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Pêche

« Aile de raie », « Saumonette » : des appellations fourre-tout qui cachent la surexploitation d’espèces

Deux bébés raies bouclées à l'aquarium Mare nostrum de Montpellier, photographiés en 2012.

Les dénominations « saumonette » et « aile de raie » peuvent être utilisées pour des espèces pêchées durablement, et d’autres pas du tout. Les pêcheurs de Normandie et l’ONG Ethic Ocean demandent davantage de transparence.

Que mange-t-on vraiment si l’on commande une « aile de raie » aux câpres dans son restaurant préféré ? Et si l’on choisit une « saumonette » chez son poissonnier ? Impossible de le savoir avec certitude : ces noms ne permettent pas d’identifier précisément l’espèce de poisson dans l’assiette. Un flou problématique pour qui se soucie de la préservation de la biodiversité marine et des ressources halieutiques.

Pour l’association Ethic Ocean et deux structures de la filière, l’Organisation des pêcheurs normands et Normandie fraîcheur mer, il est urgent de lever cette ambiguïté. La dénomination commerciale « raie » peut actuellement servir pour 38 espèces différentes. Quant à la « saumonette », que l’on peut prendre à tort pour une cousine des saumons, elle désigne en réalité 14 espèces de la famille… des requins !

L’ONG et les professionnels y voient donc des appellations fourre-tout. « Elles font perdre le lien avec l’animal, alors qu’il y a différentes espèces avec différents enjeux de durabilité », explique Élisabeth Vallet, directrice de Ethic Ocean. Ainsi, la raie bouclée peut être privilégiée si elle vient de Manche-Est, alors qu’elle est à éviter en Manche-Ouest, où des incertitudes persistent sur l’état des stocks. La saumonette de grande roussette, abondante, ne suscite guère d’inquiétudes, à l’inverse de la saumonette de requin-hâ.

Information perdue en chemin

Ces appellations plus précises n’atteignent pas le consommateur, ni même souvent le poissonnier ou le restaurateur. L’information se perd en chemin. « Dorénavant, les différentes espèces sont bien identifiées par les pêcheurs et le restent jusqu’à la criée. Il faut que l’aval de la filière suive », invite Manuel Evrard, directeur de l’Organisation des pêcheurs de Normandie — la région est la principale zone de pêche de ces espèces en France.

Il appelle à surmonter les résistances à une meilleure identification, souvent perçue comme une contrainte chez les grossistes, mareyeurs ou importateurs : certains d’entre eux mélangent ainsi des « raies » et « saumonettes » de différentes espèces dans les mêmes caisses, au moment de la mise sur le marché.

L’usage des termes génériques raies et saumonettes est bien admis par la Direction de la répression des fraudes (DGCCRF), qui dresse la liste des dénominations commerciales autorisées. Mais le nom scientifique de l’espèce (en latin) doit aussi être mentionné sur l’étal des poissonniers (pas au restaurant), rappelle l’administration.

« Il faut que la réglementation évolue »

« Insuffisant pour bien informer les consommateurs », estime Elisabeth Vallet. Outre le mauvais respect de cette obligation, elle estime les noms scientifiques peu parlants pour le grand public. Son souhait : voir sur les étiquettes, les noms « raie bouclée » et « raie brunette » plutôt que le simple nom « raie » accompagné de leurs obscures traductions latines « raja clavata » et « raja undulata ».

« Il faut que la réglementation évolue. Cette tolérance n’est plus acceptable pour ces espèces sensibles », ajoute Elisabeth Vallet. Raies et requins partagent en effet deux caractéristiques fragilisant leur population : une maturité sexuelle tardive (ils ne se reproduisent pas jeunes) et un faible nombre de petits.

« La DGCCRF comprend la volonté de promouvoir les actions engagées pour une meilleure identification et gestion des stocks par la pêche française », répond une porte-parole de l’administration à Reporterre. Elle dit avoir proposé aux professionnels « un dialogue pour faire émerger une solution » acceptable pour l’ensemble des acteurs.

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