Dans les Hautes-Alpes, le chantier de la ligne à très haute tension saccage l’environnement

18 janvier 2017 / Émilie Massemin (Reporterre)



De nouveaux pylônes commencent à enlaidir la magnifique vallée de la Haute-Durance (Hautes-Alpes). De nombreuses irrégularités ont été constatées sur le chantier, jugé démesuré et inutile par les opposants. Du côté des habitants, la résistance s’amplifie : une manifestation est prévue ce mercredi 18 janvier à Gap.

- Embrun (Hautes-Alpes), reportage

Lionel Daudet a le pas vif mais le cœur lourd. La piste qu’il parcourt à larges enjambées est longée de bouts de bois brisés, de racines mises à nu et de terre effritée. « Ils ont mis un géotextile sous les pierres concassées, pour que rien ne repousse. Difficile à croire que tout sera remis en état dans cinq ans. » Un mélèze est balafré de cicatrices jaunâtres, une de ses branches à demi arrachée pendouille tristement. « Normalement, ils ne devraient pas faire ça, soupire le montagnard. Les arbres doivent être tronçonnés proprement, sans abîmer ceux qui ne sont pas considérés par le défrichement. » Une petite butte à franchir, et l’on aperçoit le responsable du ravage : un pylône pour ligne très haute tension tout neuf, qui se dresse de toute la hauteur de ses quarante mètres.

L’alpiniste Lionel Daudet sur une piste d’accès au pylône aménagée par RTE, empierrée alors qu’elle devrait être provisoire.

Il y a près de vingt ans, l’alpiniste aux deux Piolets d’or — la plus haute distinction des chatouilleurs de cimes — se choisissait pour paradis L’Argentière-la-Bessée, dans les Hautes-Alpes. Il était loin d’imaginer que Réseau de transport d’électricité (RTE) choisirait ce décor somptueux de montagnes sèches, de pelouses roussies et d’âpres forêts, pour y implanter 356 nouveaux pylônes. Actuellement, les Hauts-Alpins sont alimentés en électricité par une ligne aérienne de 150.000 volts déployée en 1936 entre la Haute-Maurienne (Savoie) et Gap, connectée au barrage de Serre-Ponçon en 1971 et complétée de lignes secondaires de 63.000 volts. Le « projet de rénovation de la Haute-Durance » de RTE, chiffré à 230 millions d’euros, entend remplacer ce réseau vieillissant par deux lignes aériennes à très haute tension (THT) à 225.000 volts entre Argentière-la-Bessée et Serre-Ponçon (le segment « P4 » du projet) et entre Grisolles et Pralong (« P6 »). Elles sont complétées par de nouvelles lignes à 63.000 volts, dont deux aériennes entre Argentière-la-Bessée et Briançon (le segment « P3 » du projet). « Si rien n’est fait à l’horizon 2016, les risques de coupure d’électricité augmenteront en fréquence et en durée », justifie RTE, qui s’est par ailleurs engagé à démonter les 670 pylônes du réseau actuel, une fois le nouveau mis en service à l’horizon 2020.

La carte du projet de RTE.

Mais le chantier, officiellement lancé en avril 2015, ne se passe pas comme prévu. Dans un rapport de manquement administratif daté du 17 octobre 2016, des agents de la Direction départementale des territoires (DDT) des Hautes-Alpes pointent une longue série d’anomalies constatées lors de contrôles réalisés du 6 juin au 27 septembre 2016. 80 % des pistes ne sont pas « conformes aux plans officiels des emprises autorisées par les arrêtés préfectoraux ». « Les écarts d’implantation des pistes d’accès relevés, comptabilisés au-delà de 10 mètres, atteignent jusqu’à 163 mètres » et concernent, pour quatre pylônes d’Embrun, des secteurs à « enjeu fort “espèces protégées” ». En outre, les entreprises qui interviennent sur ces milieux fragiles sont censées s’appuyer sur un atlas de la faune et de la flore protégés réalisé par Éco-Med, un cabinet d’études naturalistes. Las, aucun des travailleurs présents sur les sites n’était en mesure de présenter ce document. Un chef de chantier d’Engie-Ineo a même indiqué aux agents travailler « à partir de Google Earth ». Le bilan général des contrôles, daté du 20 octobre 2016, est accablant : 54 des 99 zones travaillées présentent des arbres abîmés, 57 des arbres enterrés ; 97 des 115 pistes montrent des tracés non conformes aux autorisations, et 65 ne respectent pas l’atlas Éco-Med.

