Des pénuries de minerais risquent de compromettre la transition énergétique
Une mine de lithium au Brésil. Ce minerai, exploité notamment pour fabriquer des batteries, risque d'être concerné par des pénuries. - © Douglas Magno / AFP
Une mine de lithium au Brésil. Ce minerai, exploité notamment pour fabriquer des batteries, risque d'être concerné par des pénuries. - © Douglas Magno / AFP
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Étain, cadmium, indium : la mise en place de politiques de transition énergétique risque de créer d’ici à la fin du siècle des pénuries parmi ces minerais nécessaires à la transition, révèle une étude.
Les experts de l’énergie ont longtemps pensé que si nous ne parvenions pas à mettre en place une transition écologique, celle-ci s’imposerait à nous lorsque nous finirions par épuiser les réserves de pétrole conventionnel. Mais cette transition pourrait à son tour être compromise par la limite des stocks de minerais nécessaires pour la mener à bien, alerte une étude publiée le 7 août dans la revue Nature Climate Change. Des métaux comme l’indium, l’étain, le cadmium et le tellure, essentiels pour l’énergie photovoltaïque, éolienne et nucléaire, pourraient venir à manquer.
En examinant les quantités de ressources nécessaires pour rendre possibles les 557 scénarios de transition examinés par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), le groupe de chercheurs de l’Institut de technologie de Pékin a estimé que 40 minerais essentiels risquaient des pénuries. « Tous les scénarios de transition se confrontent à des risques de pénuries globales de minerais d’ici 2100 », écrivent-ils. Dans les plus pessimistes d’entre eux, jusqu’à douze minerais nécessaires à la transition seraient concernés par des pénuries.
Des recherches incomplètes jusqu’à présent
Les chercheurs soulignent aussi un autre enjeu : ces pénuries pourraient frapper plus durement certaines régions que d’autres. Dans leurs scénarios, le Moyen-Orient et l’Afrique connaissent des pénuries plus importantes, concernant jusqu’à 24 minerais.
Si l’alerte n’avait pas été donnée jusque-là, c’est que les recherches portant sur le « nexus climat-ressources », c’est-à-dire l’équilibre entre l’évolution du climat et l’extraction de ressources, étaient pour l’instant incomplètes, d’après les auteurs de l’étude.
« Trouver un équilibre entre les ambitions climatiques et les contraintes de ressources »
Jusqu’à présent, la réflexion se concentrait sur « des ensembles de technologies limités, tels que l’éolien et le photovoltaïque, des scénarios de transition restreints comme ceux de l’Agence internationale de l’énergie, ou encore une sélection incomplète de minerais critiques », écrivent-ils.
« Surtout, précise Jia-Ning Kang, l’une des autrices de l’étude, [ces recherches] ne répondaient pas à la question : comment trouver un équilibre entre les ambitions climatiques et les contraintes de ressources ? En conséquence, les décideurs politiques manquaient d’informations pertinentes sur la voie à suivre. » Pour développer une modélisation plus complète, les chercheurs ont mis au point un outil d’évaluation des technologies global qui s’appuie sur le sixième rapport du Giec.
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Plusieurs leçons peuvent être tirées de cette étude : d’abord, que « même des améliorations agressives de l’efficacité dans l’utilisation des minerais ou dans leur recyclage pourraient ne pas suffire à éviter des pénuries » d’ici 2100. Ensuite, que plus l’objectif de réduction des émissions de carbone sera ambitieux, plus il y aura besoin de ressources pour changer de modèle énergétique, donc plus de risques de pénurie.
Des pénuries même dans les scénarios optimistes
Autrement dit, limiter le réchauffement à +1,5 °C en 2100 (un objectif récemment jugé inatteignable par plusieurs groupes de scientifiques) confronterait à un risque de pénuries de minerais encore plus important qu’une trajectoire à +2 °C.
Les auteurs observent aussi que, même avec un scénario optimiste dans lequel la rentabilité de gisements jusqu’à présent inexploités augmente grâce à la hausse de la demande — plus un minerai est demandé, plus il se vend cher, donc plus on peut investir pour l’extraire —, nous risquons de connaître une pénurie de onze minerais d’ici à 2100.
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Les chercheurs mettent donc en garde sur « une trop grande dépendance à l’énergie solaire et éolienne », proposant plutôt de ne pas dépasser une croissance annuelle de la consommation d’électricité de 1,32 % entre 2020 et 2100 (en 2024, elle a augmenté de 4,3 %). Ils évoquent aussi une piste qui ressemble fort à une simple manière de différer le problème : explorer les gisements miniers des régions jusqu’à présent préservées, en Afrique et en Asie centrale.