Des centaines de chercheurs rappellent à François Hollande ses engagements‏ sur la surpêche

Durée de lecture : 4 minutes

21 juin 2013 / Bloom Association


Après l’appel adressé par l’association BLOOM au Président de la République dans le journal Le Monde du 9/10 juin 2013 et signé par des personnalités politiques de premier ordre et de tous partis (Robert Badinter, Michel Rocard, Hubert Védrine, Nathalie Kosciusko-Morizet, Anne Hidalgo, Jean-Louis Borloo, Chantal Jouanno, Marielle de Sarnez parmi d’autres), Bloom lance une pétition pour interpeller François Hollande sur le sort réservé aux océans profonds par les navires de pêche français.

BLOOM poste aussi sur son site une déclaration de soutien à la proposition européenne d’interdire le chalutage profond signée par plus de 266 chercheurs français et internationaux. Les scientifiques s’étaient déjà mobilisés en 2004 pour demander à l’ONU d’interdire le chalutage profond en haute mer.

L’appel des chercheurs avait donné lieu à une série de résolutions onusiennes encadrant très strictement la pêche profonde en dehors des zones de juridiction nationale. L’Europe avait joué un rôle moteur dans leur adoption. Les institutions de l’Union européenne doivent bientôt se prononcer sur la mise en conformité du droit communautaire avec les mesures adoptées au niveau international. La Commission européenne a également proposé l’interdiction des méthodes de pêche les plus destructrices des grandes profondeurs océaniques : le chalutage profond et les filets maillants de fond, déjà partiellement interdits en Europe et dans d’autres parties du monde.

La France, par le truchement du ministre délégué à la pêche (Frédéric Cuvillier) à qui le dossier a été confié, s’oppose fortement à l’interdiction du chalutage profond et à l’adoption d’autres mesures ambitieuses pour la protection des océans profonds.

« La France bloque le dossier au niveau européen et fait pression sur les autres Etats membres de l’Union pour qu’il ne soit même pas abordé au Conseil. On se comporte comme les lobbyistes d’Intermarché, qui est quasiment la seule flotte de pêche concernée par ce règlement » commente Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM

« Je pense que certains de nos fonctionnaires commencent à en avoir assez, comme une partie des Français, scandalisés par le comportement de nos élus à Bruxelles. Il est temps que François Hollande prenne un peu plus au sérieux les promesses qu’il a faites à ses concitoyens et qu’il respecte les engagements « d’exemplarité » environnementale qu’il a pris à Rio +20 au nom de la France devant la communauté internationale » commente Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM.

Alors que se tient aujourd’hui [17 juin] au Parlement européen une audition des industriels de la pêche profonde, destinée à retarder le débat sur le règlement qui les concerne et à endiguer la majorité nettement favorable qui se dessine en faveur de l’arrêt de méthodes de pêche (58 voix sur 59 à la Commission Environnement du Parlement le 20 mars 2013) dont la destructivité et la sous-performance économique font honte à l’Europe, BLOOM saisit l’actualité pour rappeler aux élus et aux fonctionnaires de l’Etat que la communauté scientifique et la société civile se mobilisent pour qu’ils représentent leurs intérêts contre ceux des lobbies.

« Le chalutage profond est indéfendable et quiconque prend ouvertement parti pour son maintien fait aveu de ses liens avec les lobbies industriels et prend position contre les pêcheurs artisans, lésés dans ce dossier par le biais des subventions colossales captées par les armateurs industriels et dont les petits pêcheurs ne verront jamais la couleur » poursuit Claire Nouvian.

Le 18 juin, la Commission européenne a présenté au Parlement son étude d’impact du règlement pêche profonde et a déjà rappelé le 29 mai lors de l’explication de la méthodologie utilisée que ce règlement avait un impact mineur en raison de la très faible proportion (1%) des espèces profondes dans les captures européennes.

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Complément d’information

Pour en savoir plus sur la pêche profonde.

Retrouvez le classement de BLOOM des supermarchés.

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CHIFFRES-CLEF DE LA PECHE PROFONDE

· 98,5% des captures d’espèces profondes sont réalisées par neuf navires, soit 0,1% de la flotte française.

· Aucun de ces navires ne réalise l’intégralité de ses captures en eaux profondes. Celles-ci représentent entre 25 et 40 % des captures de chaque navire.

· La Scapêche (Intermarché) représente jusqu’à 85% du total des captures d’espèces profondes. Euronor 9%, Dhellemmes 4,5%.

· Les emplois directs de l’activité pêche profonde en France sont compris entre 44 et 112 marins (équivalent temps plein), soit 0,2 à 0,5% des marins français.

· De 2004 à 2011, la Scapêche (flotte Intermarché) a bénéficié de quatre types de subventions pour un montant total de 9,34 M € et d’une subvention au gasoil de 2,8 M €, remboursée en 2011.

· En dépit de près de 10 millions d’euros de subventions perçues entre 2002 et 2011 et 20 millions d’euros injectés par le groupe Intermarché, la Scapêche a accumulé plus de 19 millions d’euros de pertes courantes.




Source : Bloom Association

Photo : Sea Bleue

Lire aussi : La flotte de pêche d’Intermarché sous perfusion des aides publiques

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