Le rapport des manquements de la DDT.
Le bilan des contrôles inter-services
RTE a défriché de larges bandes de forêt pour faire passer sa ligne THT.

Pourtant, Sylvain Vebel, directeur départemental des territoires, ne voit pas le problème. Des modifications de tracés réalisées « sans demande ni autorisations préalables de la DDT » ? « Manquement ne veut pas dire infraction, souligne-t-il. Il est vrai qu’à un certain moment, RTE ne nous a pas donné toute l’information. Nous avons revu le processus d’échange et de contrôle avec eux. Ce sont des chantiers très lourds. Nous sommes tous vigilants, mais il faut comprendre que tout ne soit pas fluide à chaque moment. » D’ailleurs, à l’examen des 35 rapports consacrés aux tracés modifiés transmis tardivement par RTE, la DDT « n’a pas identifié de situation dramatique ». Philippe Court, préfet des Hautes-Alpes, a d’ailleurs refusé d’interrompre le chantier ou de sanctionner RTE, allant même jusqu’à qualifier le chantier d’« exemplaire ».

D’après la DDT, 54 des 99 zones travaillées présentent des arbres abîmés.

Hervé Gasdon, forestier et président de la Société alpine de protection de la nature (SAPN), combat le projet de RTE depuis la première commission de concertation organisée en 2009. « N’importe quel pékin qui vient en zone protégée avec son tracteur se prend un procès-verbal. Mais là, l’incapacité de l’administration à réagir aux irrégularités de RTE est surprenante. Comme si cette grosse entreprise pouvait agir comme bon lui semble sous couvert des plus grands serviteurs de l’État ! » dénonce-t-il, son indignation à peine masquée par son épaisse moustache. Même reproche adressé au Parc national des Écrins, qui n’est « jamais intervenu » alors que la future ligne traversera une bonne partie de la zone d’adhésion.

Hervé Gasdon : « L’incapacité de l’administration à réagir aux irrégularités de RTE est surprenante. »

Pourtant pour les opposants à la THT, les failles du projet sont nombreuses. Une bande de forêt de pins et de mélèzes de soixante kilomètres de long sur cent mètres de large est progressivement ratiboisée, y compris en zone Natura 2000. Les arbres sous la ligne seront régulièrement coupés pour éviter les arcs électriques. Pour le forestier, ce défrichement n’est pas sans conséquence : « La forêt limite les risques naturels en absorbant les surplus d’eau. Elle ralentit les avalanches et retient les blocs de pierre. » Claude Rémy, président de l’association Arnica Montana, partage cette inquiétude. « Entre Briançon et Argentière-la-Bessée, la ligne traverse des endroits où nichent des espèces très sensibles au dérangement, comme la chevêchette d’Europe, une chouette forestière protégée qui n’a pas été mentionnée dans l’enquête publique », signale-t-il. Au total, « cinquante-six espèces protégées sont concernées par l’arrêté de dérogation pour la destruction d’espèces protégées. Parmi elles, vingt-trois espèces d’oiseaux dont le gypaète barbu » en cours de réintroduction dans l’arc alpin, se scandalise Diane Topham, bénévole à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de Provence-Alpes-Côte-d’Azur et membre du conseil d’administration d’Avenir Haute-Durance (AHD), l’association créée en 2011 par des habitants opposés au projet.

La ligne touche plusieurs sites remarquables

Pour Hervé Gasdon, l’impact sur le panorama est « important et choquant ». Le forestier cite inlassablement Philippe Lamour, créateur du parc naturel régional du Queyras : « Le capital économique des Hautes-Alpes, c’est la beauté de ses paysages. » « Notre département est celui qui compte le plus de lits touristiques par habitant — 300 à 320.000 couchages pour 140.000 Hauts-Alpins », rappelle-t-il. Or, la ligne touche plusieurs sites remarquables : « Entre Argentière et Embrun, une quarantaine de courses de ski de rando vont désormais passer sous les pylônes, se désole Lionel Daudet. Un poteau va être planté juste en-dessous du site d’escalade du Perchoir, très renommé chez les grimpeurs. Quant au GR50, il va passer seize fois sous les lignes ! Idem pour la traversée des Hautes-Alpes en VTT. » Cinq sites de décollage pour les parapentes sont voués à la fermeture à cause de leur proximité des lignes.

