Des centaines de particuliers accueillent avec bonheur des réfugiés

10 mars 2017 / Fabien Ginisty (L’Âge de faire)



Par l’intermédiaire d’une association, des centaines de particuliers hébergent, ou ont hébergé, un réfugié. Accueillants et accueillis témoignent de cette expérience, reconduite dans 80 % des cas.

Clément était plutôt réticent à l’idée d’héberger un réfugié. Vivre au quotidien avec un inconnu n’était pas une idée qui l’enthousiasmait. C’est Marika, sa compagne, qui a fait les démarches. « On avait une pièce qui faisait office de bureau, de buanderie et de chambre d’amis. On s’est dit qu’on pouvait en faire un meilleur usage. » Le couple de trentenaires a hébergé Sabri, réfugié soudanais, pendant trois semaines, l’hiver dernier, à Lyon. Aujourd’hui, c’est la petite Layla, 5 mois, qui occupe la chambre. De temps à autre, Sabri passe prendre de ses nouvelles et s’arrête boire un thé pour le plus grand plaisir des parents. Clément et Marika parlent volontiers des relations « très cordiales » qu’ils entretiennent avec leur ancien hôte. Sabri habite maintenant à quelques stations de métro, dans un appartement qu’il loue. « Quand on accueille, on pense souvent à la confiance que l’on doit accorder, constate Clément, mais on oublie la réciproque : les réfugiés laissent leur sac dans lequel ils ont toute leur vie chez des gens qu’ils ne connaissent pas ! » La remarque de Clément fait sourire Touré, rencontré le lendemain : « Il n’y avait rien à prendre dans mon sac ! »

L’hiver dernier, Touré, 29 ans, réfugié ivoirien, a été accueilli 2 mois et demi par Olivier et Mélanie, après avoir passé ses nuits durant 10 mois « à droite à gauche ». Et régulièrement nulle part. « Être hébergé, psychologiquement, ça soulage. Tu n’as plus l’urgence de te demander où tu vas dormir le lendemain. Et puis, quand tu passes tes journées à faire des démarches administratives et que t’as l’impression d’être rejeté par tout le monde, c’est quelque chose qui te fait tellement de bien ! »

Touré et Sabri ont rencontré leurs hébergeurs par l’intermédiaire de l’association Singa. « Ça s’est passé très simplement, explique Olivier. Singa nous a téléphoné à la suite de la proposition d’hébergement que nous avions faite sur leur site internet, et nous a proposé de rencontrer Touré. On a convenu d’un rendez-vous dans un café quelques jours plus tard. Il est venu visiter l’appartement, et le lendemain matin, il a emménagé. » L’antenne lyonnaise de Singa a ainsi permis l’hébergement de 35 réfugiés depuis un an. «  Pour mettre en relation, on tient compte des situations familiales, des rythmes de vie, des âges, des contraintes géographiques. On essaie aussi de faire “matcher” des passions, des centres d’intérêt, des professions », indique Fanny Aubert, salariée de la jeune association. Si la première rencontre, toujours effectuée dans un lieu neutre, se passe bien, Singa invite les deux parties à signer une « charte de cohabitation » pour les amener à organiser les modalités de la vie commune (utilisation de la salle de bain, horaires calmes, etc.). Les accueillants s’engagent également pour une durée, de 3 à 12 mois. « On a décidé d’emblée de considérer Sabri comme un colocataire, même si, bien sûr, il ne payait pas de loyer, explique Clément. On lui a laissé un étage du frigo, on s’est entendu sur les horaires de la salle de bain, et voilà, je crois que c’est tout ? »

Aider chacun à trouver la « bonne distance » 

Ainsi, un matin, Sabri « emménage » son sac chez Clément et Marika. « Au début, j’avais peur qu’il ne soit pas à l’aise, qu’il s’enferme dans sa chambre, se souvient Marika. Mais une heure après son arrivée, il préparait du thé dans la cuisine ! » Les trois semaines qui suivent ressemblent au quotidien de toute colocation entre actifs. Partage de quelques repas, échanges autour de l’électronique, domaine de formation des deux hommes, discussions autour de la nourriture, de la bonne tenue du compost (les oignons sont-ils compostables ?) et respect de la sphère privée de chacun.

« Quand je suis arrivé chez Mélanie et Olivier, je craignais un peu la différence culturelle, explique Touré. Je me demandais comment faire les choses pour ne pas créer de problème. J’étais mal à l’aise dans le salon, je ne savais pas s’ils voulaient discuter à tel ou tel moment… Mais un climat de confiance s’est mis en place rapidement, ça a permis de décloisonner. » « La rencontre avec Touré a été d’une intensité que je n’imaginais même pas. Je crois que ça a changé une partie de ma vie, confie Olivier. On continue à se voir souvent et à discuter de sujets légers ou plus profonds. C’est très enrichissant. Et puis, quand tu as une panne de voiture et que tu parles avec quelqu’un qui a failli mourir 10 fois, ça relativise ! »

« La découverte de l’autre prend plus de temps qu’avec le copain du copain, c’est normal. Certains hébergeurs ont du mal à l’accepter. Ils sont trop intrusifs, veulent trop en faire, et vont mettre les personnes accueillies dans la gêne, car elles ne sont pas en mesure de remercier, ou ont tout simplement besoin de se reposer », a pu constater Clément à l’occasion des rencontres régulières organisées par Singa, qui rassemblent les accueillants et les accueillis. Pour aider chacun à trouver la « bonne distance », l’association organise aussi, en amont de l’accueil, des formations auprès des familles qui proposent un hébergement – aujourd’hui 260 sur l’agglomération lyonnaise, 9.000 en France. Il s’agit de « casser les représentations sur les réfugiés, et inviter les volontaires à se demander qu’est-ce qu’ils cherchent, qu’est ce qu’ils attendent à travers l’accueil », explique Fanny Aubert. Si malgré tout la cohabitation se passe mal, l’association met à disposition un médiateur interculturel pour régler les différends. « Cela concerne seulement 5 % des accueils, relativise Fanny. Par contre, dans 80 % des cas, les contrats initiaux se sont renouvelés. » Comme si les accueillants prenaient goût à la démarche.




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Source : Article transmis amicalement à Reporterre par L’Âge de faire

Photo : Clément, Layla et Marika (© L’Âge de faire)

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