours après sa réception. 

Les parents n’abandonnent pas. Ils se battent, et se mobilisent. Ils ont créé un collectif « Les enfants du 18e mangent ça », qui a saisi à juste titre le procureur

Défendre et protéger ses habitants ou servir la soupe aux multinationales ?

Le prix de revient d’un repas dans le 18e est le plus élevé de Paris. Quel intérêt de passer par le privé pour faire manger à prix fort n’importe quoi à nos enfants, pour détruire la planète avec les emballages plastiques [1] et les importations de produits étrangers 

Un maire d’arrondissement est-il là pour défendre et protéger ses habitants ou servir la soupe aux multinationales ?

Ces 64 millions d’euros donnés à Sodexo sont des deniers publics. C’est notre argent. Il est temps de garantir le respect du Code de l’éducation et de permettre aux parents de contrôler ce que mangent leurs enfants à la cantine.
 
Il est impératif de remunicipaliser les cantines scolaires et de préparer sur place des repas biologiques issus d’une agriculture locale soucieuse de l’environnement et de notre santé. 

J’interpelle également les habitants : Nos enfants mangent n’importe quoi. De qui est-ce la faute ? Seulement de la Sogeres ou aussi de la mairie ? Il est temps de faire un choix de société : L’aile ou la cuisse 
 





[1À ce sujet, soulignons l’excellent travail du collectif « Cantine sans plastique ».


Lire aussi : Cantines bio : ça marche et c’est moins cher

Source : Courriel à Reporterre

Dessin : © Tommy/Reporterre

Photo : © « Les enfants du 18e mangent ça »

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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