RTE, lui, évaluait en décembre 2015 à 30 millions d’euros les retombées économiques pour les entreprises locales. En novembre 2016, le comité Haute-Durance initiative chiffrait déjà à 15,24 millions d’euros les dépenses liées au chantier (sous-traitance, achats aux fournisseurs, location, hébergement, etc.). Xavier Guillon, secrétaire général de la Fédération du bâtiment et des travaux publics (BTP) des Hautes-Alpes, nous le confirme : « Les retombées en sous-traitance sont supérieures à nos attentes à ce jour. » Contactée par Reporterre, la Chambre du commerce et de l’industrie (CCI) n’a pas donné suite à notre appel. Cet argument économique est balayé par les opposants. « La pose de pylônes nécessite l’intervention d’entreprises spécialisées au niveau national, comme Bouygues et Eiffage, explique M. Gasdon. Les entreprises locales ne récupèrent que la sous-traitance, alors qu’elles auraient effectué l’essentiel des travaux s’il y avait eu enfouissement. »

Les entreprises qui travaillent sur les sites sont surtout de grosses entreprises nationales de BTP.

Surtout, pour les opposants, le programme de RTE est surdimensionné et n’aurait jamais dû faire l’objet d’une déclaration d’utilité publique. Dans sa maison située sur les hauteurs d’Embrun, Michel Oger, ingénieur électricien formé à l’École polytechnique de Louvain, en Belgique, fait défiler graphiques et schémas sur un écran et réexplique inlassablement les failles du projet. « Le problème que tente de résoudre RTE est la fameuse pointe de consommation hivernale en Haute-Durance, qui culmine à quatre heures du matin et a atteint un record de 220 mégawatts (MW) en 2012, montre-t-il. Seulement, cette pointe est créée artificiellement par le système nucléaire : de nombreux appareils — dalles de chauffage électrique des résidences touristiques, chauffe-eau… — se mettent en route la nuit pour continuer à utiliser l’électricité produite par les centrales. » L’ingénieur s’est amusé à calculer combien de fois cette consommation atteignait un niveau critique : « Les jours de très grand froid, en cas de pic de fréquentation dans les résidences touristiques et quand les canons à neige tournent — soit vingt jours par an, trois ou quatre heures par jour. » Pour M. Oger, la conclusion est évidente : « Pourquoi voir si grand pour un problème qui ne concerne que 0,7 % du temps ? En lissant et en organisant mieux la consommation, 140 MW suffiraient largement. » Il cache la preuve de cette théorie dans son garage. « J’ai des panneaux solaires sur mon toit, j’ai donc programmé l’allumage de mes appareils aux heures d’ensoleillement maximum », explique l’ingénieur, en dévoilant un compteur complété de plusieurs cadrans et horloges, qui suit régulièrement la consommation de l’électricité produite sur place ou achetée à Enercoop.

Michel Oger, ingénieur électricien, a recalculé tout le projet pour prouver qu’une alternative est possible.

Par ailleurs, avec ce programme, RTE table sur une hausse de la consommation électrique que l’ingénieur estime irréaliste et néfaste : « RTE estime que nos besoins vont augmenter de 80 MW et que les économies d’énergie ne permettront de gagner que 20 MW, rapporte-t-il. Pour nous, ça ne vaut rien. La production locale d’énergie augmente, une partie du département a même été labellisée territoire à énergies positives [Tepos] ; les nouveaux logements sont mieux isolés... La consommation ne peut — et ne doit — que diminuer. »

Vendre du courant à l’Italie

Autre non-sens aux yeux des opposants, le choix de l’aérien plutôt que de l’enfouissement. Eux réclamaient un enterrement de la THT le long de la N94 entre Chorges et L’Argentière-la-Bessée, pour un coût évalué à 75 millions d’euros par Michel Oger — le même coût que pour le segment aérien équivalent. « RTE nous a fait croire que c’était impossible, beaucoup plus cher et destructeur [en 2015, RTE évaluait le surcoût de l’enfouissement à 130 millions d’euros], raconte Michel Oger, amer. J’ai passé un temps fou à chiffrer précisément une solution alternative et j’ai envoyé le rapport en recommandé à RTE. On n’en a pas tenu compte. »

Pourquoi cette obstination à faire de l’aérien ? Les rumeurs vont bon train sur le poids du lobby des multinationales spécialisées dans les transformateurs, sur le soutien des élus alléchés par la perspective d’une taxe pylônes. Mais surtout, sur la transformation d’une ligne de 225.000 volts en ligne 400.000 volts pour vendre du courant à l’Italie — une opération très facile si la ligne est aérienne, impossible si elle est enfouie. RTE nie farouchement, mais la société italienne de production d’électricité Enel a confirmé cette possibilité dans une lettre datée du 27 mai 2014 : « Nous sommes en train de vérifier la meilleure solution de connexion au réseau électrique français, prenant en compte le projet de restructuration de la Haute-Durance. » « Soit les ingénieurs de RTE ont mal fait leur travail, soit il y a des tenants et des aboutissants qui nous échappent, estime Michel Oger. Le plus difficile, pour RTE, c’est d’installer une ligne. Ils ont peut-être prévu très grand pour se donner la possibilité de la faire évoluer. » Contactés, Mme Lessard et le service communication de RTE n’ont pas donné suite à nos questions.

En décembre, le collectif No-THT a habillé des pylônes pour protester contre le projet.

Pour les opposants, l’issue du combat est incertaine. L’association AHD, épaulée par la SAPN et plusieurs communes, a déposé deux recours au Conseil d’État en décembre 2014. « On attend toujours le jugement, explique Lionel Daudet. Après, je ne sais pas quelles seront les notes d’espoir. Tant que le courant ne passe pas dans les lignes, il faut tenir bon, garder cet état d’esprit de l’alpiniste en bas d’une paroi, qui regarde en haut et cherche une solution pour arriver en haut de sa montagne. La falaise est lisse tout autour de nous, mais nous trouverons peut-être un chemin pour atteindre la cime. »


CONTRE LA THT, LA MOBILISATION CONTINUE

« EDF, partons en courant ! » Ce mercredi 18 janvier à 14 h, plusieurs dizaines de contrats EDF seront déchirés en petits morceaux devant le conseil départemental des Hautes-Alpes, à Gap. Une manière de protester contre l’empire du nucléaire en France et ses « dénis de justice, atteintes à la démocratie, mensonges et impunité de RTE », peut-on lire sur l’affiche de la mobilisation. L’occasion aussi de déposer 5.000 signatures de Hauts-Alpins demandant l’arrêt des travaux et la révision du projet, et de déposer plainte au tribunal contre les manquements signalés sur les chantiers de RTE entre Gap et Briançon. Ce rassemblement s’inscrit dans une longue mobilisation des habitants de la vallée, depuis l’enquête publique de 2013, qui a recueilli 98,2 % d’opinions défavorables au projet.

Marie-Joëlle et Richard Lenoir habitent Puy-Saint-Eusèbe, où dix-neuf nouveaux pylônes doivent être érigés. L’association Avenir Haute-Durance (AHD), qui compte à ce jour 2.000 adhérents, a été créée en 2011 dans leur cuisine. « On a organisé des réunions pour informer la population, des manifestations, et on a entamé un gros travail juridique », raconte Marie-Joëlle. En décembre 2014, l’association a déposé deux recours au Conseil d’État contre l’arrêté ministériel autorisant la THT. « Nous avons aussi demandé une étude d’enfouissement au conseil régional qui a refusé de la financer », se souvient Nathalie Barra, présidente de l’association. AHD commande alors une étude à un expert indépendant, Daniel Depris. « Nous sommes allés la présenter aux élus, mais nous n’avons reçu que très peu de soutien. Les gens sont paralysés par la peur. »

Marie-Joëlle et Richard Lenoir, des collectifs No-THT.

Au fil des années, cette approche légaliste a cessé de faire l’unanimité. « Au bout de quatre ans, nous en avons eu assez, explique Marie-Joëlle. Nous pensions qu’il fallait aller à l’encontre des élus, manifester sur le terrain. » À soixante-dix ans, sans avoir « jamais milité dans une association » de sa vie, la retraitée participe avec son mari à des occupations de chantier « illicites et illégales, avec des flics qui arrivent au bout d’un moment », raconte-t-elle avec un sourire espiègle.

Une « highline » au-dessus du vide contre la ligne aérienne

Ces mobilisations éclair sont organisées par des petits groupes d’habitants regroupés en collectifs No-THT, principalement dans le nord du département, qui coordonnent leurs actions les plus importantes lors d’assemblées de vallée. Le plus actif se situe à L’Argentière-la-Bessée, créé en 2014. « Nous allions aux manifestations d’AHD, mais nous voulions aller plus loin : pas seulement protester contre des pylônes dans nos jardins, mais remettre en cause tout le système nucléaire », raconte Matthieu, membre de ce collectif. Après une première manifestation le 13 décembre 2014 à Embrun, ces petits groupes officieux et réactifs multiplient les actions de terrain : occupations de chantier, dispersion de boulons, blocage de la nationale... Le 27 novembre 2016, ils tendent une « highline » entre deux pylônes — 80 mètres de danse aérienne au-dessus du vide pour protester contre la THT. En réponse, la préfecture leur envoie, à de multiples reprises, le peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig), et tente de monter AHD contre les collectifs — sans succès.

Une partie du collectif No-THT de L’Argentière-la-Bessée.
Un panneau destiné aux grimpeurs des collectifs No-THT.

Un des gros enjeux de la mobilisation est de convaincre les maires des communes de s’attaquer au projet. Cinq villages ont appuyé les recours au Conseil d’État : la Bâtie-Neuve, Puy-Sanières, Puy-Saint-Eusèbe, Châteauroux-les-Alpes et Réallon. Mais l’appât du gain a fait flancher certaines volontés. « En plus de la taxe pylône, qu’on ne touche que si la ligne est aérienne, RTE a proposé aux communes un plan d’accompagnement du projet [PAP] — une enveloppe de 6,9 millions d’euros à destination des collectivités locales, témoigne Valérie Rossi, maire de Puy-Sanières. Nous, nous devrions toucher 216.000 euros, une somme énorme pour un village de 249 habitants où nous sommes à 500 euros près. » La maire, farouchement opposée au projet, a bien refusé de signer toutes les conventions de servitude, mais le préfet les a signées à sa place et RTE l’a menacée de diminuer son versement au titre du PAP. « C’est ce que j’appelle de la corruption organisée, s’insurge Alice Prud’homme, conseillère municipale à L’Argentière-la-Bessée et membre du collectif No-THT. L’hiver dernier, ils ont commencé à distribuer l’argent. Notre maire, Joël Giraud, soi-disant favorable à l’enfouissement, a inauguré une plaque sur la place du collège rénovée à l’aide de RTE. C’est un système affreux, qui aveugle les élus. »

Valérie Rossi, maire de Puy-Sanières.

En attendant, AHD et No-THT continuent leur travail d’éveil des consciences. À Béatrice, une habitante de Savines dont la vieille bergerie amoureusement rénovée pendant vingt ans a perdu plus de la moitié de sa valeur à cause des pylônes, Marie-Joëlle apprend que « nous avons lâché EDF pour Enercoop ». « Nous aidons les gens à être autonomes en électricité, en les aidant à choisir et installer des panneaux solaires, confirme Nathalie Barra. L’idée, c’est aussi d’agir de manière très concrète en favorisant les énergies renouvelables sur notre territoire. »

Béatrice et sa fille Jade ont vu leur maison de Savines dévaluée à cause des pylônes construits à 100 mètres de chez elles.



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Lire aussi : Dans les Hautes-Alpes, le projet de ligne à haute tension génère de la tension

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos : © Émilie Massemin/Reporterre sauf :
. chapô : Le 27 novembre 2016, des grimpeurs ont traversé une « highline » de 80 mètres de long pour protester contre la ligne THT. © No-THT
. carte : © RTE



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